Radicalité, clarté, majorité démocratique et Etat de droit

Publié le par Henri LOURDOU

Radicalité, clarté,

majorité démocratique et Etat de droit.

 

On le sait, ou on devrait le savoir, le choix des mots et leur usage ne sont jamais neutres.

Ainsi, on assiste aujourd'hui à l'émergence de la "radicalité" : soit qu'on l'encense, soit qu'on la récuse, elle est au centre de bien des discours.

Nous allons donc nous interroger sur le sens et les différents usages de la "radicalité", et essayer de les clarifier, en les mettant en rapport avec deux notions qui peuvent en questionner et délimiter la pertinence, celles de majorité démocratique et d'Etat de droit.

 

"Être radical, c'est prendre les choses par la racine"/Être radical, c'est aller jusqu'au bout.

 

J'ai toujours gardé en tête depuis mon adolescence cette première formule qui est de Marx, et dont j'ai peiné à retrouver la source (elle est tiré d'un ouvrage de jeunesse de 1843 : la "Critique de la philosophie du droit de Hegel"). Cela conduit à définir la radicalité par une démarche intellectuelle qui consiste à ne pas rester à la surface des choses, mais à explorer leurs causes et leurs origines.

Or, par un curieux glissement de sens, le mot "radical" ou "radicalité" tend à remplacer le mot "extrémiste" ou "extrême" comme dans la nouvelle expression "gauche radicale" qui a pris aujourd'hui la place d'"extrême-gauche" ainsi que je le remarquais à propos d'un ouvrage analysant le confusionnisme contemporain.

Etre "radical" donc aujourd'hui ce serait prendre des moyens extrêmes pour aller jusqu'au bout d'un projet politique. C'est ce que semble dire, sans le dire vraiment puisqu'il n'est pas vraiment question des "moyens extrêmes" utilisés, de leur pertinence et de leur efficacité, l'interpellation de Sandrine Rousseau envers Yannick Jadot pour l'accuser de représenter "une écologie qui ne va pas jusqu'au bout du chemin". Je reviendrai plus tard sur cette accusation et ce qu'elle laisse dans l'ombre.

Pour l'heure je voudrais d'abord faire constater que le mot " radical" est ici utilisé dans un sens inverse à celui de Marx : il ne s'agit plus de remonter à la racine des choses, mais d'aller jusqu'au bout de leurs conséquences.

 

Clarification nécessaire

 

Pour la clarté du propos, il faudrait donc choisir entre ces deux sens opposés du mot "radical".

En ce qui me concerne, mon choix est fait : je m'inscris dans la tradition du premier sens.

Et dans cette optique, faire le procès de Yannick Jadot pour son manque de "radicalité" constitue un contresens complet. Car l'écologie qu'il porte repose sur une analyse radicale de la crise écologique.

Par contre, si l'on choisis le second sens, il reste à en expliquer toutes les implications, et à les assumer.

Aller jusqu'au bout en matière d'écologie, cela veut dire quoi ? Je suppose qu'il s'agit d'arrêter complètement le changement climatique et la 6e extinction des espèces. Quel écologiste ne souscrirait à ce noble but ?

Mais comment l'atteindre ? Je suppose également qu'il s'agit de conquérir une majorité électorale sur un programme "radical" permettant de réduire rapidement les Gaz à effet de serre et les atteintes à la biodiversité : rationnement draconien et immédiat de tous les carburants fossiles, interdiction de toutes les substances et activités impactant la biodiversité.

Une première limite à ce programme a été la défaite électorale de Sandrine Rousseau à la pimaire écologiste (que personne à ma connaissance ne conteste).

Une deuxième limite est la portée limitée de cette primaire par rapport à l'élection présidentielle : 104 000 électeurs par rapport aux plus de 40 000 000 d'inscrits.

Une troisième limite est l'état actuel des sondages d'opinion : 9% d'intention de vote pour un candidat écologiste, quel qu'il soit (Mélenchon le (relativement)"radical" au sens 2 ne fait pas mieux que Jadot le "pragmatique").

 

Pour assumer notre "radicalité" (au sens premier du mot) nous devons nous confronter à deux conditions :

-Conquérir une majorité démocratique

-Respecter l'Etat de droit.

 

Majorité démocratique et Etat de droit

 

Conquérir la majorité à une élection c'est assembler des aspirations qui sont (presque toujours) contradictoires. La question est donc de savoir autour de quels principes ou valeurs agréger ces aspirations en les faisant réellement converger.

La question de la "radicalité" se pose ainsi de façon fort différente selon les contextes et les principes ou valeurs que l'on choisit de prioriser.

Contextes : aujourd'hui le principal élément que l'on retrouve partout est bien celui de l'urgence écologique (climat, biodiversité); mais il s'articule à des traditions politiques nationales fort différentes et à des contextes socio-géographiques eux aussi différents.

Un cas d'école intéressant est celui de l'Autriche, et plus spécifiquement des Verts autrichiens, décrits dans un reportage de "M, le magazine du Monde" du 25-9-21.

Il montre que la "radicalité" ici, au double sens de l'analyse des causes et de la réponse jusqu'au-boutiste, peut aboutir à une alliance sans état d'âme avec une droite xénophobe pour gouverner. Et cela en laissant l'Etat de droit de côté. On a donc une majorité démocratique bancale, où la fraction "rurale" et "radicale" des Verts soutient cette alliance, malgré les états d'âme voire l'opposition de la fraction "urbaine" ... Ce cocktail étonnant décroissance/anti-immigration est à l'opposé des options défendues par les écologistes français, dont la "radicalité" est davantage axée sur la défense des droits des migrants que sur la décarbonation radicale de l'économie.

Se pose donc la question des principes ou valeurs prioritaires que nous choisissons de défendre pour construire une majorité.

Notre radicalité d'écologistes doit nous amener à équilibrer urgence écologique, majorité démocratique et Etat de droit : cela ne peut se faire en sacrifiant l'un de ces trois éléments.

Ce difficile équilibre nécessite un parler vrai qui mette conjointement en avant ces trois impératifs, et qui implique forcément des pourparlers avec d'autres forces politiques.

C'est à ce triple défi qu'est confrontée la candidature de Yannick Jadot.

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