Festival International de Journalisme

Publié le par Henri LOURDOU

Festival International de Journalisme
Festival International de Journalisme
Festival International de Journalisme

Concentration des médias, information arme de guerre, frontières, transition écologique et parentalité

au

Festival international de journalisme

Couthures, 15 au 17 juillet 2022.

 

Pour la 3e fois, après 2019 et 2021, je vais à ce festival organisé par le groupe "Le Monde" avec le soutien des collectivités locales (région Nouvelle Aquitaine, département du Lot et Garonne, agglomération de Marmande, commune de Couthures sur Garonne).

Dans une ambiance bon enfant et studieuse, différentes thématiques sont traitées au cours d'ateliers et de tables rondes qui laissent la parole à un public exigeant. Plutôt de gauche et écolo sans sectarisme ni ostentation, avec un réel esprit d'ouverture et de recherche. C'est stimulant et rafraîchissant.

Cinq thèmes étaient abordés cette année : j'en ai quasi zappé un, celui des frontières -sur lequel j'étais déjà bien averti- afin de pouvoir suivre les autres.

https://festivalinternationaldejournalisme.com/

 

Des ateliers et tables-rondes que j'ai suivi, je rapporte ceci.

Vendredi 15 juillet

10h30 : Thème concentration des médias

L'objectivité : Intervenants Alexis Lévrier, historien des médias, et Nicolas Truong, journaliste au service culture du "Monde"; animateurs : Pascale Tournier et Sylvain Courage, journalistes à l'Obs.

Introduction historique d'Alexis Lévrier : Malentendu originel : effacement du journaliste dans la forme (articles non signés de la Gazette, premier journal français au XVIIe) induisant une attente perpétuelle d'impartialité mais succès tout aussi perpétuel de la subjectivité et de la polémique dans les journaux.

De cette dualité émergent d'un côté la revendication d'une "subjectivité honnête" (Hubert Beuve-Méry, créateur du "Monde" en 1944) et de l'autre la "détestation des journalistes".

 

Introduction actuelle de Nicolas Truong : Il y a une concurrence entre journalistes et philosophes sur le rapport à la vérité qui a généré l'effet pervers de ce que Pierre Bourdieu a baptisé les "fast thinkers" : des commentateurs de l'actualité dont le message est basé sur l'opinion plus que sur la vérité, et qui ont envahi la scène médiatique car ils reviennent beaucoup moins cher que des reporters-enquêteurs. Nous sommes entrés dans l'ère du "commentariat" : c'est le commentaire qui fait l'actualité et non l'inverse. Un exemple : une brève sur une accompagnatrice scolaire voilée qui a généré 85 débats radio-télévisés selon un recensement de l'Obs. Éric ZEMMOUR s'inscrit totalement dans cette tendance : exploitation du "commentariat" basé sur la transgression.

Ce système a cependant ses limites : les thèmes portés par Zemmour n'ont pas percé dans l'électorat aux présidentielles : ce sont les questions sociales et internationales qui ont fait l'élection.

 

Question à Alexis Lévrier : A-t-on connu des périodes comparables à la période actuelle ?

Réponse : De Drumont et l'affaire Dreyfus (1894-98) à 1939.

Depuis 2012 on assiste à une extrême-droitisation du débat public initié par les couvertures choc qui ont relancé l'hebdomadaire "Valeurs Actuelles" et une nouvelle génération de journalistes d'extrême-droite très présents sur Internet (ex du site "Boulevard Voltaire").

Par ailleurs le dualisme commentaire/actualité (faits et reportages) se creuse. Citation représentative de Christophe Barbier (ex-directeur de la rédaction et éditorialiste de l'Express, très présent à la télévision en tant que commentateur, et aujourd'hui éditorialiste à "Franc-Tireur") : "Se confronter au terrain pollue le travail de l'éditorialiste".

 

Question : Que penser de la recherche obsessionnelle du "clash" ?

Réponse Nicolas Truong: C'est en effet une vraie question. Voir le livre de Christian SALMON "l'ère du clash". La pratique du "clash" impose des problématiques et déplace les questions. Exemple récent : la façon dont est évoqué le supposé "wokisme". La question posée n'est pas "qu'est-ce que c'est ?" mais "comment lutter contre ?" De la même façon sur le prétendu "Grand Remplacement".

