Comment sortir de la guerre en Ukraine ?

Publié le par Henri LOURDOU

Comment sortir de la guerre en Ukraine ?

Comment sortir de la guerre en Ukraine ?

 

A ma demande de réorientation dans un sens consensuel du travail de la Commission Paix & Désarmement d'EELV (voir ci-dessous), son secrétaire m'a répondu :

"Lors de la dernière visioconférence de la commission P&D du 19/1/23 ( nous avons pris moult décisions, entre autre:

  • d’organiser d’ici 15 jours (si possible avant le 24/2/23), une visioconférence entre les positions (1) position (1) « pro-armes: il faut que l’Ukraine vainque militairement», et la position (2) «un cessez-le-feu immédiat avec ouverture de négociations sous l’égide de l’ONU »."

Bien que ne partageant pas cette formulation un peu biaisée de l'alternative, je relève donc le défi, en explorant les implications des deux options proposées.

 

Commençons par la seconde en partant d'un double constat, que j'espère partagé :

  1. Le temps ne joue pas en faveur des Ukrainiens, vue la disproportion des forces en présence.

  2. L'attitude actuelle de la partie russe est une application du slogan des assadistes en Syrie, auxquels le régime de Poutine a apporté une substantielle contribution : "Ukraine russifiée (à la place d'Assad) ou on brûle le pays". Déportation massive d'enfants pour être adoptés en Russie, témoignages de ce qui s'est passé dans les territoires reconquis par l'Ukraine à l'automne vont dans le sens d'une russification très volontariste des territoires conquis et d'un effacement de l'identité nationale ukrainienne. Bombardements systématiques des installations énergétiques ukrainiennes, frappes de terreur sur les villes, après la destruction totale au printemps de la ville de Marioupol vont bien dans le sens de "brûler le pays".

 

Si un cessez-le-feu immédiat devait intervenir aujourd'hui, ce serait sur pression amicale de l'allié américain sur le gouvernement ukrainien. Celui-ci serait alors confronté à un dilemme : soit céder à cette pression et perdre le soutien de la majorité de la population, soit refuser d'y céder et perdre le soutien matériel de ses alliés occidentaux. Dans les deux cas, la position ukrainienne serait affaiblie.

En face, le régime Poutine serait conforté dans une semi-victoire : il pourrait tranquillement engranger les acquis de l'invasion en campant sur le fait accompli, et se préparer à la prochaine étape : reconstituer ses forces pour une prochaine offensive, comme il l'a fait précédemment au Donbass.

De plus se poserait la question des réfugiés et déplacés : la plupart ne pourront ou ne voudront retourner dans la zone occupée par l'armée russe. Que deviendront-ils ?

Enfin, même si les Ukrainiens ne sont pas des islamistes armés, on peut légitimement s'interroger sur les réactions d'une partie de la jeunesse ukrainienne face à ce qui serait perçu comme un abandon ou une trahison de l'Occident. Une dérive terroriste n'est pas à exclure.

Bref, je ne vois pas les avantages qu'en tirerait la paix à terme.

 

Explorons à présent l'autre terme de l'alternative (qui ne se résume pas à "pro-armes : il faut que l'Ukraine vainque militairement").

Il s'agit de la poursuite de l'aide militaire occidentale à l'Ukraine. Celle-ci peut se moduler grandement : on le voit présentement avec le débat sur la livraison de chars lourds allemands ou français (il semble que pour les chars Abrams américains ce soit définitivement non). Je ne pense pas que ce soit 200 chars Leopard 2 ou 20 chars Leclerc qui décident du sort de la guerre : leur rôle sera plus symbolique que réel. Mais ne mésestimons pas le poids des symboles.

L'enjeu est bien de permettre aux Ukrainiens de tenir face à une contre-offensive russe annoncée. On sait bien par ailleurs que la guerre d'usure ne joue pas en faveur des Ukrainiens, comme rappelé en introduction.

Selon la résistance et l'aide occidentale à cette résistance, le côté russe peut être affecté de trois façons.

