Pourquoi voter Nupés le 19 juin (2)

Publié le par Henri LOURDOU

Pourquoi voter Nupés le 19 juin (2)

Pourquoi voter Nupés le 19 juin (2)

Dépasser le stade du clientélisme "de gauche"

 

Ce nouveau rassemblement a des ennemis à gauche. Il s'agit principalement de ce que l'on peut baptiser la "gauche clientéliste".

Sa double incarnation locale est celle de la présidente de la région Occitanie, Carole Delga (PS) et du président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées, Michel Pélieu (PRG).

Ils avaient soutenu au 1er tour des candidatures "dissidentes" d'élus locaux dans le département et la région.

Le bilan est assez clair. Malgré le soutien subliminal de la presse locale (groupe "La Dépêche" appartenant à Jean-Michel Baylet, ex-président du PRG, et partenaire privilégié de la majorité régionale de Carole Delga) seul deux de leurs candidats, dans l'Ariège et dans le Gers, parviennent au 2d tour (sur un total de 26 : candidats PRG ou PSdissidents tels qu'étiquetés par "Le Monde"); on peut y ajouter à la rigueur un 3e, le candidat PS investi par la Nupés dans le Comminges (31-08) qui avait récusé cette investiture...

Maigre bilan. Et notamment dans les Hautes-Pyrénées où, malgré le soutien conjoint de la présidente de région, Carole Delga, et du président du conseil départemental, Michel Pélieu, les deux candidats de la "gauche laïque et républicaine", Maryse Beyrié (conseillère départementale PS) et Jérôme Crampes (maire PRG de Bordères sur l'Echez) sont arrivés respectivement en 3e et en 4e position avec 19,93% des voix exprimées et 14,32%, loin derrière les deux premiers :

24,69% pour la candidate Nupés et 23,59% pour le sortant LREM dans la 65-01, 23,75% pour le candidat LREM et 22,95% pour le candidat Nupès dans la 65-02.

 

Significativement, le candidat éliminé du PRG dans la 65-02 s'exprime ainsi au soir de l'élection : "Je suis (...) déçu pour mon territoire car il y a eu une politisation de cette élection qui ne correspond pas forcément à ce que l'on attend d'une représentation parlementaire.

C'est un changement de paradigme politique. Les gens s'identifient à une formation politique, à un mentor. L'électorat a fait le troisième tour de la présidentielle en votant politique." ("La Dépêche du midi ", édition Hautes-Pyrénées, 13-3-22, p 8.)

Arrêtons-nous un peu sur ces formulations.

Ainsi, pour lui, un parlementaire est avant tout le représentant des intérêts de son territoire : il n'aurait pas à se situer par rapport à de grands choix nationaux. Rappelons que le rôle des parlementaires est de voter les lois et de contrôler l'action du gouvernement. Comme si l'on pouvait faire des lois nationales d'intérêt local et se situer par rapport à l'action du gouvernement uniquement du point de vue des intérêts locaux !

Derrière cette vision des choses, il y a en fait une conception clientéliste de la politique, très pratiquée au niveau local. L'élu est là pour rendre des services, en échange de quoi ses obligés votent pour lui. Aucune "politique" là-dedans : l'étiquette "de gauche" est un vague vernis issu d'une tradition un peu oubliée. Le PRG local est typique de cela : son "pragmatisme" fait passer les relations d'homme à homme avant toute considération politique.

Résultat : une totale absence de vrai débat politique dans les instances locales au profit des conflits d'intérêt locaux, comme s'il s'agissait juste de répartir l'argent public, non sur des projets, mais juste sur des critères d'équité et de fidélités territoriales. Les grands élus récompensent ou punissent les petits élus en fonction de leur soutien inconditionnel à leur personne.

Toute divergence est vécue comme un manquement à la fidélité due au "patron"(ou à la "patronne", car le système n'est pas uniformément machiste).

 

Cette dépolitisation de la vie des assemblées élues génère de nombreuses frustrations. Sous couvert d'un consensus entre gens de bonne compagnie, on fait ainsi passer des décisions non débattues. Par exemple le projet de fusion des hôpitaux de Tarbes et Lourdes au profit d'un futur site situé à mi-chemin des deux villes, en pleine campagne.

Au final, les citoyen·nes ne s'y retrouvent que de moins en moins comme tendent à le prouver la montée régulière de l'abstention et la "repolitisation" des élections déplorée par le PRG.

 

 

Dépasser cette conception clientéliste de la politique est l'un des enjeux du vote du 19 juin.

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