Que peut signifier passer à l'acte 2 de la Nupés ?

Publié le par Henri LOURDOU

Le Monde 17-1-24

Le Monde 17-1-24

Que peut signifier
passer à l'acte 2 de la Nupés ?

 

Quand les échéances s'accélèrent, la réflexion collective a du mal à suivre.

 

Combats d'arrière-garde de la gauche d'hier

 

Ainsi on voit des postures aberrantes, telle que la guérilla anti-Nupés du vieux PS en Ariège avec sa candidature dissidente lors d'une législative partielle d'une opposante à la députée sortante LFI, Bénédicte Taurine, soutenue par tous les partis de la Nupés.

Le second tour a vu, contrairement à celui de 2022, cette candidate opposée à la députée sortante, au lieu d'un duel Ensemble (aujourd'hui Renaissance)-Nupés.

Ainsi les électeurs Renaissance sont les arbitres de cette élection, et se font bien sûr un plaisir d'attacher un fil à la patte de cette candidate soi-disant anti-Macron, car ils voient bien où est la vraie opposition.

Ce duel contre-productif a été cautionné par une présidente de Région qui compte dans sa majorité élus PCF et macronistes, et a réussi à en éjecter les écologistes et à tenir à distance LFI, tout en soutenant des politiques anti-écologiques sur l'eau et les infrastructures de transport, ce qui préjuge mal des prochaines élections régionales de 2025.

 

De la même façon, qui nous semble aberrante, la totale absence de l'enjeu climatique dans les tracts du PCF à propos de l'avenir des retraites augure mal d'une prise en charge de cet aspect décisif et cardinal dans la construction d'une majorité politique crédible. Ce n'est pas sur la question du pouvoir d'achat que se règlera l'avenir ("des pensions supérieures au smic pour toutes et tous "), mais sur celle du pouvoir de vivre (des conditions de vie et de travail décentes pour toutes et tous) : cela passe par un changement complet de logiciel de la vieille gauche qui n'est à l'évidence pas encore entièrement opéré.

On l'a vu également lors du congrès de Clermont-Ferrand de la CGT qui a clairement acté le décès du partenariat noué avec Attac, Greenpeace et Les Amis de la Terre au sein du collectif "Plus jamais ça".

 

La nécessité impérative du rassemblement implique en effet un accord sur les principaux enjeux, et d'abord le plus urgent : l'enjeu environnemental.

 

Passer d'une conception monarchique du rassemblement à une conception démocratique

 

Un deuxième enjeu principal s'impose également à nous : celui de la nécessaire rénovation de la démocratie.

Le coup de sang populaire des 16 et 22 mars, suite à l'usage du 49.3 et au discours présidentiel, démontre bien l'état de déliquescence dans lequel la pratique du présidentialisme a placé nos institutions.

Mais les réactions politiques à ces coups de force successifs montrent bien l'ambivalence des réponses.

Pour les uns en effet, la seule question qui compte est de savoir qui va incarner l'alternance présidentielle sur le mode monarchique en 2027. Cette façon de voir place Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en seuls challengers possibles, et eux-mêmes, par leur comportement, valident cette façon de voir.

Mais comment ne pas voir le caractère dépassé de cette vision des choses ?

Ou plutôt, le caractère en effet cohérent avec la vision réactionnaire d'extrême-droite de l'Etat fort, et le caractère incohérent avec la vision de gauche de l'Etat démocratique ?

Le problème aujourd'hui de la Nupés est de porter une vision collective du rassemblement dépassant le "syndrome de Mitterrand" porté par Jean-Luc Mélenchon.

Il est nécessaire, plus que jamais, de faire l'inventaire du mitterrandisme et d'en tirer des leçons.

Car c'est la conception monarchique du rassemblement qui est à la source de l'autodestruction de la gauche de 1981 à 2017.

En validant l'idée d'un "parti présidentiel hégémonique", cette conception a expulsé le débat d'idées au profit des guerres de succession et transformé le PS en parti gestionnaire sans vision.

En voulant faire de LFI le nouveau "parti présidentiel hégémonique", Jean-Luc Mélenchon a doublement perdu son pari mitterrandien : non seulement il n'a pas créé la dynamique majoritaire qu'il prétend porter, mais il a divisé son propre parti par ses pratiques autoritaires.

 

Or, le plus important est non seulement de gagner des élections, mais d'avoir un projet et de le faire vivre démocratiquement, à travers des débats de fonds portés par la société et tranchés par des votes ou des compromis dynamiques.

C'est cette vision exigeante du rassemblement qui constituerait l'acte 2 de la Nupés. Il s'agit bien, comme l'a excellemment exprimé Roger Martelli , de passer d'une "radicalité de posture" à une "radicalité de projet" à haute exigence démocratique.

Ce travail est encore devant nous.

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