Le problème est l'objectivation artificielle de notions problématiques : on a une réification de mots qui ne correspondent pas à des réalités. C'est le résultat de l'ère du commentariat

Face à l'exemple de Christophe Barbier, je voudrais opposer le contre-exemple de Luc Bronner qui, devenu directeur de la rédaction du "Monde" a refusé de se voir offrir une tribune d'éditorialiste et a tenu à garder le statut de reporter.

Réponse Alexis Lévrier : La tentative actuelle de Bolloré de constituer un groupe de presse puissant d'extrême-droite basé sur cette "culture du clash" doit être examinée avec recul. Une tentative de même nature du parfumeur François Coty, explicitement fasciste, dans les années 30 avait échoué. Le succès apparent de Bolloré avec Cnews s'expliquepar la jeunesse du support.Il en ira peut-être autrement avec Europe 1 qui a déjà un public et une longue histoire, et également avec Paris-Match et le JDD : affaire à suivre...

11h30 : Thème parentalité

Sommes-nous trop nombreux sur Terre ? Intervenants : Laure NOUALHAT, journaliste indépendante, Emmanuel PONT, auteur.

Pic attendu de population mondiale selon l'Onu : 10,4 Mds d'humains en 2080, contre un peu plus de 8 Mds actuellement. "En même temps" : jour du dépassement (de la capacité de la Terre à reconstituer les ressources que les humains prélèvent) le 28 juillet pour 2022.

Rappel "transition démographique" : c'est le moment où la mortalité ayant baissé, la natalité reste encore très haute comme à l'époque où la mortalité l'était pour maintenir un niveau de population à peu près constant. Cette transition est achevée dans les pays riches, elle est en cours dans les pays émergents, elle commence à peine dans les pays pauvres.

Les ressources de la planète sont-elles suffisantes pour supporter ce surcroît de population ?

Question mal posée : il s'agit plutôt de la façon dont nous exploitons ces ressources. Exemple des céréales en Europe : 60% sont utilisées pour l'élevage, avec une efficacité nutritionnelle divisée par 10 par rapport à leur usage alimentaire direct. Et si on arrêtait de manger de la viande avant d'arrêter de faire des enfants ?

Par ailleurs, l'avancée du pic de population avant 2080 est encore possible si l'on considère que ce pic a déjà été avancé de 2100 à 2080 entre 2019 et 2022 : la transition des pays émergents et pauvres va plus vite que prévu.

En fait le coeur du problème est la question du renoncement au consumérisme des plus riches. Sachant par ailleurs que ce consumérisme a une dimension structurelle : les changements individuels de comportement -qu'il ne s'agit pas de décourager : au contraire !- ne représentent que 25% du problème. Cela dépend donc bien principalement de décisions politiques.

15h30 : Thème information arme de guerre

"Entrepreneurs d'influence"Intervenants : Stéphanie LAMY, Kélian SANZ

Stéphanie LAMY corrige le titre de la table-ronde : elle préfère parler d'entrepreneurs de normes, car il s'agit pour eux de corriger les normes en vigueur dans une société en procédant à une manipulation de l'attention des consommateurs de médias par de véritable campagnes menées sur des chaînes de production de distraction de l'attention. Expérimentées en Russie, elles ont ensuite été exportées.

Kélian SANZ présente les principaux entrepreneurs et leurs entreprises. Il s'agit d'une nébuleuse difficile à cerner, dans le cadre d'un modèle clientéliste spécifique. Cependant deux noms se détachent :

Yevguéni PRIGOGINE parfois baptisé "le cuisinier en chef de Poutine" car il s'est d'abord fait connaître comme le restaurateur où se retrouvaient habituellement Poutine et son clan à Saint-Petersbourg. Soupçonné d'être le financeur du groupe de mercenaires Wagner, et d'avoir organisé les usines à trolls qui sont massivement intervenues en faveur de Trump sur les réseaux sociaux dans la campagne présidentielle 2016.

Konstantin MALOFEIEV "oligarque orthodoxe" promeut les valeurs traditionnelles et a soutenu LE PEN dans la campagne présidentielle 2017.