  1. Le régime Poutine reste solide et inentamé et va donc jouer la surenchère guerrière jusqu'à faire céder l'adversaire : c'est le scénario noir qui peut en effet déboucher sur une 3e guerre mondiale.

  2. Le régime se fissure, face à des perspectives apocalyptiques de surenchère portées par Poutine et ses proches : une partie de l'establishment se débarrasse de Poutine et négocie une sortie de crise permettant de sauver les meubles (livraison des principaux responsables contre amnistie pour tous les autres, contribution "raisonnable" à la réparation des dommages en Ukraine, négociation sur les frontières et les conditions de restitution des territoires conquis)

  3. Le régime s'effondre et une alternative démocratique apparaît : libération des prisonniers politiques, retour des exilés, libération de la parole et des initiatives citoyennes, construction d'une réconciliation avec l'Ukraine : c'est le scénario rose qui peut déboucher sur une paix juste et durable.

 

Donc, pas de perspective binaire pour moi, mais un large éventail de possibles, dans lequel le cessez-le-feu immédiat ne constitue pas la meilleure option. Il est certain que le risque du "scénario noir" existe, mais nous devons tout faire pour faire advenir à minima le scénario intermédiaire, et si possible le "scénario rose", voire tout autre scénario intermédiaire. Le rôle de l'ONU doit en tout cas être toujours favorisé et a minima le cadre des traités internationaux.

Ma première contribution : "Pour une réorientation dynamique et consensuelle..."

J'ai longuement procrastiné à l'écriture de cette contribution, dont j'espère qu'elle sera lue, sinon approuvée. Mais je continue à me désoler de la vague continuelle depuis maintenant près d'un an de désinscriptions à cette liste de diffusion, et à la transformation de cette Commission en camp retranché des opposants à la ligne majoritaire du parti ( et des Verts européens) sur la guerre en Ukraine.

Militant de longue date pour le désarmement nucléaire (j'ai diffusé, lycéen, en 1971 la proposition de loi de Louis Lecoin pour le désarmement nucléaire unilatéral de la France, puis participé en 1983 au Larzac à l'élaboration de l'appel à la création du Codene, Comité pour le désarmement nucléaire de l'Europe), j'avais pris mon parti du quasi- gel de l'action sur ce terrain jusqu'à l'heureuse surprise du vote du Tian par l'AG de l'ONU en 2017. J'ai alors choisi d'adhérer localement au Mouvement de la Paix, et participé à au moins deux AG de la commission aux JDE (à Strasbourg et Poitiers).

Je ne me résoud pas à la sectarisation de cette Commission, qui conduit à son isolement au sein du parti, alors que notre courant politique est pratiquement le seul à tracer un sillon, laissé présentement en jachère par le débat stérile et répétitif sur "trop ou pas assez d'armes pour l'Ukraine" (débat sans issue sur lequel nous ne trouverons aucun consensus), celui de la construction d'une démocratie mondiale, et ceci à travers quelques orientations que je ne vais qu'esquisser, mais qui feraient largement consensus au sein du parti :

-la défense et la promotion du multilatéralisme par notamment la promotion de toutes les initiatives de l'ONU (je reçois sa lettre quotidienne dont je répercute les éléments les plus positifs porteurs de l'intérêt général de l'humanité : pourquoi notre commission ne le ferait-elle pas ?)

-le soutien bien sûr au Tian

-la démocratisation de l'ONU par la promotion du rôle de l'AG et de la réforme du Conseil de Sécurité (évaluation par l'AG de l'usage du droit de veto des 5 P, réforme du Conseil de Sécurité : élargissement aux Unions d'Etats comme l'UE ou l'UA..., réduction de l'usage du droit de veto, par exemple lorsque l'un des 5 P est directement partie prenante d'un conflit : cela permettrait de débloquer la situation en Ukraine)

-la mise en place d'une vraie justice mondiale à travers la promotion d'un droit mondial pour lesquels avait milité la regrettée Mireille Delmas-Marty et continue à travailler un Philippe Sands par exemple.

