Union des gauches et des écologistes : le courage de la vérité

Publié le par Henri LOURDOU

Union des gauches et des écolos :

le courage de la vérité.

 

Le courage a dit un jour Jaurès dans un discours "à la jeunesse", "c'est de chercher la vérité et de la dire".

Je souscris à cette affirmation.

La vérité c'est que la droite se radicalise en France comme dans d'autres pays, à commencer par les Etats-Unis. Cette droite est identitaire, xénophobe, antiféministe, antiécologiste et raciste.

Face à ce phénomène la gauche se fractionne et peine à trouver des réponses.

 

Un pré-requis absolu : combattre le confusionnisme

 

Tout un arc d'idées confusionnistes mettent à mal la nécessaire contre-offensive :

 

-d'un côté : la fausse opposition entre antisémitisme et islamophobie, qu'on ne pourrait combattre conjointement avec le concept accusatoire d'"islamo-gauchisme", l'abstention coupable sur le soutien inconditionnel à l'accueil des exilé-es car on ne pourrait "accueillir toute la misère du monde (surtout si des terroristes islamistes s'y mêlent", l'opposition à la prétendue "cancel culture et au wokisme qui "domineraient l'Université et le monde de la culture", ainsi que le caractère "excessif" des revendications LGBT ou écologistes;

 

-de l'autre : l'émergence de théories conspirationnistes sur l'origine de la Covid et sur les vaccins, avec un antisémitisme subliminal et un refus de toute autorité supranationale, une méfiance systématique à l'égard des partis, syndicats et associations trop "reconnus", un refus de l'engagement dans des démarches "officielles", et notamment dans la participation aux élections; une contestation des journalistes, des scientifiques et des historiens ouvrant la voie aux "faits alternatifs" non vérifiés, aux théories fumeuses des pires charlatans et à une réécriture farfelue de l'Histoire.

 

Ces confusions doivent toutes être combattues pour pouvoir procéder à un vrai rassemblement. Or, elles infusent tranquillement à l'ombre de nombreuses organisations "de gauche" aujourd'hui.

Justifiant dans un cas un ralliement "critique" à Macron, dans l'autre une opposition "radicale" à ce même Macron, incarnation du Mal absolu.

 

Passage en revue des différentes méthodes de rassemblement

 

Avant de trouver la "bonne" méthode, il convient de faire le bilan des méthodes déjà utilisées.

-Le candidat unique de la gauche : c'est la méthode Mitterrand-PCF de 1965 . On cherche le candidat extérieur aux grands partis qui pourra ne faire d'ombre à aucun d'eux.

Cela a failli marcher : présent au 2d tour, Mitterrand a réalisé, contre toute attente, 45% face à De Gaulle.

Malheureusement, la tourmente de mai 68 a emporté ce beau rêve : la méfiance réciproque entre FGDS, PSU et PCF était telle que le PCF a sciemment saboté les négociations de Grenelle pour empêcher l'émergence d'une alternative autour de Mendès-France. La grande peur du peuple face à l'inconnu a remis De Gaulle en selle. La même radicalisation que l'on voit aujourd'hui a touché la droite et la gauche, avec une même confusion. En 1969, la gauche fait un bide aux présidentielles : malgré le flatteur 21,27% du candidat PCF Jacques Duclos, elle n'est pas présente au 2d tour et se divise sur la tactique : appeler à voter pour le candidat centriste Alain Poher ou à l'abstention face à George Pompidou le candidat de droite ? Résultat : c'est Pompidou qui l'emporte.

 

-Le programme commun de gouvernement : c'est la méthode Mitterrand-PCF de 1972. On signe et après on se met d'accord sur un candidat commun aux présidentielles et des accords de désistement aux législatives. Quant aux listes d'union aux municipales, ce fut plus laborieux... Car l'union reste un combat ! D'autant plus que le PCG (Programme Commun de Gouvernement) n'a pas été réellement discuté : l'accord s'est fait en quelques semaines, au sommet, sur consigne de concessions unilatérales de la part de Mitterrand, nouveau dirigeant du nouveau PS.

