Thomas C. HOLT Le Mouvement

Publié le par Henri LOURDOU

Thomas C. HOLT Le Mouvement

Thomas C. HOLT

Le Mouvement

La lutte des Africains-Américains pour les droits civiques

(Traduction de Jean-Claude ZANCARINI, 2021, La Découverte,182 p.)

 

La lumineuse préface de Michelle ZANCARINI-FOURNEL situe bien l'importance et l'enjeu de ce livre de 2021 aussitôt traduit. Petit par la taille, il constitue cependant une grande synthèse de l'approche de cet historien : une "histoire "d'en bas" qui croise histoire politique et histoire culturelle avec l'histoire sociale des individus, dans des allers et retours permanents entre passé et présent. C'est en ce sens que le récit du Mouvement entre 1955 et 1965 constitue une boussole pour penser notre présent et envisager l'avenir." (p 11)

Centré en effet sur la période 1955-65 où se développe ce que la plupart des historiens qualifient de "mouvement de masse le plus remarquable de l'histoire américaine" (p 153), il se garde bien cependant de le mythifier et, tout en analysant ses contradictions et ses limites, il le met en relation avec ses racines et ses prolongements.

C'est un modèle à suivre pour ceux qui entreprennent plus ou moins maladroitement de faire en France l'histoire des mouvements post-68.

Car si une conjonction de facteurs à la fois conjoncturels et structurels ont favorisé ce mouvement qui obtint de réelles avancées sur les droits civiques des populations Africaines-Américaines, le racisme systémique de la société étatsunienne ne fut pas pour autant éradiqué.

Et la question des voies et moyens pour le faire est restée ouverte.

Rien ne résume mieux l'esprit de ce livre que le titre de la conclusion emprunté à "une chanson du Mouvement devenue populaire au milieu des années 1960" (p 153) : "La liberté est une lutte constante" (ibid.)

Dans cette lutte, qui nous concerne toustes, la question de la "race" est incontournable. C'est une question à la fois théorique (comment se construit la "racisation" et comment elle s'articule aux autres formes de domination) et politique (comment on intègre la lutte contre le racisme aux différentes luttes pour l'émancipation).

La façon un peu hystérique dont cette question est niée ( au nom d'un "universalisme" bien abstrait et en association avec la critique du "néoféminisme") doit nous pousser à rester sereins et à ne pas abonder cette hystérisation basée le plus souvent sur des procès d'intention.

Un bon exemple récent dans le JDD du 22-8-21 est la chronique de Rachel Khan intitulée "On tue à Kaboul et les néoféministes se taisent" (sic). Significativement, la chronique en question est bien incapable de citer une seule "néoféministe" qui se serait tue à cette occasion, et elle ne les a visiblement pas entendues lors de l'ouverture des Journées d'été des écologistes... revendiquer l'ouverture de nos frontières aux combattantes de la liberté, ainsi que notre Constitution l'exige et comme le rappelle juste au-dessous la chronique de Patrick Weil.

Publié dans politique, Histoire

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