Le premier a contribué à la fabrication d'une "culture populaire" promouvant des valeurs nationalistes, virilistes et guerrières. Ceci à travers des vecteurs audiovisuels : dessins animés pour tout petits de "Loba invest", trilogie à succès "Maxime Chougalai-orth à vérifier, film "Touriste"visant à une promotion du groupe Wagner par une stratégie d'héroïsation.

Le second, de façon moins spectaculaire, s'est investi dans la propagande anti-féministe et anti-LGBT en participant au réseau mondial de l'extrême-droite par exemple le World Congress of Families.

 

Ces "entrepreneurs" peuvent entrer en concurrence entre eux et n'ont pas forcément toujours les mêmes positions tactiques.Mais ils concourent tous à la création d'une "société incivile" qui s'oppose frontalement et parfois brutalement à la société civile des droits humains en Russie depuis les années 2010.

Ils ont à présent des relais internationaux : par exemple en France Bertrand Chaulat -orth à vérifier- chroniqueur chez Cyril Hannouna, mais aussi en Afrique subsaharienne ("Afrique média" basé au Cameroun, "Mali jet"). En France la chaîne RT a creusé son sillon en jouant la carte du "grain de sable" dans le "consensus médiatique" en mettant en exergue les violences policières au moment du mouvement des Gilets Jaunes.

Prigogine a créé son ONG à l'acronyme accrocheur : FBI. Il a des projets de formation de journalistes en Côte d'Ivoire et en Guinée. Et une tactique d'implantation sur Internet par la création de sites d'apparence anodine.

 

La réaction en France à toutes ces manoeuvres est venue de l'Armée par la création d'un département LII (Lutte Informatique d'Influence) qui s'est fait connaître en désamorçant la campagne sur de prétendus massacres des troupes françaises par la création de faux charniers près de la base militaire de Gossi au Mali.

Mais cette réaction a un aspect non transparent et une vision militariste d'occupation de l'espace.

 

L'enjeu face à ces "entrepreneurs" est d'objectiver les faits , notamment en matière de crimes de guerre pour faire jouer la Justice Pénale Internationale.

16h30 : Thème transition écologique

Comment associer les citoyens ? Intervenants : L Moncla,viticulteur, partIcipant à la CCC; E Wargon,ancienne ministre de la transition écologique; P Hurmic, maire de Bordeaux.

P Moncla : CCC: citoyens tirés au sort sur une base de représentativité de la société française : participants de 15 à 81 ans, 3 agriculteurs dont 2 retraités. 80%ont partcipé jusqu'au bout, malgré le contexte sanitaire qui a allongé la durée prévue et transformé les conditions de l'exercice -sessions en distanciel. Regret de la non prise en compte intégrale des préconisations, malgré la promesse initiale du Pdt.

E Wargon : co-animatrice du GDN, qui a davantage eu d'effets qu'on ne croit. Il a répondu à un réel besoin d'expression sur des sujets nationaux. Les retours ont effectivement été analysés et ont donné lieu à un document de synthèse d'où sont issues différentes annonces du Président de la Rép : création des Maisons France Service, augmentation de la Prime d'activité et aide au versement de cette Prime.

Sur la CCC : regret de la promesse intenable du "sans filtre". Constat de la non-appropriation des propositions par la société civile, d'où la mise en place de compromis fondés sur l'état de l'opinion. La question du calendrier a tout compliqué.

P Hurmic : Différence d'échelle dans son action : peut-êtreplus facile d'agir à l'échelle d'une ville. En tout cas importance de respecter ses engagements. Il faut passer d'une démocratie intermittente à une démocratie permanente, mais cela suppose un certain nombre de conditions et de tenir compte du contexte : l'écologie plus tard, c'est l'écologie trop tard. La démocratie ça use si c'est toujours de la confrontation et du rapport de force et pas du partage.

Il faut donc parfois ruser. Exemple de l'urbanisme tactique : mise en place sur les boulevards bordelais d'un système provisoire et expérimental à deux voies réservées : l'une pour les voitures, l'autre pour les vélos et les transports collectifs. Décision prise "à la hussarde"par le maire, mais qui a abouti à un consensus bâti sur le succès de l'expérience (+75% de vélos) en 1 an...Alors que la mise en place d'une consultation préalable aurait donné lieu dans le même temps à un clivage de l'opinion sur des positions théoriques a priori.

