Anne BRONTE La Dame du manoir de Wildfell Hall

Publié le par Henri LOURDOU

Anne BRONTE La Dame du manoir de Wildfell Hall

Anne BRONTË

La Dame du manoir de Wildfell Hall

traduit de l'anglais par Denise et Henry Fagne

préface d'Isabelle Viéville Degeorges

Archipoche n° 223, 2012, 564 p.

 

 

Ce second roman de la troisième des soeurs Brontë clôt mon cycle de lecture. Paru en 1848, il est, nous dit la 4e de couverture, "considéré comme l'un des tous premiers romans féministes."

Disons clairement que ce féminisme est tout relatif. Il faut en effet le rapporter à son contexte d'écriture.

Si la décision de l'héroïne de quitter son mari pour élever seule leur fils constitue une véritable rupture avec les codes de son milieu de la bonne société victorienne, elle s'assortit de tellement d'autocontraintes d'origine religieuse et d'une telle rigueur dans l'éducation qu'elle donne à celui-ci, qu'elle n'entraîne pas notre adhésion sans restriction.

De la même façon, le contrôle absolu auquel s'astreignent les héros du roman sur l'expression de leurs sentiments a pris un sacré coup de vieux.

Aussi les petites piques réjouissantes contre les préjugés les plus mesquins de ce milieu archireligieux de la bonne société rurale anglaise du milieu du XIXe ne suffisent pas à marquer ce roman d'une modernité que par contre "Les Hauts de Hurlevent" ont su garder (d'où le succès persistant de celui-ci).

Son intérêt est donc plutôt d'ordre ethnologique : il nous montre bien, avec une crudité qui a alors choqué, en plus de l'épisode de l'épouse évadée, l'immaturité et le nombrilisme des jeunes gentlemen de l'époque qui s'adonnent aux plaisirs plutôt qu'au sacro-saint travail.

Cette hypocrisie victorienne, sur laquelle on a longuement glosé, constitue le point de départ de la crise du patriarcat.

Parallèlement, la référence religieuse qui tient littéralement debout l'épouse outragée, comme elle a tenu debout les soeurs Brontë face à leurs malheurs familiaux, n'est plus aujourd'hui très crédible pour un nombre croissant de personnes.

Malgré cela, on se laisse prendre à tourner les pages grâce à l'habile procédé narratif utilisé, qui, comme dans "Les Hauts", recourt au double narrateur enchâssé l'un dans l'autre.

Publié dans Histoire

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