Charlotte BRONTE Jane Eyre

Publié le par Henri LOURDOU

Charlotte BRONTE Jane Eyre

Charlotte BRONTË

Jane Eyre

(Editions La Boétie, Bruxelles, octobre 1947,

traduction nouvelle et intégrale de Léon Brodovikoff et Claire Robert, 450 p.)

 

Je suis tombé sur une vieille édition de ce grand classique souvent réédité. J'avais seulement vu un des nombreux films (14 selon wikipédia) qui en ont été tirés, le dernier de 2011, ainsi que la 3e des mini-séries de la BBC, celle de 2006.

Disons que je ne regrette pas ma lecture, et qu'elle m'a même donné envie d'en savoir plus sur les fameuses trois soeurs Brontë. Je suis donc en train de lire dans la foulée la première biographie de Charlotte, écrite par son amie Elisabeth Gaskell (dont j'avais fort apprécié il y a quelques années le roman "Nord et Sud", après avoir (une fois de plus) découvert son existence avec une série de la BBC).

Cette Angleterre du XIXe siècle est fascinante, et spécialement cet univers à la fois confiné et très curieux des clergymen dont faisaient partie Charlotte et sa fratrie, dans ce Yorkshire travaillé par les courants de l'industrialisation et de la contestation ouvrière naissante (Charlotte enfant a entendu parler de la révolte luddite contre l'introduction des machines dans l'industrie textile liée au blocus continental napoléonien, au point qu'elle en fait la toile de fond de son second roman Shirley).

Paradoxe : conservatrice en politique, à laquelle elle s'intéresse depuis son plus jeune âge, Charlotte est indéniablement féministe comme en témoigne ce passage de Jane Eyre :

 

"Des millions d'hommes sont condamnés à un destin plus terne que le mien, et des millions d'hommes sont en révolte silencieuse contre leur sort. Personne ne sait combien de rébellions – outre les rébellions politiques – fermentent dans la masse des êtres vivants. On croit généralement que les femmes sont très calmes, mais les femmes sentent exactement comme les hommes. Elles ont besoin d'exercer leurs facultés; elles ont besoin, aussi bien que leurs frères, d'un champ d'action pour permettre à leurs efforts d'agir; elles souffrent d'une contrainte trop rigide, d'une stagnation trop absolue, précisément comme souffrent les hommes, et leurs camarades plus privilégiés seraient étroits d'esprit s'ils déclaraient qu'elles doivent se confiner dans la confection des puddings, le tricotage des bas, le tapotement du piano et la broderie des sacs. Il est futile de les condamner ou de se moquer d'elles, si elles cherchent à faire ou à apprendre davantage que ce que la coutume avait trouvé suffisant à leur sexe." (p 113)

 

Il est d'autant plus curieux de trouver cette proclamation en même temps que celles d'un chauvinisme étroit :

 

"après tout, les paysans britannique sont les plus cultivés, les mieux éduqués, les plus respectables de toute l'Europe ; depuis lors j'ai vu des paysannes et des Bäuerinnen, et la plupart m'ont paru ignorantes, grossières et vaniteuses, comparées à mes filles de Morton." (p 382)

"En grandissant, une saine éducation anglaise corrigea en grande partie ses défauts français; et lorsqu'elle quitta l'école, je trouvai en elle une compagne plaisante et affable, docile, de bonne humeur, et ayant de bons principes." (p 445)

 

Cette forme d'arrogance spontanée typiquement victorienne a rétrospectivement quelque chose de touchant. Mais elle a malheureusement laissé des traces comme nous l'a montré le Brexit.

Nonobstant, ainsi que le montre le succès persistant du livre, on ne peut rester insensible au sens de la nature et à la revendication d'indépendance et de bonheur qui parcourent toute cette histoire.

Publié dans Histoire

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