Contre la tentation du désespoir et les fausses promesses de la radicalité

Publié le par Henri LOURDOU

Contre la tentation du désespoir et les fausses promesses de la radicalité

Contre la tentation du désespoir

et les fausses promesses de la radicalité.

 

Les coups de massue s'accumulent sur nos têtes, et il est très tentant de se replier, quand on en a la possibilité du moins, dans sa coquille.

Je viens de lire la fin de la biographie de Stefan ZWEIG par Serge NIÉMETZ.

ZWEIG est pour moi une vieille référence, découverte à l'adolescence dans le livre de Charles FRAVAL, "Histoire de l'arrière" : le seul grand écrivain européen, avec Romain ROLLAND, à s'être opposé, quasiment dès le début, au grand massacre de 14-18.

A ce titre, il m'a toujours accompagné.

Je ne l'ai cependant guère lu, à l'exception d'un recueil de nouvelles ("Amok") et plus récemment de son "Monde d'hier -souvenirs d'un Européen" rédigé à la fin de sa vie, en 1941, peu avant qu'il se suicide en compagnie de sa seconde épouse, Lotte, au Brésil en février 1942.

Cette fin fut à l'époque diversement commentée, notamment dans les milieux d'intellectuels juifs allemands émigrés comme lui.

Auteur à succès, il était à la fois très mondain et attiré par la solitude. Cette dualité était présente chez lui en tous domaines, et lui donnait une image d'irrésolution en partie imméritée.

Très sensible et très intelligent, il ressentait fortement son époque et voyait loin.

Son geste final est celui d'un homme épuisé par sa lucidité et par ses tiraillements entre des aspirations contradictoires, dont l'équilibre ne résultait que d'un contact constant avec ses amis moins tourmentés.

Et donc il nous pose la question de comment échapper au désespoir face à une situation apparemment sans issue.

Or tel bien semble le cas actuellement en divers domaines.

Bilan de la COP 27, guerre en Ukraine, politique migratoire du gouvernement : sur ces trois points, que je suis particulièrement, il est difficile de trouver des signes d'espérance.

Raison de plus, à mes yeux, de chercher ces signes et de les mettre en avant.

 

COP 27 : impasse et relance

 

Je renvoie ici à la contribution de Chrisitian de Perthuis dans la newsletter "The Conversation".

Si le lobbying efficace des industries et Etats pétro-gaziers a réussi à circonvenir la présidence égyptienne pour empêcher toute mesure contraignante de sortie des fossiles, la mise en place de mécanismes de financement des dommages climatiques subis par les pays du "Sud" est une réelle avancée.

Si donc cette COP n'a pas répondu à l'urgence des enjeux, on ne peut dire qu'elle n'a servi à rien. Le rapprochement des échéances oblige certes à obtenir des résultats plus substantiels lors de la prochaine COP de Dubaï en novembre 2023, mais c'est avant tout un encouragement à la préparer dès aujourd'hui en renforçant le plaidoyer de la société civile mondiale pour contre-balancer efficacement le lobbying pétro-gazier. Et non à baisser les bras...ou à prétendre (j'y reviendrai concernant les fausses promesses de la radicalité) que cela se joue ailleurs, loin du jeu des Puissants.

 

Guerre en Ukraine : y mettre fin dans la justice

 

La volonté de Poutine de faire payer aux Ukrainiens les avancées de leur armée sur le terrain se paie au prix fort pour les civils. Faut-il en conclure qu'il faut cesser de fournir armes et munitions à l'Ukraine, dans l'espoir que cela mette fin immédiatement aux opérations ? Rien ne serait plus contre-productif, car cela alimenterait au contraire l'offensive russe. Il n'y a en réalité pas d'alternative à une mise en crise du régime (comme en Iran) par une contre-offensive sur le terrain que nous avons le devoir moral de soutenir. Et à une mise en jugement des criminels de guerre pour éviter l'impunité et la récidive.

 

Politique migratoire du gouvernement

 

L'exploitation abusive des faits divers par l'extrême-droite, loin de susciter sang-froid, mesure et réponse fondée du gouvernement, a amené au contraire son ministre de l'Intérieur à radicaliser la politique de criminalisation des migrants. Dramatisation et amalgame amènent à crédibiliser l'idée fausse que tout immigrant serait un délinquant potentiel. Les instructions que Darmanin vient d'envoyer aux préfets leur enjoignant de systématiser et de radicaliser les mesures d'expulsion de tous les sans-papiers sont inapplicables : elles lui seront donc reprochées par l'extrême-droite comme des faux-semblants.

Au-delà de leur inhumanité, ces mesures sont donc des mesures de Gribouille qui alimentent le fond de commerce de l'extrême-droite.

S'y opposer relève donc du simple sens des réalités, et doit se faire avec la volonté du rassemblement le plus large possible, incluant des pans entiers de la majorité parlementaire.

 

Fausses promesses de la radicalité

 

Sur ces trois points, comme sur d'autres, des postures radicales se développent et malheureusement offrent très souvent le défaut de l'inefficacité absolue, quand ce n'est pas de la contre-productivité.

En matière climatique, je l'ai déjà dit, déserter le terrain des négociations intergouvernementales est plus qu'une erreur, c'est une faute. C'est pourquoi se contenter de condamner notre gouvernement pour son hypocrisie ou ses atermoiements est insuffisant. Cela ne change rien à rien, et renvoie tout changement aux "lendemains qui chantent", qu'ils soient électoraux ou insurrectionnels. Il faut au contraire obtenir des changements de positionnement par la pression organisée de la société civile : pétitions, manifestations, audiences et consultations... Tous les terrains doivent impérativement être occupés, toutes les occasions saisies.

 

Sur la guerre en Ukraine, la fausse symétrie du slogan "Ni Poutine, ni Otan" est particulièrement hors-sol et totalement inadaptée à la situation. Une partie du mouvement pacifiste s'y est fourvoyée : c'est un gaspillage particulièrement préjudiciable d'énergies militantes qui seraient bien mieux utiles ailleurs, notamment pour réclamer le jugement des criminels de guerre.

 

Enfin concernant la politique migratoire, rien ne serait plus dangereux qu'une division du camp antiraciste et pro-accueil face à la multiplication des cas de familles mises à la rue ou menacées de renvoi. Nous n'avons pas d'autre choix que de mobiliser le plus largement possible pour faire reculer Darmanin dans son projet en préservant notre Etat de droit. Tout autre angle est gros de division et de défaite.

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