Accueil des exilé-e-s : admettre des réalités inconfortables sans céder sur nos valeurs

Publié le par Henri LOURDOU

Admettre des réalités inconfortables sans rien céder sur nos valeurs

 

L'ouverture du procès de l'attentat du Thalys du 21 août 2015 nous confronte à une vérité qu'il convient d'admettre et de prendre en compte.

Il s'agit de la nécessité d'un contrôle strict des identités aux frontières de l'Europe, en raison des conséquence dramatiques qu'a eue sa mise en défaut à cette occasion.

En effet, le dossier d'instruction de ce procès, résumé par le Monde daté 17-11-20, pp 14-15, établit clairement que c'est faute d'un tel contrôle que l'organisateur des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, pourtant repéré dans ses projets, élaborés à Rakka, alors capitale de l'Etat Islamique, par les services français de renseignement, a pu passer incognito de la Syrie à la Belgique puis à la France.

Il est vrai que le contexte était particulier : celui de l'afflux massif de réfugiés syriens chassés par l'offensive du régime nouvellement appuyé par la Russie contre les territoires rebelles.

Même si Abaaoud a été finalement abattu en Seine Saint Denis par un commando du Raid cinq jours après les attentats du 13 novembre, ceux-ci auraient peut-être pu être évités, si lui et ses complices n'étaient pas aussi facilement passé entre les mailles du filet.

 

En cause l'afflux soudain de ces réfugiés, allié au manque de moyens du pays d'entrée dans l'espace Schengen, à savoir la Grèce.

Cet élément permet de marquer la différence qui nous oppose à nos alliés libertaires "No border" partisans de la libre circulation totale.

En ce qui nous concerne, nous faisons une nette distinction entre contrôle aux frontières et non-accueil. L'un n'implique pas l'autre.

Bien au contraire, nous souhaitons un accueil organisé qui suppose l'identification de la personne accueillie, et cela sera d'autant plus aisé que l'accueil est garanti. C'est plutôt le non -accueil qui encourage au refus ou à la falsification de l'identification que le contraire.

Aussi, loin de pousser à radicaliser le non-accueil, les fraudes à l'identification devraient tout au contraire encourager à garantir au contraire un accueil digne de ce nom et sécurisé. Ainsi, les personnes à intentions malveillantes seraient plus faciles à repérer.

 

Dans cette optique, nous soutenons la prise de position de la Cimade à l'occasion de la journée mondiale des droits de l'enfant du 20 novembre :

 

Stop aux droits bafoués des enfants exilé·e·s !

Le 20 novembre marque l’anniversaire de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE). Plus de 30 années ont passé et chaque jour les politiques migratoires menées à l’échelle française et européenne bafouent les droits les plus élémentaires de milliers d’enfants vivant en France.

La France s’est engagée à travers la Convention internationale des droits de l’enfant et de nombreux textes français et européens à protéger et offrir une vie digne à tous les enfants vivant sur son territoire, quelle que soit leur nationalité ou la nationalité de leurs parents.

Vivre en famille, avoir un toit, obtenir un document d’état civil, être scolarisé∙e, soigné∙e ou encore protégé·e en cas de violence est pourtant loin d’être une réalité pour chaque enfant. A fortiori si il ou elle est isolé·e ou si ses parents n’ont pas les bons papiers au bon moment.

La stigmatisation, les amalgames et la montée récente de propos xénophobes à l’égard des enfants étrangers sont inquiétants. Les mineur·e·s isolé·e·s étranger·e·s sont des enfants particulièrement vulnérables et fragilisé·e·s qui ont droit à une protection, quelle que soit leur nationalité. La France doit agir de manière responsable pour garantir la protection à laquelle ces enfants ont droit.

En 2020, de nombreux enfants sont encore laissé·e·s pour compte dans la rue, malgré leur vulnérabilité, leur âge et leur isolement. Les données statistiques, les études qualitatives et quantitatives sur les enfants étrangers -et notamment les mineur·e·s isolé·e·s- demeurent incertaines voire contradictoires. A La Cimade, dans nos lieux d’accueil, nous recevons beaucoup d’enfants qui n’arrivent pas à être reçu·e·s pour demander une protection, des jeunes qui ne sont pas reconnu·e·s comme des mineur·e·s à protéger ou encore des enfants confié·e·s à l’aide sociale à l’enfance vivant en hôtel, sans suivi éducatif, peu scolarisé·e·s et pas accompagné·e·s dans leur projet personnel et professionnel.

En 2020, pour des milliers d’enfants encore, la situation administrative de leurs parents peut avoir des conséquences dramatiques les privant de droits fondamentaux (hébergement, santé, scolarisation etc.). De nombreux enfants ont fait l’objet de refoulement aux frontières notamment avec l’Italie, les empêchant d’être protégé·e·s et mis·e·s à l’abri en France. Et que dire des enfants enfermés dans des centres de rétention et en zones d’attente ?

La nouvelle vidéo de la Cimade « Enfants et politiques migratoires » explique toutes ces situations vécues par les enfants et pourquoi il est absolument nécessaire de respecter la Convention internationale des droits de l’enfant. La Cimade a d’ailleurs décidé de lancer sa campagne sur la défense des droits de l’enfant afin de sensibiliser le grand public au contexte actuel. La vidéo de la campagne a pour but de mettre en avant l’injustice vécue par les enfants étranger·e·s.

Ce 20 novembre 2020, La Cimade dit stop à ces violations et ces discriminations ! Les enfants exilé·e·s doivent pouvoir vivre dignement et être protégé·e·s en France.

Pour aller plus loin :

Voir le petit guide « Protéger les enfants et leurs droits »

Voir la vidéo faite par Amnesty International France et le rapport de la CAFI, sur les violations des droits des mineur·e·s aux frontières internes

Voir le Rapport national de la rétention en 2019, sept 2020

 

Publié dans Immigration, Europe

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