Philippe SANDS La filière

Publié le par Henri LOURDOU

Philippe SANDS La filière

Philippe SANDS

La filière

(traduit de l'anglais par Astrid von Busekist, 2020, 670 p.

titre original : The ratline, love, lies and justice on the trail of a nazi fugitive)

 

 

J'ai déjà écrit sur le livre dont celui-ci est le prolongement. Ici nous nous centrons sur le personnage d'Otto von Wächter, qui fut gouverneur de Cracovie, puis du district de Galicie, dont la capitale était Lemberg en 1942-44. Artisan actif et efficace de la "solution finale", il réussit à s'enfuir et à s e cacher dans les Alpes autrichiennes, pays dont il était originaire, puis en Italie, où il mourut, à Rome, en 1949.

Il s'agit d'une véritable biographie du personnage, menée grâce à l'accès par l'auteur des archives familiales, constituées et conservées par son épouse, Charlotte, et transmises à l'un de ses six enfants.

Cette biographie est édifiante sur l'itinéraire d'un chef nazi. Elle se double d'une enquête sur ses dernières années clandestines et sur les circonstances de sa mort, avec la question, posée par son fils Horst : maladie ou assassinat par empoisonnement ?

L'auteur enquête minutieusement afin d'examiner toutes les hypothèses. Cette enquête se double d'une confrontation au long cours avec le déni de toute la famille Wächter sur la culpabilité d'Otto.

Au bout de l'enquête, parfois fastidieuse malgré la tentative de l'auteur de lui insuffler le maximum de suspense et de vie, on arrive à la conclusion qu'il est bien mort de maladie.

Mais le plus intéressant dans ce livre est le double constat qui se dégage, d'une part sur les descendants d'Otto von Wächter, installés dans le déni et dans un "nazisme soft" persistant, et d'autre part sur l'impunité des criminels nazis dans le cadre de la Guerre froide.

 

En effet, sur les six enfants d'Otto von Wächter, un seul accepte de parler avec Philippe Sands...et c'est pour essayer de le convaincre de l'aider à prouver l'innocence de son père et l'assassinat dont il a fait l'objet. Sur ses 23 petits enfants, une seule accepte la cruelle vérité et de dire que son grand-père était un criminel de masse.

Il faut dire que la veuve d'Otto, Charlotte, fille de riches industriels autrichiens, gagnée à l'idéologie nazie de son mari, a pieusement constitué et entretenu une légende familiale autour du disparu.

 

Par ailleurs, on apprend, au terme d'une enquête riche en rebondissements et en personnages inattendus, que les services secrets américains étaient parfaitement au courant de la présence et de l'identité d'Otto von Wächter lorsqu'il se cachait à Rome, dans un couvent, avec la complicité d'un dignitaire autrichien de l'Eglise catholique...et la bénédiction implicite du Vatican.

 

Tout cela nous confirme dans l'idée d'une Justice qui ne s'est pas exercée, et d'une persistance des idées nazis dans certains cercles, idées dont la résurgence ne doit pas nous étonner, tant elles n'ont pas été affrontées comme il fallait dans un pays comme l'Autriche, et dans les pays "communistes", contrairement à l'Allemagne de l'Ouest, où un véritable travail de mémoire collectif a eu lieu, comme le montre l'excellent livre de Géraldine SCHWARZ.

Publié dans Europe, Histoire

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