Hannelore CAYRE Richesse oblige

Publié le par Henri LOURDOU

Hannelore CAYRE Richesse oblige

Hannelore CAYRE Richesse oblige

(Métailié noir, mars 2020, 220 p.)

 

Après La Daronne, dont l'adaptation ciné a été victime de report de sortie en salle pour cause de confinement, on attendait un peu Hannelore CAYRE au tournant.

Saurait-elle retrouver, sans nous lasser, ce cocktail de lucidité pessimiste et méchante sur l'époque et la société et de jubilation libertaire d'une justicière solitaire ?

Ma chère et tendre a été moyennement convaincue. Quant à moi, je m'y retrouve plutôt.

Si nous restons bien dans le milieu des petites mains de l'appareil judiciaire parisien, nous changeons par contre de milieu d'origine de l'héroïne de service. Nous faisons également un petit retour en arrière, parallèle à l'action contemporaine, au XIXe siècle. Comme elle l'explique dans ses "remerciements", celui-ci se justifie par "l'intuition diffuse d'après laquelle notre société du XXIe siècle ressemblerait de plus en plus à celle du XIXe siècle." (p 219)

Comme dans La Daronne le récit, prompt et bien mené, est parsemé de remarques bien frappées sur l'état et les perspectives de notre société. Et c'est bien notre sentiment de complicité avec l'auteure sur ces jugements qui fait une bonne partie du plaisir de lecture.

Que ce soit sur le regard ordinairement porté sur les personnes en situation de handicap (p 49), au-delà (ou en-deçà ?) du vocabulaire policé de rigueur; sur Uber Eats et consorts et leur usage inconsidéré (p 99); sur la pollution marine (p 121); sur l 'évaluation du "prix des humains" (p 132); sur l'état des luttes contre l'ordre actuel du monde ( p 161) et l'improbable convergence des luttes (p 163) ; le mépris social et le sens de l'avenir...et même sur un improbable optimisme quant à ce dernier (p 171-2), nous avons ainsi droit à quelques pépites, qui pimentent une action somme toute assez conventionnelle (mais aurions-nous préféré une surenchère dans les péripéties à la façon de nos séries télévisées ?).

Au total une agréable lecture d'été.

Publié dans voix libertaires

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