Cela étant, il y a un travail de conviction très chronophage à mener auprès des citoyens : exemple des commerçants du centre-ville sur la réduction de la place des voitures.

En fait il y a deux conditions à la transformation écologique d'une ville : la confiance et l'équité. C'est l'équation qu'il faut réaliser pour la mise en place des Zones à Faible Émission (ZFE) dans toutes les villes de + de 100 000 h.

Question de la salle (groupe de délégués lycéens de l'académie de Poitiers) : Quelle est la place de l'engagement citoyen y compris extra-légal dans les décisions publiques ? (exemple des enlèvements de publicité dans l'espace public par des équipes d'Extinction Rébellion)

R E Wargon : La question est celle de faire partager plus largement certaines prises de conscience (ex du 110 km/h sur autoroutes proposé par la CCC).

R P Hurmic : Il est très dangereux de ne pas tenir compte des outils de concertation lorsqu'ils existent. Exemple de l'enquête publique pour le projet de LGV Bordeaux-Toulouse. Avec 15 000 participants ce fut un vrai succès. Or 93% des avis exprimés étaient hostiles au projet. Moyennant quoi les "grands élus régionaux" (pdts des régions Nouvelle Aquitaine et Occitanie) se sont assis dessus et ont fait du lobbying auprès du gouvernement qui a cédé sur le principe.

Il y a un problème de fonds de l'accueil et de l'intégration des projets citoyens par les institutions : des procédures reconnues doivent être mises en place.

Samedi 16 juillet

10h : Thème information arme de guerre

Enquêter en ligne en temps de guerre Intervenante Liselotte MAS journaliste spécialiste de l'Osint.

L'Osint c'est l'Open source sur internet : une discipline issue des services de renseignements, mais de plus en plus utilisée par des journalistes pour accéder à des informations autrement inaccessibles.

C'est un travail de fourmi qui demande beaucoup de rigueur, notamment au niveau de la vérification des sources, et permet, en temps de guerre, de vérifier les "informations" fournies par les protagonistes armés.

Il est permis par l'usage inflationniste d'Internet (messageries et réseaux sociaux) et par l'accès facilité à des données par satellite.

C'est ainsi que l'Osint a permis de démentir les démentis russes sur les exécutions de masse opérées à Boutcha avant le retrait des troupes russes.

Cela suppose d'authentifier et de géolocaliser des données accessibles sur Internet.

Des regroupements de journalistes pratiquant l'Osint sont en cours pour mutualiser les pratiques et les données et donner un large accès aux informations ainsi établies.

Openfacto est le site de l'association francophone d'Osint. Il a notamment mis en place un compte twitter "All eyes on Wagner" sur les agissements de cette entreprise de mercenaires.

Dans le monde anglophone, le site pionnier anglais Bellingcat est le plus connu : il est régulièrement dénoncé et menacé par le gouvernement russe et ses agents, notamment depuis qu'il a établi les mensonges russes sur le Boeing abattu dans le Donbass en 2014. A signaler aussi, le Center for Information Resilience.

14 h : Kiosque international

Rencontre avec : Serge OULON, journaliste au bimensuel burkinabé "L'Événement".

Le Burkina Faso est classé 37e sur 186 pays au palmarès de la liberté de la presse de "Reporters Sans Frontières". Cependant un coup d'État militaire vient d'avoir lieu le 24 janvier, ce qui peut amener une dégradation de ce contexte plutôt favorable.

Par ailleurs la situation sécuritaire du pays se dégrade (c'est une des sources du coup d'État). La liberté de circulation en est affectée : il y a une incitation officielle au non-déplacement hors de Ouagadougou la capitale où nous sommes basés. Nos sources locales (correspondants de radio : le média principal dans le pays) sont victimes d'intimidations par les groupes djihadistes.

Il y a deux millions de déplacés officiels (sans doute plus), mais relativement peu d'exilés dans les pays voisins : 10 à 15 000. 4OO à 500 écoles fermées, représentant 300 000 élèves, une centaine de centres de santé fermés. 40 à 45% du territoire est hors du contrôle de l'État.

