Comment lutter contre les politiques climaticides

Publié le par Henri LOURDOU

Comment s'opposer aux politiques climaticides ?

 

Cet été aride et caniculaire nous renvoie aux vraies priorités. Celles énoncées depuis longtemps par les écologistes.

Mais il ne suffit pas d'en seriner l'urgence. Encore faut-il, dès maintenant, passer à l'action en montrant aux personnes qui n'en sont pas encore convaincues, ou qui désespèrent, quels changements sont d'ores et déjà possibles, justes et nécessaires.

Pour cela, j'ai choisi deux exemples. L'un concerne l'eau et son usage, l'autre la vitesse sur route.

 

Eau : pour un rationnement équitable d'une ressource devenue rare.

 

Rappelons pour commencer les enjeux et la façon dont ils se posent.

Face à une loi de 1964 devenue inadaptée, qui répartit très inéquitablement les redevances liées à l'usage de l'eau en France, une remise à plat s'impose.

Les usagers domestiques, qui consomment 25% de la ressource, acquittent 90% des redevances; les agriculteurs, qui consomment 45% à 50% de la ressource (et 80% en été en raison du recours massif à l'irrigation) en acquittent 3 à 4%; les industriels, 25 à 30% de la consommation, 6 à 7%. On arguera qu'il y a dans les usages domestiques de fortes disparités, liées à la richesse. Et on aura raison. Mais c'est un argument de plus pour remettre à plat ces redevances : plus l'eau est chère, plus elle profite aux riches. De la même façon, il faut considérer la plus ou moins grande utilité sociale des différents usages agricoles (maïs irrigué pour nourrir du bétail pour produire de la viande : quel bilan écologique ?) ou industriels (eau destinée à refroidir les réacteurs des centrales nucléaires ...) qui,en tout état de cause, doivent voir leur contribution réévaluée.

Au-delà de ce nécessaire débat politique, des mesures immédiates s'imposent pour une répartition plus équitable de la ressource. L'exemple de la régie des eaux de Seillans dans le Var("M le magazine du Monde", 13 août 2022, pp 30-31) me semble aller dans la bonne direction : établir un quota de consommation par personne, ...et le faire respecter en "pastillant" les arrivées d'eau des contrevenants pour limiter leur débit. Ainsi, le riche ne peut pas se permettre de continuer à gaspiller en payant une contravention.

Il faudrait étendre ce genre de mesure à tous les usages après avoir pris le temps de fixer des quotas en fonction des ressources disponibles, et le temps de permettre les adaptations nécessaires (changements de culture, plan de sortie du nucléaire).

Et combattre toute fuite en avant illusoire sur la création de "nouvelles ressources" (barrages-réservoirs en particulier) qu'un "Varenne de l'eau" et des Sdage biaisés par le poids du lobby des irrigants ont mis en avant (voir l'interview du chercheur Sylvain Barone dans "Le Monde" daté 14 au 16 août, p 9). Il est à noter, dans ces décisions à contre-sens, le rôle de certains grands élus "de gauche" dont l'engagement écologique s'avère plus rhétorique que réel.

 

Vitesse routière : un enjeu climatique trop négligé.

 

On se souvient de l'inopportun "joker" mis en avant par Emmanuel Macron sur la proposition de la Convention Citoyenne sur le Climat de mettre la vitesse maximale sur autoroute à 110 km/h. Parallèlement, l'opportune décision d'Edouard Philippe de porter la vitesse maximale sur les routes à 2X1 voies à 80 km/h a été déconstruite par la possibilité donnée aux Conseils départementaux d'y déroger.

Cet enjeu n'est pas seulement de sécurité routière. Rappelons cependant qu'il ne s'agit pas surtout de diminuer le nombre des accidents, mais leur gravité. Ces limitations ont aussi pour objet, en diminuant la consommation de carburant, de réduire nos émissions de CO2, dont on le sait, les transports représentent une part croissante. Le passage, encore en cours, de la motorisation thermique à la motorisation électrique ne traitera pas le problème dans son ensemble, car la production d'électricité reste en partie carbonée, même en France.

Aussi, la décision de Conseils départementaux de revenir aux 90 km/h sur tout ou partie de leur voirie constitue une décision climaticide.

