Face au brouillard de la prochaine présidentielle

Publié le par Henri LOURDOU

Face au brouillard de la prochaine présidentielle
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Faux et vrais ennemis : le brouillage intellectuel des néo-réac

 

Deux compte-rendus de livres dans le même numéro du "Monde" du 19-11-21, rendent compte à la fois de l'essor persistant du courant néo-réactionnaire et de l'effet de brouillage des repères qu'il provoque.

En effet, si le compte-rendu du livre de Brice COUTURIER "OK Millenials !"par Marc-Olivier BHERER fait preuve d'un recul critique bienvenu, celui du dernier livre de Pierre-André TAGUIEFF "L'antiracisme devenu fou. Le "racisme systémique " et autres fables" par Roger-Paul DROIT ne fait l'objet d'aucune restriction, voire d'une adhésion inconditionnelle qui interroge.

Ce qui chagrine un peu est de voir la cécité volontaire de Roger-Paul DROIT face au positionnement pourtant bien connu de TAGUIEFF dans la galaxie néo-réactionnaire, avec des états de service glaçants, rappelés récemment par l'historien Reza ZIA-EBRAHIMI, et sur lesquels je reviendrai.

De quoi s'agit-il au fonds ? De l'agitation d'un épouvantail , le "wokisme", qui sévit dans quelques campus américains, et dont on nous prédit qu'il va submerger la France et l'Europe.

Comme le rappelle utilement BHERER, faire une enquête sur un phénomène social et politique ne saurait se réduire à la lecture de quelques écrits de quelques auteurs soigneusement sélectionnés et passés au filtre des commentaires d'auteurs farouchement conservateurs, ou monter en épingle quelques incidents isolés sans mesurer leur portée réelle.

Fustiger l'essor d'une nouvelle gauche écologiste, féministe et antiraciste au nom des excès de quelques uns de ses représentants ne saurait dispenser de l'analyse des causes effectivement défendues et de leurs réels enjeux.

De ce point de vue, tant COUTURIER que TAGUIEFF brouillent les choses en fixant la focale sur les excès, réels et qu'il ne s'agit pas de nier, et en généralisant abusivement le constat de façon polémique. J'avais déjà pointé ce travers dans un livre précédent de TAGUIEFF. Et DROIT le concède implicitement en écrivant qu'il "oscille entre froides analyses et attaques virulentes"... mais malheureusement pour le minimiser aussitôt en parlant d'un "livre courageux et rigoureux". Or, il n'y a dans l'entreprise néo-réactionnaire de TAGUIEFF ni "rigueur", ni "courage". La "rigueur" supposerait un vrai recul scientifique et une contextualisation de ses analyses, le "courage" supposerait qu'aujourd'hui l'université, l'édition et les médias en France soient entièrement dominés par ce "nouvel antiracisme" qu'il fustige. Ce qui est loin d'être le cas. L'entreprise actuelle d'un Bolloré en fournit la claire illustration...tout comme les sondages prévisionnels (même biaisés comme le montre l'enquête atterrante du "Monde" sur leur fabrication – n° daté 5-11-21) sur les présidentielles 2022, qui montrent une avance substantielle des candidats de Droite et d'Extrême-Droite cultivant les discours subliminalement voire très explicitement, racistes, anti-écologistes et anti-féministes.

 

Un vrai complot : Bolloré et la présidentielle.

 

Il ne manquera pas de commentateurs pour botter en touche en prétendant que l'enquête de "M le magazine du Monde" du 20-11-21 est une "manoeuvre au service de la candidature de Macron". Il n'en demeure pas moins que la mise en orbite médiatique de Zemmour par Vincent Bolloré est une réalité politique suffisamment substantielle pour appeler un minimum d'interrogation.

Au demeurant, la division de la gauche et des écologistes relève avant tout de la responsabilité ...de la gauche et des écologistes. Ce qui appelle aussitôt la précision que cette division a aussi des causes objectives, qui sont le renouvellement nécessaire du logiciel de gauche face aux nouveaux enjeux. Ce qui explique l'essor concomitant du "pôle écologiste" (dont la principale composante est EELV) et de LFI face au déclin concomitant du PS et du PCF.

Assumons donc cette responsabilité, et n'en profitons pas pour nous réfugier dans l'abstention : voter à gauche est plus que jamais pertinent et nécessaire !

Mais revenons à Bolloré et à son rôle dans l'évolution du paysage politique français.

L'enquête d'Ariane CHEMIN et Raphaëlle BACQUÉ rappelle la boulimie ravageuse de BOLLORÉ dans la conquêt d'un pan toujours plus large du paysage médiatique français : Canal+ d'abord, avec ses chaînes associées, C8 et Cnews, puis Europe 1 et à présent le JDD et Paris-Match, sans parler de l'édition avec Hachette et ses succursales. "En quelques mois la 14e fortune professionnelle de France (selon "Challenges") a bâti un pôle réactionnaire qui s'étend jusqu'à l'édition." (p 59)

Et ce pôle, il le met sans aucun état d'âme au service d'un projet politique : Zemmouriser la Droite pour l'emporter aux présidentielles sur un Macron trop mou à ses yeux.

Ce projet a émergé depuis peu : jusque-là Bolloré cultivait l'ambigüité sur ses idées politiques. Il se plaçait juste dans le sillage de la majorité du moment pour favoriser ses affaires. Le manque de complaisance, ou l'insuffisante complaisance à son égard de Macron, l'a fait changer de posture (p 58).

A présent, gagné par un "sentiment d'urgence" lié à l'âge (il va avoir 70 ans et va passer les rênes de son groupe à ses fils en février 2022), il entend imprimer sa marque : ultracatholique et nationaliste, sous l'étendard du complotisme islamophobe (p 64). Zemmour est son porte-parole parfait, et c'est lui en personne qui l'a promu dans sa chaîne Cnews en lui confiant dès la rentrée 2019 un rendez-vous quotidien à une heure de grande écoute. Il a également fait comprendre à tous les candidats de la primaire de LR qu'il leur faudrait mettre un maximum de Zemmour dans leur campagne pour obtenir son soutien (pp 68 et 64).

Le résultat ne s'est pas fait attendre, tant du côté d'Eric Ciotti (facile à convaincre), que, plus surprenant, du jusque-là modéré Michel Barnier, qui se serait mis à "rêver d'un "bouclier constitutionnel" afin de mettre en oeuvre un "moratoire sur l'immigration" sans se soumettre au droit européen." (p 64) Un comble pour un ancien Commissaire européen !

Cela ne peut que nous engager à être très vigilants sur la primaire LR et sur son résultat.

 

L'avenir n'est écrit nulle part

 

Que cette entreprise connaisse ou non le succès n'est pour le moment pas prévisible. Il relève donc de notre responsabilité collective de continuer à nous battre pour éviter le pire. En déconstruisant les argumentaires complotistes du racisme et en analysant leur genèse, leurs implications, et toutes les complaisances confusionnistes qui les alimentent.

Ci-après un éclairage sur les activités africaines de Bolloré...

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