Transition énergétique : quand la Science est prise en défaut

Publié le par Henri LOURDOU

Transition énergétique : quand la Science est prise en défaut
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Transition énergétique : quand la Science est prise en défaut

Transition énergétique :

Quand la Science est prise en défaut...

 

Je découvre dans un kiosque le magazine de l'Afis (Association française pour l'information scientifique, créée en 1968, dont le noble objet ne peut que rencontrer mon approbation).

Et en effet son sommaire est alléchant, notamment le dossier principal sur les enjeux de la transition énergétique.

Dans celui-ci, le nucléaire occupe une place centrale avec l'ambition de "mieux comprendre les controverses".

L'occasion pour moi de remettre mes connaissances à jour pour argumenter de façon rigoureuse et convaincante.

 

Un catastrophisme antinucléaire exagéré

 

Et en effet je m'aperçois que j'ai manqué de rigueur sur la question des dangers du nucléaire (article de Jean-Jacques Ingremeau "Sûreté nucléaire en France et conséquences radiologiques en cas d'accident", pp 14-23). J'ai en effet pratiqué la confusion entre "danger" (conséquences d'un accident) et "risque" (probabilité statistique d'un accident), en faisant comme si la probabilité augmentait au fil du temps de façon exponentielle.

Si le danger est en effet potentiellement énorme, comme l'ont montré les précédents de Tchernobyl et de Fukushima, le risque, lui, semble de mieux en mieux maîtrisé en France.

En effet, au terme d'analyses de plus en plus sophistiquées, et de procédures de plus en plus exigeantes en matière de sûreté, "la probabilité de fusion d'un coeur de réacteur nucléaire français de type 1300 MW est évaluée à un ordre de grandeur de 10-5 par année-réacteur (...) soit une probabilité d'un sur cent mille tous les ans, pour chaque réacteur." (p 19)

De plus les effets radiologiques d'un accident seraient surévalués par certaines associations antinucléaires, ce qui amènerait à surévaluer la population concernée par des procédures d'évacuation : l'exemple cité est celui de Greenpeace qui considère "une dose seuil de 1 mSV (milli Sievert) . Le choix de cette valeur conduit à des zones d'évacuation de plusieurs centaines de kilomètres et concerne potentiellement des millions de personnes. Mais cette valeur de 1 mSV est inférieure à celle de la radioactivité naturelle moyenne en France. Or personne n'envisage d'évacuer certaines zones de Bretagne ou du centre de la France où, à cause du radon, les habitants sont exposés à des doses de l'ordre de 10 mSV pa ran, et où aucun impact sanitaire de cette radioactivité n'a été observé." ( p23)

Argument difficile à réfuter, sauf à postuler que si "aucun impact sanitaire de cette radioactivité n'a été observé", ce n'est pas pour autant qu'il n'en existe pas, mais qu'on ne s'est pas donné la peine de le chercher... Mais on entre ici dans le terrain mouvant qui amène insensiblement aux dérives complotistes.

Dont acte. Acceptons cette remise en cause du catastrophisme antinucléaire.

 

Mais des comparaisons douteuses sur la faiblesse du risque

 

Pour autant, après avoir engrangé cet avantage, pourquoi faut-il que ce contributeur cède à son tour, dans sa conclusion, à un "biais cognitif" en faisant une comparaison déplacée ?

En effet, afin sans doute de frapper les esprits, il fait deux comparaisons inadaptées au cas de l'industrie électronucléaire. Or, lui qui se réclame d'une "approche rationnelle" , devrait le savoir : comparaison n'est pas raison.

La première avec un magasin d'articles de cuisine : "Avec tous les couteaux que l'on peut (y) trouver , il doit être théoriquement possible de tuer quelques dizaines de milliers de personnes. C'est un danger que tout le monde ignore car le risque est négligeable.' (p 23)

Encore faudrait-il trouver les milliers de tueurs prêts à utiliser ces couteaux... Je ne pense pas qu'ici on soit ici au niveau de probabilité de 10-5 par année, mais sans doute beaucoup plus bas.

Quant à la seconde comparaison, le biais est encore plus évident : "Il n'a jamais été envisagé de fermer toutes les salles de concert de France au motif qu'il est possible qu'elles puissent faire l'objet d'une attaque terroriste du type du Bataclan." (ibid)

Il n'y a en effet pas de sens à comparer des centrales électronucléaires, dont la présence s'impose à tous leurs riverains, à des salles de concert...où l'on va par choix !

 

Ainsi, à trop vouloir prouver, on ne fait que semer le doute et la suspicion.

 

Une vision technicienne trop étroite

 

Le reste du dossier est essentiellement centré sur les promesses techniques d'un nucléaire sûr et durable dont nous serions privés par des décisions politiques non fondées (fermeture de Superphénix, arrêt du programme Astrid) imposées par le "lobby antinucléaire".

Cette apologie de la recherche semble a priori recevable : pourquoi couper les ailes à la Science en marche ?

Sauf qu'elle fait l'impasse sur une donnée qu'une récente chronique du "Monde" vient nous rappeler : les centrales nucléaires, même sécurisées, ont un crucial besoin d'eau pour refroidir leurs réacteurs.

Or le changement climatique est déjà là, avec ses périodes de sècheresse accrues.

En conséquence "tant vanté pour sa stabilité et son caractère pilotable, le nucléaire pourrait verser dans l'intermittence bien plus tôt qu'on ne le pense" (S.Foucart, "Nucléariser un monde incertain", Le Monde 15&16-5-22, p 32). Dès fin avril dernier, "près de la moitié des réacteurs français avaient stoppé leur activité."

 

Ainsi les perspectives radieuses ouvertes par la Science doivent-elles être ramenées aux conditions réelles dans lesquelles elles doivent se matérialiser.

 

 

Conclusion

 

Encore une fois, il faut admettre cette idée en effet frustrante : il y a des limites au pouvoir techno-scientifique. Et la transition énergétique qui s'impose passe très largement par une sobriété qui remet en cause nos modes de vie actuels, consuméristes et illimitistes, tels qu'ils restent façonnés par la publicité.

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