Comment la gauche peut-elle redevenir majoritaire ?

Publié le par Henri LOURDOU

Comment la gauche peut-elle redevenir majoritaire ?

Comment la gauche peut-elle

redevenir majoritaire ?

 

En écrivant ce titre, je me pose la question : la gauche a-t-elle été réellement majoritaire dans ce pays de façon durable ? Et sinon, pourquoi ?

Et cela alimente ma réponse de la façon suivante : la méthode suivie pour se rassembler à gauche n'a jamais été la bonne.

La tribune de Christiane Taubira dans "Le Monde" daté 30-12-21 l'illustre parfaitement.

Plaidant pour un rassemblement de la gauche, elle botte explicitement en touche sur les sujets qui la divisent pour ne retenir que ceux qui la rassemblent spontanément.

Ce faisant elle nous livre les raisons pour lesquelles un tel "rassemblement" ne peut tenir dans la durée.

 

Revenons à l'Histoire.

 

La dernière grande période de rassemblement de la gauche qui éveille encore des larmes de nostalgie chez certains est celle de 1972-1984.

En 1972, François Mitterrand, grand architecte du "rassemblement", vient de prendre la direction du PS à ceux qui, comme Alain Savary, auraient voulu continuer un dialogue sans concession avec le PCF, alors premier parti de gauche en France. Il impose la conclusion d'un accord rapide avec le PCF autour d'un "programme commun de gouvernement", qui s'avère être la quasi reprise intégrale du "programme pour un gouvernement d'union populaire" du PCF paru un an auparavant.

Avec le recul, on s'est aperçu que cet accord était un "trompe-l'oeil". Le calcul de Mitterrand était le suivant : conclure un accord au plus vite pour profiter de la dynamique unitaire sans se soucier des conditions d'application du programme.

Il inaugurait ainsi une formule qui serait plus tard reprise avec succès par Bill Clinton et Tony Blair, mais pour ceux-ci avec la droite : la "triangulation". Reprendre les mots et les idées de l'adversaire pour lui piquer ses électeurs.

Son débat interne avec les "rocardiens" qui voulaient poser des questions gênantes sur le programme lui a permis de les "droitiser" symboliquement : pas touche au "programme commun". Cette totémisation du "programme commun" lui a symétriquement servi à repousser les demandes du PCF pour une "réactualisation". Il a en même temps commencé à siphonner l'électorat, et une partie des militants du PCF, tout en apparaissant comme le meilleur chantre du "rassemblement".

Dès 1978, le "rassemblement" avait du plomb dans l'aile...mais le capital électoral du futur candidat Mitterrand s'accroissait.

Son élection en mai 1981, suivi du raz de marée rose et rouge des législatives de juin, a créé l'illusion d'une réussite. Mais dès juin 82, le "tournant de la rigueur" a montré que le programme n'était pas au point... et en tout cas pas si "commun" que ça.

 

Tirer les leçons

 

L'absence de vrai débat entre les forces de gauche est une tare chronique de notre Histoire nationale. Elle a beaucoup à voir avec la tradition autoritaire et centraliste de l'État français. Et celle-ci beaucoup à voir avec le succès de l'élection du Président au suffrage universel et la présidentialisation des institutions et de la vie politique qui en a résulté.

Ce présidentialisme de type monarchique est répandu dans toute la société. Il infecte toute notre vie sociale. On pourrait presque dire que pour être quelqu'un en France, il faut être président de quelque chose.

Sortir de cette culture demande un effort conscient, heureusement favorisé par l'évolution générale de la société.

Cela implique de valoriser et pratiquer la recherche du compromis entre des positions au départ opposées. Un compromis où chacun puisse se retrouver parce que longuement négocié et argumenté.

C'est un changement complet de posture par rapport à de vieilles habitudes de polémique et de procès d'intention.

 

Le nouveau champ politique de la gauche

 

A ce changement de méthode doit s'ajouter malheureusement une reconfiguration, encore inachevée, du champ politique. Qu'il va falloir gérer...

En résumé, nous voyons émerger à gauche deux forces "nouvelles" à vocation hégémonique : le "pôle écologiste", dont la force principale est constituée par EELV, et "La France Insoumise", dont la force principale est constituée par le PG. Ils sont tous deux les héritiers des deux courants autrefois hégémoniques à gauche : le PS et le PCF.

Le pôle écolo incarne la double tradition autogestionnaire et social-démocrate, LFI incarne la double tradition protestataire et jacobine. Mais ce qui détermine leur vocation hégémonique est leur prise en compte des enjeux écologiques et sociétaux d'aujourd'hui, sur lesquels PS et PCF ont pris un retard rédhibitoire.

Cependant, ces derniers ont encore des positions institutionnelles fortes...qui risquent de durer. Il n'est qu'à voir l'étonnante survie locale du parti radical, autrefois premier parti de gauche.

Il est donc inenvisageable de les "snober". Néanmoins, sur le fonds des choses, les idées sont à EELV et à LFI.

C'est donc bien entre ces deux derniers que doit se jouer la vraie négociation programmatique.

Ce ne sera ni facile, ni rapide. Mais je pense que là est le chemin.

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