Question : Comment est perçu le retrait militaire français du Mali voisin ?

Nous avons 1 000 km de frontière commune, et la superficie du Mali est 5 fois celle du Burkina.Le premier enlèvement au Burkina date du 4 avril 2015.

En fait le rejet de la présence militaire française est aujourd'hui général : au Burkina et au Niger comme au Mali. Car elle est ressentie comme inutile après 7 ans d'intervention au Mali sans résultat probant sur la sécurité des populations.

Le repli des forces françaises au Niger est très mal vu : pourquoi cette volonté de rester à tout prix ? Pour beaucoup, il y a un "agenda caché" de cette présence française : la lutte contre le terrorisme n'est qu'un prétexte. Les convois militaires français traversant le Burkina pour se rendre au Niger ont été bloqués par la population et ont dû négocier pour avancer. En tout cas une présence militaire française au Burkina est impensable.

Il y a un rejet général de la France en Afrique qui s'appuie sur deux ressorts: un circonstanciel, l'intervention unilatérale de l'Otan en Libye en 2011 sans tenir compte des propositions de médiation de l'Union Africaine, avec le soutien de la France, et ses effets induits sur la déstabilisation générale du Sahel; un plus structurel, la montée du panafricanisme et de l'aspiration à des États-Unis d'Afrique à partir de l'UA.

Question : Quelle est la présence du groupe Wagner et l'impact des campagnes de désinformation russes ?

Il y a une négation offcielle du gouvernement malien sur la présence de Wagner, mais surtout une grande popularité du recours à la Russie par ressentiment anti-occidental.

Il n'existe pas à notre connaissance de contacts directs entre des structures burkinabé et le groupe Wagner. Les liens entre la Russie et le Burkina sont très lâches, contrairement au Mali où il existe une longue tradition, mais il existe un accord de coopération. La position officielle est celle d'une diversification des partenaires étrangers dans le cadred'une priorité à l'indépendance nationale. A l'heure actuelle, polémiques à propos du retour de l'ancien président Blaise Compaoré condamné par contumace pour l'assassinat de Thomas Sankara et ses 12 compagnons, mais accueilli par le président militaire de transition.

Question : place et rôle des réseaux sociaux dans la vie du pays ?

58% des Burkinabés non scolarisés; 95 à 98% de la population ne comprend pas le français : les réseaux sociaux se limitent donc à un phénomène élitiste urbain.

Par contre RFI est très écoutée, ainsi que les radios locales.

Question : posItion de la CDAO (Communauté De l'Afrique de l'Ouest) sur la situation au Burkina ?

Position de principe anti-coup d'État : suspension du pays et négociation d'une transition démocratique.En vertu du principe de subsidiarité, l'UA reprend la position de la CDAO.

Question : l'indépendance de la justice existe-t-elle au Burkina ?

Il existe depuis 2015 un Conseil Supérieur de la Magistrature indépendant du président de la république, ce qui explique le procès et la condamnation de Compaoré.

Question : quelles sont les relations entre Afrique Subsaharienne et Afrique du Nord ?

En général relations difficiles en raison du racisme maghrébin et arabe vis-à-vis des Noirs, mais avec des nuances. Ainsi il y a une candidature du Maroc à l'entrée dans la CDAO, alors que la Mauritanie en est sortie, mais envisage d'y revenir. Par ailleurs, il y a un tourisme médical entre le Burkina et la Tunisie.

Questions : origine des groupes armés ? Que met-on derrière l'idée d'agenda caché de la France ?

2018 : intervention armée française à Inata sur demande du Burkina plébiscitée, mais autres cas de refus (pas clair : de la part de qui : du Burkina ou de la France ?) d'intervention.

Sur les groupes armés : Le point de départ est l'intervention en Libye de l'Otan en 2011 qui a provoqué la dissémination des armes. Le premier groupe armé opérant au Burkina est le GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat : d'origine algérienne). Mais aujourd'hui les groupes armés sont autochtones à 95% : des volontaires expatriés qui reviennent au pays servent de cadres.

Pas de réponse à la seconde question...

