Sue HUBBELL Une année à la campagne

Publié le par Henri LOURDOU

Sue HUBBELL Une année à la campagne

Sue HUBBELL

Une année à la campagne

FOLIO n° 2605, avril 2019, réimpression d'avril 2021, 264 p.

Traduit de l'anglais par Janine HÉRISSON, préface de JMG LE CLÉZIO.

 

Ce livre, paru en 1983 (traduit en français en 1988, date de la préface), est l'unique ouvrage en français de Sue HUBBELL (1935-2018), ainsi présentée : "(Elle) a suivi un itinéraire qu'ont emprunté bien des intellectuels et des membres des classes moyennes à la fin des années soixante.

Biologiste et bibliothécaire à Rhode Island, elle a décidé un jour avec son mari, professeur à l'Université, de fuir la vie fantôme connue sous le nom de "société de consommation".

Après avoir vagabondé pendant un an, ils arrivèrent dans les Ozarks, une région montagneuse au sud-est du Missouri. Dès lors, Sue Hubbell vécut du produit de ses ruches, seule avec ses millions d'abeilles." (p 7)

Même si cette dernière affirmation semble un peu exagérée après lecture (elle reçoit beaucoup de monde et se déplace pas mal avec son camion), elle évoque quasiment d'entrée le fait que son mari (compagnon de trente ans : ils se sont connus à quinze ans) ne supporte pas cette nouvelle vie et qu'elle s'est rapidement retrouvée seule. Ce qui, après une période d'adaptation un peu difficile, lui convient (pp 30-34).

Le livre, écrit après douze ans de cette nouvelle existence, décrit les quatre saisons d'une année, avec de nombreuses digressions thématiques éclairant les différentes facettes de ce mode de vie près de la nature, mais non coupé, comme on l'a déjà compris, de la société. Elle insiste beaucoup sur les interactions entre elle et le monde qui l'entoure, en empruntant souvent les habits de la biologiste qu'elle est restée.

Elle a dû apprendre pas mal de savoirs pratiques pour exercer son métier d'apicultrice et aménager et entretenir son cadre de vie. Ce métier la fait vivre, mais chichement : "Comme nombre de mes voisins, je suis pauvre. Je vis avec des revenus bien inférieurs au seuil de pauvreté – bien que je n'aie pas l'impression d'être pauvre lorsque les arbres de Judée et les cornouillers fleurissent en même temps – et quand je voyage, je dois faire attention à la dépense." (p 151)

Elle ne voyage d'ailleurs pas pour le plaisir mais pour trouver des clients afin d'écouler son miel ... jusqu'au Texas, en raison de l'arrêt des achats par son débouché traditionnel de New York et de la concurrence (pp 151-4).

Évoquant les raisons qui l'ont poussée à fuir les villes "il y a vingt ou vingt-cinq ans" (donc dès le début des années soixante), elle conclut : "Je n'étais pas fâchée à l'époque d'échapper à cette vie et cette fois, à la fin de ma tournée, je suis montée avec soulagement dans mon camion blanc pour mettre le cap à l'ouest (...) retourner vers le Missouri, vers le sommet de ma montagne sauvage, rentrer enfin chez moi." (p 154)

 

Elle évoque aussi, assez brièvement, son existence antérieure en partant du souvenir de ses grand-mères (pp 133-40) et de l'injonction de l'une d'elles à la "Réussite", ce qui est l'occasion d'interroger cette notion. Et elle revient pour finir à ce qui l'a amenée où elle est : l'angoisse qui rongeait son mari, Paul, et qui "devint trop lourde à supporter" (p 141) : mais elle ne précise pas pour qui : pour lui, pour elle, pour les deux ? Ce qui fit que "nous donnâmes notre démission et vendîmes la maison". Et, "après avoir vagabondé pendant près d'un an, nous arrivâmes dans les Ozarks. La ferme me plut à l'instant-même où je la vis et comme elle plaisait également à Paul nous l'achetâmes." (ibid.)

 

Sa vie se partage entre un travail intense - trois cent ruches à gérer sur divers emplacements, et une miellerie, p 156, mais aussi un poulailler, pp 143-9, et un potager qu'elle a rapidement réduit à sa plus simple expression car il lui demandait trop de temps au moment où les abeilles la requiéraient, p 239 – et une observation attentive de son environnement – en particulier les oiseaux, outre bien sûr les abeilles, mais aussi les grenouilles, les araignées, les serpents, les termites...sans parler des grands prédateurs -coyotes et lynx – de ses chiens et de son chat.

Elle réalise aussi de grands aménagements de ses locaux , avec l'aide et les conseils de son fils et sa compagne, architectes (pp 115-20 et pp 155-8).

Et elle reçoit régulièrement des amis, et, quand elle peut, des aspirants au retour à la Vie Simple, dont elle analyse avec acuité les illusions et les aspirations parfois contradictoires (pp 247-50). Cela fait beaucoup penser au mouvement des néo-ruraux en France depuis les années 70;

Au final, un livre instructif et agréable à lire.

Publié dans voix libertaires, écologie

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