Face au délire poutinien

Publié le par Henri LOURDOU

Face au délire poutinien
Face au délire poutinien
Face au délire poutinien

Face au délire poutinien :

Sidération, déni, complicité.

 

Qui aurait pu prédire que nous soyons face au danger d'une guerre nucléaire ? La profondeur du délire paranoïaque de Poutine ne semble pas avoir de limite, et le monde est suspendu à la mise à exécution de ses menaces.

Or, sa responsabilité dans la situation, écrasante, est niée par tout un courant qui se réfugie dans la recherche alambiquée des "causes réelles". Alors que la maison est en feu, ils remontent à des temps de plus en plus reculés : de la chute de l'URSS et du mépris occidental pour la Russie, certains remontent même au plan Marshall pour nous démontrer doctement que, comme d'habitude, tout est de la faute des USA, et de leur bras armé l'Otan qui "annexe"(sic) des pays, et même parfois de l'UE, et que donc, si on ne peut totalement excuser Poutine, on peut néanmoins le comprendre... D'autant que les Ukrainiens ne sont pas des anges : il y a quand même une extrême-droite en Ukraine, et les Ukrainiens ont commis des crimes de guerre au Donbass...

 

Pendant ce temps, les chars russes avancent et les bombes pleuvent sur Kyiv ou Kharkiv... Et le dictateur solitaire du Kremlin agite la menace nucléaire, après avoir imposé à son "allié" Loukachenko la décision de re-nucléariser la Biélorussie.

 

Comment expliquer un tel déni de réalité ?

 

De la sidération au déni

 

Je me suis demandé si ce déni n'était pas une conséquence de la sidération dans laquelle le caractère imprévu de la situation a jeté certaines personnes.

Je pense que cela concerne surtout ceux qui ne pensaient pas que Poutine passerait à l'acte. Or ceux-ci se recrutent notamment parmi des gens pour lesquels l'ennemi principal, sinon unique, est le grand Satan américain. Donc, expliquer le passage à l'acte de Poutine par les "provocations américaines" permet de retomber sur ses pieds : on est rassuré dans sa vision du monde et donc quelque part, rassuré tout court.

L'idée que ce sont les intérêts économiques qui dirigent le monde permet également de mettre à distance le caractère économiquement irrationnel de cette entrée en guerre. Typiquement, face à la menace nucléaire, l'argument que la guerre nucléaire ruinerait les intérêts des oligarques russes permet à certains de conclure que jamais Poutine n'ira au bout de la menace...et donc d'écarter la peur et l'hypothèse-même qu'il puisse le faire.

 

Du déni à la complicité avec l'agresseur

 

S'il ne s'agissait que de se rassurer à bon compte, on pourrait laisser passer de tels errements.

Seulement voilà : trop de ces négationnistes de l'agression russe veulent aussi nous persuader qu'il ne faut pas aider les Ukrainiens à résister.

Et en particulier, surtout ne pas leur livrer des armes qui "ajouteraient de la guerre à la guerre".

Là, une limite est dépassée : celle de la non-assistance à peuple en danger.

Et l'on repense, en tout cas moi je repense, au lâche abandon de la révolution syrienne par les Occidentaux en 2012-3, et notamment au non-respect en octobre 2013 de l'engagement américain à ne pas tolérer l'usage d'armes chimiques par Bachar Al-Assad sur les populations civiles.

Abandon qui a entraîné trois grandes conséquences :

-L'arrêt de l'offensive des révolutionnaires sur Damas et le retournement du rapport de force militaire;

-L'essor des groupes djihadistes et notamment de Daech;

-L'intervention russe de 2015 sous le prétexte de cet essor.

 

Aujourd'hui, nous sommes confrontés au même type de défi, en situation moins favorable, car l'adversaire à dissuader possède le premier arsenal nucléaire du monde.

De fait, nous sommes entre les mains du bon sens de l'entourage de Poutine et de la réaction du peuple russe face au gouffre dans lequel celui-ci veut l'entraîner. Et aussi, bien sûr, de la capacité de résistance des Ukrainiens.

 

Aussi, nous ne devons pas ménager notre soutien aux uns comme aux autres pour stopper Poutine dans son délire néo-impérial.

Mais, comme le remarque fort justement l'écrivain russe Sergueï LEBEDEV : "Et même dans le scénario futur le plus favorable, si le régime de Vladimir Poutine tombe, la question reste posée : que faire de ce racisme postimpérial qui imprègne l'Etat russe , la politique russe et la vie russe à tel point qu'on ne le remarque plus quand on est à l'intérieur ? (...) Le monde n'a pas seulement besoin d'une Russie sans Poutine. Le monde a besoin d'une Russie sans conscience impérialiste. "

(Le Monde des Livres, 4-3-22, p 3)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article