15h : Thème information arme de guerre

Rencontre avec : Guillaume CHAUVIN, photographe retour du Donbass prorusse.

Question : pourquoi être allé au Donbass dès 2014 ?

Le point de départ est un article dans "l'Est républicain" sur des Français partant combattre au Donbass dans les deux camps. Etant russophone et étudiant alors le photojournalisme à Moscou, je choisis d'aller voir côté séparatiste en partant de Russie. Je me présente comme artiste et non comme photojournaliste pour avoir les mains libres et être accepté plus facilement sur place. J'ai pu ainsi retourner régulièrement sur place jusqu'en 2022 en circulant de façon autonome (sans "fixeur") et n'ai jamais été sollicité par la moindre autorité, ni sur place, ni en France. Je me suis toujours imposé sur place comme le "grand maladroit curieux" en référence à la personnalité française la plus populaire dans le monde russophone : Pierre Richard, ce qui m'a ouvert toutes les portes.

Pour photographier des personnes, j'attends une demande des personnes elles-mêmes et pose toujours la question : "Qu'est-ce que je ne dois pas photographier ?" Ceci au gré des rencontres.

Positionnement : refus de la propagande et choix de "dé-sidérer" par des images à lecture multiple.

La guerre au Donbass est à distinguer de la guerre actuelle en Ukraine : c'est une guerre oubliée alors que celle-ci est une guerre visible, voire spectaculaire. Ces deux guerres se sont aujourd'hui emboîtées.

Question : l'art peut-il informer ?

Très souvent l'art a mieux informé que le journalisme. Références : les films "requiem pour un massacre", "la ligne rouge", les livres de Svetlana Alexéiévitch.

Question sur l'expo actuelle au festival d'images du Donbass sur tissu : quels choix y ont-ils présidé ?

Refus du militantisme par rapport au contexte actuel : choix d'images qui peuvent parler aux deux camps.

Recours à la synecdoque : aller vers le détail permet d'accéder à l'universel.

Choix du tissu : instabilité de l'image et en même temps matérialité.

Mon ressenti : le parti pris esthétisant de G Chauvin l'amène à un refus de prise de position qui me semble un peu artificiel dans le cas de l'Ukraine. Comme si l'on pouvait s'abstraire de ce conflit... De ce point de vue j'ai bien préféré la posture de Roya HEDARI ci-après.

16 h : Kiosque international -Thème Frontières : Calais un naufrage européen.

Rencontre avec : Roya HEDARI, journaliste afghane exfiltrée en France en août 2021, Jon HENDLEY , journaliste anglais correspondant du "Guardian" à Paris...

Roya HEDARI, accueillie par Radio France a demandé à faire son premier reportage à Calais, suite à l'annonce du naufrage d'un bateau de migrants. Elle savait qu'il y avait beaucoup d'Afghans à Calais et se demandait pourquoi cette tentative de traversée avait eu lieu.

Elle refuse la stigmatisation qu'elle ressent attachée au mot "réfugiés", et s'interroge sur la difficulté de ce parcours de migration.

Jon HENDLEY rappelle que cette histoire autour de Calais dure depuis plusieurs décennies et constitue un problème assez "intraitable".

Il déconstruit le discours officiel britannique : "L'Europe continentale ne prend pas sa part de réfugiés". Le nombre de demandes d'asiles en 2021 a été de 140 000 en Allemagne, de 125 000 en Espagne, de 120 000 en France...et de 40 000 au Royaume Uni (qui se situe au 18e rang européen pour les demandes acceptées). L'un des slogans du Brexit était "reprenons le contrôle (des frontières)". C'est un sujet très politique qui donne lieu àune forme de surenchère dans la fermeture : voir l'accord conclu par le gouvernement Johnson avec le Rwanda pour l'accueil des déboutés refusés chez eux, et l'exigence de visas pour les Ukrainiens même après le déclenchement de la guerre.

Les accords du Touquet en 2003 ont confié le rôle de contrôle des frontières extérieures britanniques à la France pour retenir les candidats à l'immigration. Or, cela ne marche pas, malgré les mesures sécuritaires qui ont fini par bloquer les arrivées par le tunnel sous la Manche car,selon un sondage réalisé dans la "jungle" de Calais avant son démantèlement, 82% des présents souhaitaient rejoindre le RU en raison de la présence d'amis ou de famille sur place.

