Covid : confusionnisme et complotisme collapso

Publié le par Henri LOURDOU

Covid : confusionnisme et complotisme collapso

Confusionnisme et complotisme

collapsologiques.

 

Le n° final annoncé de la revue "Yggdrasil" paraît à l'avance : ce n°10 est en fait un n° triple 10-11-12, pour des raisons économiques expliquées p 2.

"Heureusement" suis-je tenté de dire à la lecture de certains articles de ce n° marqués par le confusionnisme et le complotisme sur la question du Covid, et plus largement sur les questions de santé.

Que l'on soit ouvert aux questions spirituelles, soit ! Mais ce n'est pas une raison, à mes yeux du moins, pour publier des propos aussi confusionnistes, voire délirants, que ceux que l'on peut lire dans quatre articles de ce n°.

Je veux parler du "grand entretien" réalisé par Clémence CORRÉ-SAINT-JOURS et Caroline ROUYER avec Mattias DESMET, pp 62-71, intitulé "Corona et totalitarisme, des clefs pour comprendre la crise", des articles de Hervé OTT, pp 148-157, intitulé "La maladie comme langage symbolique de nos conflits intérieurs", et de Clémence CORRÉ-SAINT-JOURS, pp 158-161, "Une traversée vers la santé pour honorer la vie", et de l'entretien avec Fabien MOINE, pp 163-169.

 

Mattias DESMET : confusion et complotisme à tous les étages.

 

Le plus grave à mes yeux est le premier, car il constitue un amalgame de confusion et de complotisme particulièrement gratiné, avec la circonstance aggravante de se référer à Hannah ARENDT !

Cela commence par un constat que l'on peut partager : celui du mauvais état psychique collectif d'une bonne partie de la population, mesuré par la consommation d'anti-dépresseurs, dès avant l'épidémie de Coronavirus (p 62-3).

Puis une forme de déni anticipé de ce qu'il va ensuite pourtant fortement suggérer : sur l'origine de la "formation de masse" (état d'esprit collectif) qu'aurait généré l'épidémie, "je ne me positionnerai pas sur le fait qu'elle soit spontanée ou puisse avoir été créée de manière intentionnelle, je ne pense pas avoir ce degré d'expertise." (p 64)

Et pourtant, il nous assène trois pages plus loin : "L'idéologie à partir de laquelle est formulé le narratif du Covid semble s'appuyer sur la réduction biologique et matérialiste, l'idéologie transhumaniste. Les gens qui dirigent la masse sont idéologiquement aveugles, ils croient vraiment que cette idéologie apportera une solution à tous les problèmes de l'humanité. Afin de réaliser ce paradis transhumaniste, il semble leur être permis de tricher, de manipuler, et si nécessaire de sacrifier une partie de la population. Hannah Arendt dit quelque chose de très beau (sic !), elle dit : "Il n'y a qu'un problème dans le totalitarisme: le paradis, à la fin, ressemble toujours exactement à l'enfer." " (p 67)

On se frotte les yeux : de quoi nous parle-t-il ? De ce que nous vivons actuellement en France ? Ainsi nous serions gouvernés par des "transhumanistes" qui veulent nous amener "au paradis" et sacrifient des vies pour cela ?

Ce propos n'est pourtant pas très cohérent avec ce qu'il affirme une page plus haut sur le "narratif du Covid" : "En début de crise, j'ai moi-même réagi plutôt comme un statisticien, en étudiant tous les chiffres, les statistiques. Après quelques semaines, j'ai remarqué qu'il y avait de grossières erreurs et que le danger du virus était fortement surestimé. Vers la fin de mai 2020, il s'est avéré que les modélisations mathématiques initiales estimant la mortalité due au virus montraient une énorme surestimation de la mortalité, au moins de facteur 10." (p 66) Malheureusement, ce propos n'est pas référencé sur des sources d'époque... On est donc obligé de le croire sur parole.

Il n'en demeure pas moins qu'il est incohérent avec l'accusation de "vouloir sacrifier une partie de la population", c'est-à-dire de la tuer dans le contexte de référence aux totalitarismes du XXe siècle, prêtée à nos dirigeants.

Ce qui est encore plus gênant est la réalité, non la modélisation mathématique des prévisions, des morts attribuables au Covid et au contexte sanitaire global de cette année 2020 en France. Elle montre en effet une indéniable surmortalité de 56 000 personnes : voir ci-après.

Covid : confusionnisme et complotisme collapso

La fin de l'interview nage dans une soupe idéologique qui se réfère à la fois à Gustave Lebon, théoricien de la psychologie des foules du début du XXe, réfuté depuis longtemps par les psychologues un peu sérieux, inspirateur du fascisme et du nazisme comme de la publicité, et donc pas mal éloigné d'une éthique démocratique...et à Hannah Arendt, philosophe estimable du totalitarisme, indéniablement attachée, elle, aux valeurs démocratiques, mais parfois prise en défaut par les historiens pour son analyse de la généalogie du totalitarisme.

Il en ressort un procès fait au "narratif dominant" (jamais explicité : de quoi s'agit-il au juste ?) sur le Covid assimilé à un discours "totalitaire" (là aussi on aimerait savoir pourquoi) avec juste cette mystérieuse référence au "transhumanisme", jamais justifiée.

Un sommet de confusion basé sur des allusions subliminales, suggérant sans dire, mais aboutissant à une affirmation très générale permettant toutes les interprétations -y compris donc les pires : "Ce qui importe réellement est de continuer à porter au monde notre refus de nous conformer au discours dominant et rester aussi disponibles que possible pour nous relier ensemble." (p 71)

Ce genre de propos qui ne veut rien dire, loin d'éclairer quiconque, ne contribue qu'à semer davantage de confusion.

 

Hervé OTT, Clémence CORRÉ-SAINT-JOURS et Fabien MOINE, vendeurs de poudre de perlinpinpin.

 

Je ne m'arrêterai pas longtemps sur ces trois-là, sauf pour dire que leur point commun est de tenter de nous persuader que la santé "c'est tout dans la tête", et qu'il suffit de quelques recettes magiques qu'ils sont prêt à nous vendre (la recherche de nos traumatismes passés, le jeûne...) pour nous passer de la médecine traditionnelle ... On connaît ça de longue date dans les foires bio et le milieu écolo, où les soi-disant "remèdes naturels" fleurissent à tous les stands. Et l'on a appris à en relativiser la pertinence et la portée. Il est dommage qu'une revue qui se veut un peu sérieuse leur accorde autant de place... Sans aucun recul critique.

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