Détournement de Morin et paranoïa collective

Publié le par Henri LOURDOU

Détournement de Morin et paranoïa collective

Edgar Morin

·

17 nov.

Je vois que je suscite beaucoup de malentendus chez les esprits binaires et unilatéraux.

 

Détournement de Morin et paranoïa collective

 

Toute la complosphère s'est engouffrée dans les tweets reproduits ci-dessus, publiés par Edgar Morin le 15-11. Il y a lui-même répondu de façon lapidaire le 17, comme il est rappelé ci-dessus.

 

Mais il n'est sans doute pas inutile de rappeler ici qu'il n'y a pas d'équivalence entre une parole officielle biaisée ou hypocrite et un délire paranoïaque collectif.

Le documentaire Hold Up développe le second, avec des effets qui peuvent être autrement destructeurs pour la démocratie que les tendances autoritaires d'un pouvoir librement élu, et dont il n'appartient qu'à nous de susciter l'alternance par la construction d'une majorité électorale alternative. Mais cette construction de l'alternance suppose un peu plus d'efforts que de désigner des bouc-émissaires pour conjurer les angoisses du présent.

 

Le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez développe les mécanismes et les effets de la paranoïa collective dans un entretien au "1" du 18-11.

 

"Peut-être que si on remontait à la crise de 1929, on enregistrerait un même sentiment d'angoisse collective. Il faut prendre garde à ce qu'elle ne dégénère pas en paranoïa collective, il n'y a rien de plus contagieux. (...) La paranoïa collective, c'est désigner un ennemi, un responsable, un bouc émissaire extérieur; cela n'a rien à voir avec la structure de la personnalité de chacun (...) Nous n'en sommes évidemment pas là, mais on voit comment l'accentuation de la peur tend à faire émerger des théories du complot, à désigner des coupables et à les stigmatiser." (p 5)

 

Il y oppose le "soin" et la considération collective à porter à ceux qui le prodiguent : soin sanitaire, soin éducatif, soin artistique.

Et également le deuil à faire des bénéfices de l'oppression pour les mâles blancs hétérosexuels : "Les nouvelles visions des diverses discriminations (...), l'intersectionnalité me paraissent être des grilles de lecture éminemment respectables. Il ne s'agit pas d'entrer dans la culpabilité, mais il y a quelque chose à analyser. La puissance des oppositions révèle que l'on touche-là à un point crucial, comme si ces examens historiques giflaient l'homme blanc hétérosexuel, au risque qu'il devienne une pauvre poupée de chiffon, on en est tout de même très loin ! Nous avons certes tété le lait d'une France brillante, universelle et laïque, nous devrions tout de même réussir à discuter aujourd'hui des questions du multiculturalisme, de l'intégration sans nous déchirer." (p 6)

 

Je n'ai presque rien à ajouter. Si ce n'est que la capacité à discuter suppose de sortir de la "culture d'ennemi" alimentée par toutes les idéologies binaires et unilatérales : celle du Progrès occidental opposé au sous-développement du reste du monde, celle de la lutte des classes comme seul moteur de l'Histoire, celle du Marché comme réponse à tout, et celle du complot des Puissants contre le Peuple...

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