Résultat : les traversées en mer (très dangereuses : axe maritime le plus fréquenté au monde par de gros porteurs) ont pris leur essor :

2 000 en 2019

9 000 en 2020

28 500 en 2021

30 000 déjà dépassées pour 2022.

Avec le Brexit, il n'y a plus de gestion commune des migrations avec l'UE. Par ailleurs, aucune demande d'asile ne peut être formulée à l'extérieur du RU.

Selon un rapport parlementaire français, le coût de la gestion des migrations à Calais se monte à 86 M € (85% pour la "sécurité", 15% pour la prise en charge des personnes présentes).

Enfin, même si la ministre de l'Intérieur britannique actuelle, Riki Patel, affirme que la plupart des migrants sont des migrants économiques, 77% des arrivants demandent et obtiennent l'asile.

Question sur l'attitude des autres pays européens ou voisins aux autres journalistes internationaux présents.

Italie : La militarisation des frontières dépasse le clivage droite/gauche. Il y a une grande ambivalence des Italiens par rapport aux migrations : longtemps le pays fut un pays d'émigration. Par ailleurs les accords de Malte sur la relocalisation des migrants ne sont pas appliqués : seulement 2% de relocalisés.

On retrouve cette ambivalence dans la position de la présidence française de l'UE (1er semestre 2022) sur la négociation en cours d'un "pacte migratoire" : en même temps meilleure répartition des arrivées et militarisation accrue des frontières dans le respect du Droit.

Suisse : Bien que non-membre de l'UE, le pays fait partie de l'espace Schengen et finance à ce titre l'agence Frontex de sécurisation des frontières. La gauche suisse a demandé un référendum sur ce financement : il a été plébiscité à 71% avec le soutien de l'extrême-droite (UDC) par ailleurs anti-UE... mais avec une demande de non-augmentation de la participation suisse !

Turquie : Aux 6 Mds € attribués en 2016 pour retenir les migrants vers l'UE ont été ajoutés 0,5 Md € en 2020.

Algérie : Accords avec la France en 2007 sur la sécurisation des frontières.

En 2019, avec le déclenchement du Hirak, les départs vers la France se sont temporairement taris. Cependant on a pu noter 10 000 OQTF d'Algériens en France en 2019.

Depuis les départs ont repris, pour beaucoup avec des visas. En 2021 on compte 13 100 médecins algériens en France.

Dans les années 90 ("décennie noire") on a compté 400 000 départs de "cadres" en France.

 

Globalement, il faut retenir que les migrations internes au continent africain sont 30 fois supérieures aux migrations d'Africains vers l'Europe...

Dimanche 17 juillet

10h30 : Thème concentration des médias

La loi : remède à la concentration ? Intervenants :David ASSOULINE, sénateur socialiste de Paris, Benoît HUET, avocat; modératrice : Sylvia ZAPPI, journaliste au "Monde".

Intro Zappi : La dernière grande loi sur le sujet est la loi de 1986 sur "la liberté de communication" qui a défini des "seuils de concentration maximaux". Elle s'est avéré insuffisante malgré 5 modifications.

Benoît HUET réagit en rappelant que le Conseil constitutionnel s'est prononcé sur la valeur constitutionnelle du pluralisme dans les médias. Il fait également le constat qu'il y a un consensus politique pour dire que les seuils définis en 86 sont obsolètes.

David ASSOULINE présente le dernier rapport du Sénat sur le sujet auquel il a participé. Il fait suite à une commission d'enquête demandée par le groupe PS. Son objectif premier est de susciter un débat public.

Car il y a eu depuis 10 ans des mutations gigantesques non débattues.

La question des nouvelles régulations à établir n'est pas consensuelle. Il y a nécessité de véritables Etats généraux pour traiter la complexité des problèmes.

Benoît HUET Il faut des propositions sur l'indépendance des rédactions par rapport aux actionnaires et une réforme des seuils de concentration face à une situation qui se dégrade rapidement sur ces deux sujets. La proposition des macronistes de mettre cela sous l'autorité des deux institutions que sont l'Autorité de la concurrence et l'Arcom n'est pas sérieuse, car ces deux institutions ne sont pas indépendantes.

