Mehmet Murat SOMER Hécatombe chez les élues de Dieu

Publié le par Henri LOURDOU

Mehmet Murat SOMER Hécatombe chez les élues de Dieu

Mehmet Murat SOMER

Hécatombe chez les élues de Dieu

roman de 2003 traduit du turc par Gökmen YILMAZ,

Le Masque 2008, rééd 10-18 n° 4314, coll Domaine policier, février 2010, 278 p.

 

 

Qu'est devenu Mehmet Murat SOMER dans la Turquie d'aujourd'hui ? Je note qu'aucune parution de lui, né en 1959, n'est signalée après 2009 : il a alors publié 8 romans . Quatre titres sont disponibles en français, le dernier paru au Masque en 2012.

Sa brève présentation sur Babelio

https://www.babelio.com/auteur/Mehmet-Murat-Somer/118534

donne ceci : Né en 1959 à Ankara, Mehmet Murât Somer est l’auteur d’une série de "Meurtres... ". romans noirs situés clans les quartiers chauds d’Istanbul. Il est actuellement un des auteurs phares de la littérature gay en Turquie, une littérature courageuse sous-tendue par le désir d’apparaître et la demande de tolérance.

A part un intéressant article du quotidien libanais "L'Orient-Le Jour" de 2018 https://www.lorientlejour.com/article/1127567/en-turquie-le-tres-long-combat-des-lgbt-pour-leurs-droits.html

on ne trouve pas grand chose sur la situation des personnes LGBTQI en Turquie.

 

Ce roman montre bien les paradoxes de la situation des travestis -dont beaucoup, comme le héros et narrateur, n'ont pas franchi le pas d'une transition de genre et gardent une double identité, masculine le jour et féminine la nuit. Ingénieur informatique de haut niveau, Burçak gère le soir une boîte de nuit spécialisée où il peut afficher son autre identité. Il n'a cependant aucun complexe à afficher cette dualité et revendique la défense de sa communauté.

Celle-ci est victime d'une suite de meurtres qu'il va chercher à élucider.

La description de ce monde a priori caché nous montre qu'en fait l'homosexualité masculine est très répandue en Turquie. C'est le cas de bien de ces sociétés hypervirilistes où les femmes sont cachées. En réalité on s'aperçoit que dans ce type de société, seuls sont considérés comme homosexuels, et donc stigmatisés, ceux qui jouent le rôle de la femme et sont donc réputés "passifs". Ce qui permet à tous les autres de se considérer comme "normaux"...

Dans un tel contexte, les travestis, qui eux ne sont pas dupes de cette hypocrisie, s'efforcent d'en profiter en vendant leurs charmes. Ils apparaissent comme obsédés par leur apparence et par le sexe : toujours en quête d'un bon coup.

Parmi eux, certains, comme le narrateur, mènent une double vie, mais d'autres, qui pour beaucoup ont entamé une véritable transition de genre, sont devenus des professionnels du spectacle qui ajoutent la prostitution à leur art, selon une vieille tradition des femmes de spectacle, actrices, danseuses ou chanteuses.

Ce monde, fragile et soudé, est en butte à une société très religieuse et conservatrice. Mais on sent également une forme de tolérance qui ne demande qu'à se développer. Cette Turquie libérale et progressiste s'était reconnue dans le parti HDP, qui fut le premier à avoir des élu-e-s LGBTQI. Aujourd'hui, malheureusement, la répression consécutive à la tentative de coup d'État de 2016 a apparemment balayé ce vent de changement social.

Mais le feu, comme dans d'autres pays meurtris, couve sous la cendre... La liberté et l'égalité sont des principes puissants et universels.

J'espère pouvoir lire d'autres livres de Mehmet Murat SOMER.

Publié dans voix libertaires

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