Rapport Sauvé : un symptôme de l'effondrement du patriarcat

Publié le par Henri LOURDOU

Rapport Sauvé : un symptôme de l'effondrement du patriarcat

Rapport Sauvé :

un symptôme de l'effondrement du patriarcat.

 

Je m'aperçois en le relisant que mon texte de septembre 2016 sur "le vieux qui meurt et le nouveau qui peine à naître" a omis un point important.

L'essor du féminisme et l'effondrement du patriarcat sont tellement évidents pour moi qu'ils allaient sans dire. Mais il vaut mieux les dire, car ils sont au coeur des phénomènes réactionnaires en plein essor, ainsi que nous l'ont rappelé les prises de position diverses contre la candidature de Sandrine Rousseau à la primaire écolo.

 

Le rapport de la commission Sauvé , commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise catholique, marque un tournant. Cette institution clé du système patriarcal est touchée au coeur. Ainsi que le souligne la sociologue Nathalie BAJOS, membre de la commission ("Le Monde" daté 7-10-21, p 15) : "le fonctionnement patriarcal de l'Eglise favorise la survenue des violences sexuelles."

Le fait que la conférence des évêques ait accepté d'examiner les conclusions et préconisations de la commission est un signe positif. Car les constats sont rudes et les préconisations radicales.

Les résistances sont bien sûr très fortes, mais la réalité des faits tellement massive que la "politique de l'autruche" n'est plus possible. Ainsi que l'admet le président de la conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, "le chiffre donné (de victimes) modifie complètement la perception que l'on a du phénomène. Il est évident que quand on a 3 000 victimes sur soixante-dix ans, ce n'est pas la même chose que quand on a 216 000 victimes vivantes aujourd'hui. On n'est pas devant la même réalité. Notre analyse de ce qui a pu se passer change, évidemment. C'est un travail que nous avons à faire collectivement." ("Le Monde" daté 7-10-21, p 14)

Et, ajoute-t-il, "on ne va pas discuter de ce qu'il faut faire uniquement entre évêques (...) (mais) avec des responsables d'associations, de mouvements, des gens représentatifs de la diversité du peuple chrétien" (ibid.)

Si cette volonté d'ouverture est, dit "Le Monde", "une attitude neuve", je n'en sous-estimerais pas l'ambigüité : en effet, la "diversité du peuple chrétien" pourrait bien être un prétexte à constater la radicale opposition des réactions à ce rapport...et aboutir ainsi à une forme de mauvais compromis évitant les remises en cause radicales qu'appelle pourtant ce constat accablant.

Il n'en demeure pas moins que toutes les voix qui se sont enfin élevées contre ces abus marquent une rupture décisive avec la "loi du silence" qui prévalait jusque-là.

Cette libération de la parole est irréversible, et elle doit entraîner la remise en cause du système de pouvoir dans l'Eglise : un pouvoir masculin et patriarcal frappé aujourd'hui d'obsolescence.

Les autres religions sont confrontées au même défi...

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