Notamment lorsqu'elle porte sur l'ensemble du réseau comme c'est le cas dans sept départements : Allier, Creuse, Puy-de-Dôme, Corrèze, Cantal, Aveyron et Ardèche, selon le recensement du "Monde" daté 12 août 2022, p 7, qui revient sur cette problématique. Mais c'est aussi le cas des 38 autres départements qui l'ont fait sur une partie seulement de leur réseau, bien souvent sans tenir compte des "éléments d'aide à la décision" du Conseil national de sécurité routière, ou de l'avis de leur Commission départementale de la sécurité routière.

Outre l'incohérence introduite dans la signalisation routière d'un département à l'autre, ces décisions démagogiques qui s'appuient sur une opinion flattée dans le sens de l'irresponsabilité climatique donnent un très mauvais signal pour la nécessaire sobriété dans laquelle nous devons impérativement entrer.

Boycotter le 90 km/h comme le 130 km/h en s'en tenant, dans sa conduite, aux 80 et 110 relève du minimum citoyen à observer et faire savoir largement. Car le "gain de temps" vanté par les thuriféraires de la vitesse reste le plus souvent très minime et sans commune mesure avec l'enjeu climatique.

Au-delà, on ne peut que soutenir les associations qui, comme dans l'Hérault, ont fait casser les arrêtés de leur président du CD (socialiste !...) qui rétablissaient le 90 km/h sur 25 tronçons de façon insuffisamment motivée.

 

Ci-après le bilan très clair établi en 2020 sur les effets positifs du 80 km/h :

https://www.cerema.fr/fr/actualites/abaissement-vitesse-maximale-autorisee-80-kmh-rapport-final?fbclid=IwAR1E_eSx8EAUDhoV0jfq29f4qFX26LtIQ27zcOOfiSc_Bl_iuZjcZ38fYVU

 

Post Scriptum :

 

Dépasser la fausse opposition entre "petits gestes" et "réformes systémiques".

 

La série d'été du "Monde" intitulée "Chaleur humaine" consacrée au défi climatique (semaine du 17 au 22 août) me permet de mettre au point cette question récurrente.

Il convient au préalable de rappeler que le dérèglement climatique actuel est entièrement dû aux actions humaines : réalité encore niée par certaines personnes, ainsi que j'en ai eu récemment le témoignage.

Donc, le freiner relève bien de notre responsabilité collective.

Ici commence une autre forme de dénis. Il s'agit de deux dénis symétriques.

 

Le premier, propagé un temps par le mouvement des Colibris, et aujourd'hui, de façon implicite, par le gouvernement actuel, est de placer sur les seules épaules des individus et de leur comportement personnel la responsabilité de la lutte contre ce dérèglement, en ne faisant qu'appeler aux "écogestes" de façon générale et indifférenciée. Et à récuser de fait toute mesure politique contraignante et non consensuelle.

Or, on le sait, ce sont les riches qui contribuent le plus aux émissions de gaz à effet de serre d'une part, et d'autre part ce sont les structures-même de notre société et de notre économie qui poussent dans le même sens.

Ce constat amène cependant certains à pratiquer un second déni : celui de l'utilité de ce qu'ils appellent avec dédain les "petits gestes", relevant de la responsabilité individuelle de chacun. Ceci le plus souvent au nom d'une posture "sociale" car ces petits gestes seraient réservés de fait aux "bobos"et ne serviraient qu'à culpabiliser les classes populaires.

Or, ces gestes, qui peuvent être socialement différenciés dans certains cas, mais pas toujours car chacun dispose d'une marge de manoeuvre, ne sont pas indifférents : "une étude du cabinet Carbone 4 estime qu'environ un quart du chemin à réaliser peut être fourni par des efforts individuels" ("Le Monde", daté 18-8, p 16).

De plus un tel renoncement à la responsabilité individuelle est démobilisateur. C'est bien au contraire lorsque "l'on a fait sa part" comme le montre l'exemple des Colibris que l'on se sent plus légitime, plus motivé et plus fort pour exiger les réformes systémiques nécessaires auprès de nos gouvernants.

 

Ainsi, opposer "petits gestes" et "réformes systémiques" est davantage facteur de paralysie que d'avancée.

C'est dans cette optique qu'a été rédigée la note précédente(à laquelle j'aurais pu ajouter un point sur l'alimentation- subliminalement suggéré à propos de l'eau- d'autant plus que je viens de voir dans le magazine du PCF "La Terre" adressé au monde rural un début de polémique anti-végane et anti-végétarienne démagogique et écologiquement irresponsable).

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article