David ASSOULINE Il faut faire appliquer la loi, et la réformer en répondant aux contournements dont elle fait l'objet.

Deux exemples.CNews fait l'objet d'une concession publique hertzienne soumise à une convention qui n'est pas respectée. Ceci malgré 5 rappels à l'ordre. Son autorisation d'émettre pourrait donc ne pas être reconduite.

La fusion potentielle de TF1 et M6 dans le cadre du groupe Arnault dépasserait le seuil légal de 40% de l'audience et de 70% du marché publicitaire. Or, il y a une demande du groupe d'élargir la mesure des parts à l'Internet – avec l'approbation des géants de l'Internet.

Sylvia ZAPPI fait part de son regard critique sur les propositions de la commission d'enquête sénatoriale : elles ne comportent aucune mesure pour stopper la concentration.

(rappelons que tout groupe d'enquête parlementaire est co-présidé par un membre de la majorité -LR au Sénat- et un membre de l'opposition : ses propositions doivent donc être consensuelles).

Benoît HUET rappelle qu'en effet il y a urgence à définir de nouveaux seuils. Il note que pour cela le rapport du Sénat propose quand même de nouveaux critères de mesure des seuils de concentration avec le concept de "part d'attention" qui inclut les nouveaux médias.

David ASSOULINE insiste sur l'enjeu que représente la suppression de la redevance audiovisuelle pour garantir des ressources pérennes à l'audiovisuel public et sur le fait que le débat commence dès demain au Parlement.

Post Scriptum : la suppression a été finalement votée, mais avec la mise en place d'un financement alternatif gagé sur des ressources fiscales. Affaire à suivre...

11h30 : Thème information arme de guerre

Comment manipuler l'opinion ? Intervenants David COLON, politiste, et Elena VOLOCHINE, journaliste.

David COLON C'est en 1622 qu'est inventée la propagande avec la création par le Vatican de la "congrégation pour la propagation de la doctrine et de la foi"- cf article wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A9gation_pour_l%27%C3%A9vang%C3%A9lisation_des_peuples

Il s'agit d'agir sur les comportements. Mais de façon plus large, la propagande est "fille de la démocratie" : l'alphabétisation de masse et le suffrage universel ont élargi les enjeux.

La propagande de masse est née en temps de guerre : c'est aux USA en 1917 que se développent les premières campagnes basées sur des recherches scientifiques. Les spécialistes recrutés et formés par l'Etat pour la guerre se reconvertissent dans le privé après 1918 et mettent en place la publicité moderne.

Mais le lien avec la guerre et la recherche scientifique est maintenu : après 1945, Russes comme Américains s'appuient sur les théories de Norbert Wiener, inventeur de la cybernétique, et en particulier sur un précepte majeur : protéger son aire d'information et investir celle de l'ennemi.

Ce qui donne concrètement, encore aujourd'hui : censure à l'intérieur et manipulation à l'extérieur.

Mais ce précepte général connaît de nouvelles applications.

Ainsi la manipulation qui a conduit au Brexit a consisté à s'appuyer sur la fraction fragile de l'électorat pour inverser le résultat prévisible de l'élection en pratiquant le micro-ciblage et la fabrication de messages adaptés aux cibles visées.

Ce qui favorise la mise en place de telles stratégies est la captation de méga-données. Ainsi, il n'est pas indifférent que toutes les données du réseau social tik-tok soient stockées dans des serveurs russes.

Elena VOLOCHINE Cependant la fragilisation d'une part croissante de l'électorat repose sur un manque de confiance dans les médias. Or celui-ci est alimenté par les manques des médias eux-mêmes.En tant que journalistes, nous devons d'abord travailler sur ces manques en interrogeant sans cesse nos pratiques.

David COLON De plus, il faut creuser les raisons qui favorisent la reprise des discours et récits manipulateurs. Ainsi la reprise de la propagande poutinienne par le groupe de Ruppert Murdoch n'a pas de raisons idéologiques mais mercantiles : ce discours simpliste et clivant recueille une meilleure audience, donc davantage de publicité...

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