Dans l'héritage de Mai 68 : une génération maltraitée

Publié le par Henri LOURDOU

Dans l'héritage de Mai 68 : une génération maltraitée
Dans l'héritage de Mai 68 : une génération maltraitée
Dans l'héritage de Mai 68 : une génération maltraitée

Dans l'héritage de Mai 68 :

une génération maltraitée.

Hervé HAMON et Patrick ROTMAN "Génération",

Points Actuel n° 90 et 91, avril 1990, 620 et 710 p.

Virginie LINHART "Le jour où mon père s'est tu"

Seuil, mars 2008, 178 p.

Camille KOUCHNER "La familia grande"

Seuil, janvier 2021, 206 p.

En terminant le livre si juste de Camille KOUCHNER, je me suis souvenu de deux lectures antérieures avec lesquelles son expérience résonne.

L'intuition que j'avais déjà eue en les lisant et que ce livre, qui va bien au-delà du cas d'un beau-père pervers narcissique et d'une mère enfermée dans le déni et l'auto-apitoiement, confirme est celle d'une génération d'enfants de ces pionniers de la révolte soixante-huitarde qui a été globalement maltraitée.

J'appartiens de fait à la génération intermédiaire qui a bénéficié d'une forme de recul à la fois par rapport à l'empreinte autoritaire des générations antérieures, et par rapport aux excès et aux errements de la révolte anti-autoritaire.

Or, ces excès et ces errements ont été parfois maltraitants pour les enfants.

C'est ce dont témoignent, chacun à leur façon, les livres de Virginie Linhart et de Camille Kouchner.

Pour bien les situer, il faut commencer par l'enquête, déjà ancienne (1987-8) , d'Hamon et Rotman.

C'est l'histoire de certains dirigeants des groupuscules gauchistes de Mai 68, parmi lesquels les pères de Virginie Linhart et Camille Kouchner.

Dans cette galerie de portraits qui commence en 1962 et s'arrête en 1975, on s'attache à définir une "génération" dont le point commun est d'être entré en dissidence par rapport au pôle magnétique de la Révolution qu'était alors le Parti Communiste, "premier parti de France" mais totalement en-dehors des sphères du pouvoir d'Etat.

(On méditera peut-être la possible comparaison avec ce qui s'affiche aujourd'hui comme le 1er parti de France, lui aussi écarté du pouvoir...)

En tout cas, tant le père de Virginie Linhart, que celui de Camille Kouchner, garçons extrêmement brillants, ont marqué de leur empreinte ces années-là : le premier comme fondateur de l'UJC-ML puis de la Gauche Prolétarienne, tendance la plus extrême du maoïsme en France, le second comme créateur de Médecins Sans Frontières et du "droit d'ingérence humanitaire".

Leurs premières épouses respectives ont rompu avec le modèle patriarcal en adhérant au féminisme et en se séparant d'eux.

Et leurs enfants, tout comme ceux de nombreux militants de premier plan de ces années-là, ont fait les frais de ces engagements et de ces ruptures plus ou moins abouties.

Car ils ont dû subir cette injonction contradictoire : "sois libre!" sans bénéficier du mode d'emploi, ni, surtout, de la considération de leur statut d'enfant et des égards que cela implique.

Surtout, ils ont dû faire face à des traumatismes pour lesquels ils n'étaient pas accompagnés comme ils auraient dû.

Rupture entre les parents, bien sûr, mais aussi deuils et maladies graves, ou agressions subies.

Virginie Linhart, documentariste, a très pertinemment enquêté auprès d'autres enfants de militants de la même génération, et constaté que son cas n'était ni isolé ni fortuit.

Il y a bien eu une génération maltraitée, qui a dû se construire à la fois avec et contre ses parents, en faisant la part de la justesse de leurs idéaux et de la maladresse, et parfois pire, de leurs comportements.

Illustration de l'un de mes mantras préférés : oui, l'émancipation est bien un travail. Virginie Linhart et Camille Kouchner ont bien travaillé : merci à elles.

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