De Staline à Poutine. Gueorgui VLADIMOV Le fidèle Rouslan

Publié le par Henri LOURDOU

De Staline à Poutine. Gueorgui VLADIMOV Le fidèle Rouslan

Gueorgui VLADIMOV

Le fidèle Rouslan

traduit du russe par François CORNILLOT

Préface d'Owen MATTHEWS

10-18 n°4920, décembre 2015, 238 p.

 

Ce roman, écrit au début des années 1960 dans une première version intitulée Les chiens a été refusé de publication en URSS en 1965. Il circule au début des années 1970 dans sa version définitive "sous forme de samizdat, ces très artisanales éditions clandestines qui se passaient sous le manteau. Beaucoup de ces samizdats étaient anonymes et on eut tôt fait d'attribuer la paternité du "Fidèle Rouslan" à SOLJENITSYNE.

Pour finir, "Le fidèle Rouslan" parut en Allemagne (en RFA) en 1975, toujours anonymement pour protéger VLADIMOV des représailles officielles." (Préface d'Owen MATTHEWS, p 13)

 

Gueorgui VLADIMOV, né à Karkhov (aujourd'hui Karkhiv) en Ukraine en 1931, est le fils de deux professeurs de littérature, l'une d'origine juive, l'autre d'origine polonaise et biélorusse. Étudiant "brillant et discipliné" , il devint "cadet de l'académie militaire Souvorov à Moscou, puis étudia le droit à l'université de Léningrad. Il décrocha son diplôme en 1953, année de la mort de Staline." (p 10). Mais à une carrière toute tracée d'apparatchik, il préfère choisir le métier de journaliste, ce qui le conduit, de 1956 à 1959, à la revue littéraire Novy Mir dans une période et un endroit clés de la politique dite du "dégel" initiée par Khrouchtchev...et stoppée en 1962 après la publication par Novy Mir du célèbre roman de SOLJENITSYNE Une journée d'Ivan Denissovitch.

 

Avec ce Fidèle Rouslan, je découvre un récit puissant, qui nous raconte la société issue du Goulag du point de vue de ses chiens de garde.

Le récit commence avec la fermeture subite des camps en 1956, et nous décrit le désarroi des chiens, brutalement licenciés comme leurs maîtres... Et leur nostalgie inguérissable.

Ainsi que le remarque Owen MATTHEWS, même si ce roman est le "témoignage d'une époque qui peut nous sembler révolue (...) son écho résonne toujours aujourd'hui" (p 14), car, ainsi qu'il le précise, il est "une terrifiante prophétie de la Russie de Vladimir POUTINE."(p 15)

Un ancien détenu, le Râpé, évoque son passé, en 1940 : "la guerre de Finlande...Mm-oui. Au fait c'est vrai que c'était pas une guerre, mais une "campagne". Tout juste : "la campagne contre les Finnois blancs". Ah, putain, il était génial le vampire (Staline n'est jamais nommé, mais désigné par des surnoms ou des périphrases ironiques) ! Cette idée de leur avoir donné ce nom de guerre : "Finnois blancs". Si c'étaient eux les envahisseurs ou non, ça c'était difficile à déterminer, mais une fois qu'on avait dit "Finnois blancs", tout était clair : ça voulait dire que c'étaient des "Blancs", et les "Blancs", on les avait pas encore oubliés; alors, on avait pas de mal à prendre son fusil, on savait contre qui on allait se battre. Alors qu'en réalité, c'étaient des Finnois, des Finlandais, ni plus ni moins." (pp 102-3)

Il suffit de remplacer "campagne" par "opération spéciale" et "Finnois blancs" par "Ukrainiens nazis" et on perçoit de façon glaçante la continuité entre Staline et Poutine.

 

Exilé en 1983 en Allemagne (RFA), VLADIMOV y a fini ses jours en 2003. Mais, "dans la Russie d'aujourd'hui (où) les manuels scolaires sont réécrits – avec la bénédiction du Kremlin – pour valoriser l'héritage de Staline(,la) Russie a plus que jamais besoin de ses prophètes : les écrivains."(p 16)

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