Shlomo SAND Une brève histoire mondiale de la gauche

Publié le par Henri LOURDOU

Shlomo SAND Une brève histoire mondiale de la gauche

Shlomo SAND

Une brève histoire mondiale de la gauche

(Traduit de l'hébreu par Michel BILIS,

La Découverte, janvier 2022, 314 p.)

 

Shlomo SAND n'est pas un inconnu pour moi : j'avais déjà fortement apprécié sa suite de travaux sur l'idéologie nationale appliquée au cas israélien. Il est par ailleurs un fin connaisseur de l'Histoire de la gauche en France, puisqu'il a fait sa thèse sur Georges SOREL, théoricien du syndicalisme révolutionnaire.

 

Une synthèse plutôt réussie

 

Le pari qu'il tente avec cette "brève histoire" est redoutable. Disons qu'il est aux trois-quart réussi : les seuls "angles morts" de son vaste panorama sont l'Afrique subsaharienne et une partie de l'Asie (Japon, Corée du sud en particulier).

Pour le reste, on est impressionné par sa capacité de synthèse, malgré quelques approximations de détail, bien excusables.

 

Définir la gauche : un angle qui se défend

 

La première difficulté de la tâche était de définir la gauche. On sait que dans la même entreprise, limitée cette fois à la France, son ancien directeur de thèse, Jacques Julliard, avait défini la gauche par deux notions clés : la Justice et le Progrès.

Plus opportune me semble la définition de Sand qui pointe, lui, la notion d'Égalité.

Elle correspond davantage à la dynamique mondiale de la gauche depuis deux ou trois siècles. Car, contrairement à Julliard qui fait démarrer ses "Gauches françaises" en 1762 (publication par JJ Rousseau du "Contrat social"), Sand remonte, lui, aux Levellers anglais de 1640.

Cette quête inlassable d'égalité permet en effet de reconnaître tous les combats pointés comme de gauche à travers le temps et l'espace.

Car si le mot de "gauche" est né, comme le rappelle encore une fois Sand, des débats au sein de l'Assemblée nationale française en 1790 à propos du "droit de veto" accordé au roi, sa fortune ultérieure a bel et bien tracé la ligne de partage principale au sein de toutes les démocraties autour de tous les enjeux concernant l'égalité entre tous les humains.

Ce faisant, elle a accompagné les prises de consciences croissantes des inégalités vécues jusque-là comme "naturelles" et peu à peu dévoilées comme historiquement et socialement construites. Que ce soit envers les classes populaires, les femmes, les peuples racisés ou les minorités sexuelles, cette dynamique de la conquête de l'égalité a défini la gauche partout et toujours.

 

Une Histoire tumultueuse et contrastée

 

La liste précédente des victimes des inégalités socio-construites permet de comprendre les contradictions qui ont parcouru cette Histoire.

Si, dans un premier temps la gauche s'est seulement souciée des classes populaires, elle a dû, pour rester fidèle à elle-même, s'emparer aussi des autres catégories maltraitées.

Cela ne s'est pas fait sans mal, ni sans confusions. Aujourd'hui encore de graves contradictions existent au sein de la gauche, et elle sont encore renforcées par la découverte d'un nouveau type d'inégalité à combattre : celle face au dérèglement climatique, aux pollutions environnementales, et à l'extinction des espèces.

La conception marxiste, centrée sur la lutte des classes et le rôle supposé de la classe ouvrière, a en particulier retardé des prises de conscience (p 268-71).

L'essor récent du populisme de gauche, excellemment analysé (pp 272-280) comme réponse à la crise du marxisme a également constitué une diversion fâcheuse.

Aussi, malgré donc l'essor récent de la triple prise de conscience féministe (p 249-264) antiraciste (à mon avis sous-estimée : cf p 233-240 limitée au Mouvement pour les droits civiques aux USA p 115-128 à la prise de conscience anticoloniale dans les pays colonisateurs et p 219-33 à la politique impérialiste des USA en Amérique latine) et écologique (p 281-92), la gauche est aujourd'hui en perte de vitesse partout.

Il lui manque en effet la nouvelle synthèse qui fera converger les luttes contre toutes les inégalités en soldant les erreurs passées de la gauche (dérive totalitaire et nationaliste du communisme, complaisance productiviste et colonialiste de la social-démocratie au consumérisme néo-libéral et à l'ethno-centrisme blanc).

Le présent immédiat post-pandémie et guerrier rebat les cartes : un affrontement planétaire entre les dictatures post-communistes et populistes et les démocraties libérales sur fond d'urgence écologique se dessine. La gauche à reconstruire ne peut être que démocratique, libérale et écologique : seul cadre permettant de combattre efficacement les inégalités de tout ordre. Cela passe par un front uni des classes populaires avec une partie de la bourgeoisie : celle qui n'est pas prête à renoncer aux libertés pour faire fructifier ses affaires. Car la lutte contre les inégalités présuppose la liberté.

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