 

Ces 4 points suffiraient à nourrir un travail dynamisant et consensuel.

Je verse donc cette contribution au débat, sans trop d'illusions hélas, mais comme disait un vieux barbu : "dixi et salvavi animam meam".

 

Ces deux contributions ont suscité la réponse suivante, à laquelle je me suis efforcé de répondre à mon tour :

 

 Merci Henri pour ta contribution au débat interne de notre commission.

 Deux remarques:

 - tu dis qu'en cas de cessez le feu la population se sentirait trahie. La population ukrainienne suit son président. S'il choisissait le cessez le feu, qui dit que la population se sentirait trahie. Zelensky a été élu pour faire la paix et non pour faire la guerre. La population ukrainienne aspire à la paix. Et plus la guerre dure plus ce sera le cas. Et puis il faut compter aussi sur une usure du soutien par les populations des pays qui dépensent de l'argent pour soutenir l'Ukraine et tout d'abord de la population américaine. Trump et les républicains disent: Biden dépense de très grosses sommes pour soutenir l'Ukraine au détriment de dépenses qui seraient utiles au peuple américain. Biden nous a apporté la guerre contre la Russie moi je vous apporterai la paix avec la Russie.

 - En cas de guerre qui dure, tu évoques la possibilité de voir le régime poutinien de fissurer ou s'effondrer. Rien ne laisse présager un tel scénario. Par contre tu n'évoques pas la possibilité d'un coup d'état par des militaires extrémistes qui écarteraient Poutine afin d'utiliser tous les moyens dont l'arme nucléaire pour mettre l'Ukraine à genoux. Que ferait la communauté internationale si la Russie utilisait l'arme nucléaire? Y aurait il une autre solution qu'une capitulation de l'Ukraine?

 

 Enfin dans tes propositions de réforme du conseil de sécurité tu suggères le retrait du droit de véto aux puissances concernées par un conflit. D'abord cette réforme n'est pas envisageable aujourd'hui car pour changer la Charte de l'ONU il faut l'accord des 5 membres permanents. Ensuite même si le droit de veto était retiré à la Russie que pourrait faire le conseil de sécurité? Les casques bleus ne sont que des forces de maintien de la paix dans les situations où toutes les parties en conflit l'acceptent. Pourrait on envisager une guerre entre l'ONU et la Russie? Cela s'appelle une guerre mondiale contre une puissance nucléaire.

 

 

Ma réponse à la réponse :

Je sais bien que Zélenski avait été élu sur un programme de retour à la paix et que la grande majorité des Ukrainiens y aspirent. Mais c'est bien parce que la guerre leur a été imposée par Poutine qu'ils ont dû choisir de résister. L'état d'esprit de la population ukrainienne n'est sans doute pas unanime, mais comment ne pas voir l'extrême mobilisation de la société civile dans la résistance, et son traumatisme face aux exactions de l'occupation ? Comment imaginer qu'elle accepterait de gaité de coeur de voir tous les sacrifices consentis jusqu'ici se traduire par une acceptation de fait de l'occupation russe d'une partie du territoire national ?

 

Il y a bien le scénario super-noir que tu évoques, et je ne néglige absolument pas le risque nucléaire : mais doit-on s'y soumettre ou essayer de l'éviter en refusant le chantage ? C'est là notre point de divergence. Je ne vois pas en effet d'issue positive sans remise en cause du pouvoir en place en Russie : Poutine s'est trop avancé pour reculer.

 

Et en effet, plus le temps passe plus les solutions négatives s'imposeront. Mais on peut en tirer deux conclusions opposées : cessez-le-feu immédiat à tout prix, ou effort accentué pour faire reculer, et donc tomber, Poutine. Tout bien réfléchi, et sans aucune certitude absolue, je choisis la seconde option, comme actuellement la majorité des Verts, qui ne se sont pas comme par magie transformés en militaristes guerriers du jour au lendemain, mais ont, comme moi, pesé le pour et le contre.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article