Margaret ATWOOD Les testaments

Publié le par Henri LOURDOU

Margaret ATWOOD Les testaments

Margaret ATWOOD

Les testaments

roman traduit de l'anglais (Canada) par

Michèle ALBARET-MAATSCH

(titre original The testaments, 2019,

traduction française 2019, éditions Robert Laffont, collection Pavillons

Edition de poche mai 2021, 652 p.)

 

 

Trente-quatre ans plus tard, voici la suite très attendue de La Servante écarlate.

Elle reprend le même schéma narratif : des témoignages individuels (ici au nombre de trois) de femmes ayant subi la dictature patriarcale et théocratique d'un État fondamentaliste chrétien, installé dans une partie des États-Unis, dont on comprend, à diverses allusions, qu'il correspond au coeur historique et puritain du pays : le Nord-Est étendu jusqu'aux Grandes Plaines (aucune allusion par contre au Sud profond de la Bible Belt).

Pas d'érudition historique inutile chez ATWOOD qui se centre sur son récit et ses personnages, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Ainsi la tonalité des trois récits est très adaptée aux narratrices : un peu bondieusarde chez l'une, très ado révoltée chez l'autre et subtilement sardonique et ironique chez la troisième.

Cependant, le lecteur attentif notera des éléments de contextualisation sur l'Histoire des Etats-unis et du Canada, avec des allusions à l'Undergrown Railway qui fit passer des esclaves fugitifs du Sud au Canada au début du XIXe siècle, et le rappel dans cette aventure du rôle des Quakers, cette secte chrétienne dissidente de sensibilité libertaire et non-violente. Mais également, lors du colloque historique final de 2197 qui, comme dans La Servante, discute de la fiabilité des témoignages reproduits, et rend hommage aux peuples premiers du Canada.

Comme dans La Servante, l'autrice se refuse explicitement à utiliser des procédés répressifs qui n'auraient pas déjà existé dans l'Histoire réelle.

Ainsi le récit des premiers temps de l'État de Galaad, raconté par tante Lydia, nous fait immanquablement penser au coup d'État de Pinochet au Chili en septembre 1973 : même regroupement des "suspects" dans des stades, mêmes procédés d'humiliation et de terreur, même sélection de "collaborateurs" choisis, aussitôt compromis dans le meurtre des leurs. De fait, toutes les dictatures utilisent les mêmes procédés mafieux. Tout lemonde se tient par la barbichette du crime et de la corruption. Il faut une force morale exceptionnelle pour y échapper. Telle est l'histoire de ce livre qui refuse de céder au pessimisme historique des marchands de déclin et de catastrophe.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article