Résultat : le PS monte en puissance pour devenir le 1er parti de gauche; le Programme commun n'est pas "réactualisé" malgré la demande pressante du PCF... et sera appliqué "a minima" : surtout pour montrer qu'il ne "marche pas" (hyper-inflation et montée du chômage...). L'union se rompt en 1984 avec le départ des ministres communistes. Mais le PS demeure le 1er parti de gauche et va régenter la vie politique pour trente ans avec le duopôle PS/RPR-UMP-LR.

 

-La primaire de gauche. Avec l'usure du pouvoir, le PS devient plus un repoussoir qu'un aspirateur. Pour se re-crédibiliser, il met en place en 2007 ce mécanisme de la "primaire ouverte". C'est ainsi que sont sélectionnés successivement Ségolène Royal (2007), François Hollande (2012)...et Benoît Hamon (2017). Le problème pour ce dernier fut que son parti, le PS, avait éclaté, avec une hémorragie en direction de Macron "le sauveur" qui s'était auto-proclamé candidat. Mélenchon se posant en seul vrai opposant à Macron ne réalise que 19,5% et échoue à parvenir au 2d tour.

 

Aujourd'hui, comme en 1969 et en 2002, nous sommes confrontés à une dispersion des candidatures. Et certains nous appellent à "recoller les morceaux" en catastrophe.

Mais ont-ils la bonne méthode pour cela ?

 

La bonne méthode pour rassembler

 

Les exemples précédents devraient nous montrer ce qu'elle ne peut pas être.

-Ce ne peut pas être la recherche du candidat "qui ne fait de l'ombre à personne" (méthode PCF-Mitterrand de 1965) : cela disqualifie d'entrée la fausse bonne idée de la candidature Taubira, même investie de l'aura d'une "primaire populaire" devenue l'instrument malgré elle d'un parti, le PRG, sans lequel Taubira n'aura pas ses 500 signatures d'élu-es.

  • Cela ne peut pas être la signature d'un programme commun de gouvernement en quelques jours, voire quelques semaines : les divergences sur des sujet essentiels sont trop importantes pour être tranchées ainsi.

-Ce ne peut pas être par une "primaire ouverte" dans laquelle seul le programme d'un seul parti est engagé comme c'était le cas en 2007,2012 et 2017. La "primaire populaire" a voulu tenir compte de cela en impliquant les différents partis dans l'élaboration d'un "socle commun" et en mettant en place un processus au "jugement majoritaire" pour constituer une "équipe" et non investir un "candidat", mais cela n'est à l'évidence pas suffisant, et cela a été balayé par la dynamique en cours : voir point 1.

 

Que reste-t-il donc, sinon la nécessité pour les aspirants au rassemblement de convenir que ce n'est ni une grève de la faim, ni un appel public qui construiront celui-ci, mais bien leur investissement au long cours dans les organisations existantes, associations, syndicats, partis qui vont devoir dans les années qui viennent structurer les débats nécessaires pour parvenir à un programme véritablement commun.

Il n'y a pas de raccourci. Apprêtons-nous à entamer une longue marche. Avec lucidité et détermination.

Dans l'immédiat, la priorité des priorités c'est de se mobiliser ensemble face à la réaction raciste et antisociale en ciblant bien les vrais combats.

Je serai dans la rue le 13 janvier contre Blanquer et sa politique de "no care" avec mes camarades du Sgen-CFDT 65, et l'ensemble des autres organisations syndicales de l'Education. Et je m'engage dans la campagne "antiracisme et solidarité" avec mes camarades de RESF et des EGM.

Post Scriptum du 26-1-22 :  Je dois ajouter, pour être complet, que ce qui précède ne m'empêche pas, bien au contraire :

1-de militer pour la candidature de Yannick JADOT aux présidentielles, en souhaitant qu'il fasse le meilleur score possible; et en gardant au coin de la tête l'idée qu'il pourrait éventuellement créer la surprise...

2-de m'apprêter à voter au 2d tour en tout état de cause pour empêcher la Droite zemmourisée incarnée par Pécresse de l'emporter face à un Macron-bis.

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