Pour la mémoire du Goulag (3/6) Julius MARGOLIN

Publié le par Henri LOURDOU

Pour la mémoire du Goulag (3/6)  Julius MARGOLIN

Droits humains et crimes contre l'Humanité : sortir du déni

 

Pour la mémoire du Goulag (3)

 

Le déni occidental

 

Julius MARGOLIN

Le procès Eichmann et autres essais

traduit du russe par Luba Jurgenson, Le Bruit du temps, mars 2016, 360 p.

 

 

Julius MARGOLIN (1900-1971) né à Pinsk dans la Pologne sous domination russe, entend le yiddisch et le polonais, mais est élevé dans la langue et la culture russe. Il suit des études supérieures à Dnieproptetrovsk (1920-22) puis à Berlin (philosophie). Il vit entre Berlin et Łodz (où il se marie en 1926) où il s'installe en 1929 après avori obtenu son doctorat. En 1936, devenu adepte du courant sioniste "révisionniste" de Jabotinski (comme Arthur Koestler : voir son autobiographie), il s'installe avec sa femme et son fils (né en 1926) en Palestine. Il conserve cependant la nationalité polonaise, et se trouve à Łodz lorsque éclate la guerre le 1er septembre 1939. Il se réfugie à Pinsk qui fait partie de la zone de Pologne annexée par l'URSS au titre du pacte germano-soviétique. Il y est arrêté le 19 juin 1940, car il refuse de prendre la nationalité soviétique et demande à pouvoir retourner en Palestine.

Il passe les 5 années suivantes dans divers camps du Goulag de la région Nord, où il manque de peu de mourir de faim, comme beaucoup de prisonniers dans cette période, puis près d'un an de relégation dans l'Altaï.

Il est libéré et expulsé en Pologne, puis en Palestine en mars-septembre 1946.

Il écrit un livre de témoignage dès son arrivée en Palestine (décembre 46-fin octobre 47) : rédigé en russe, il ne peut être édité ailleurs qu'en France, en 1949 (traduction de Nina Berberova et Mina Journot, chez Calmann-Lévy, sous le titre "La condition inhumaine").

C'est ce livre qui le fait remarquer par David Rousset pour être appelé comme témoin au procès que celui-ci intente aux "Lettres françaises", la revue littéraire du PCF créée par Aragon, qui accuse celui-ci d'avoir "inventé" l'existence de camps de travail en URSS.

 

Nier le Goulag au temps du stalinisme triomphant (1950) : le procès des "Lettres françaises."

 

C'est à l'issue de ce procès, qui a lieu du 25 novembre 1950 au 6 janvier 1951, que Margolin rédige le premier essai rassemblé dans ce livre "Le rapport parisien" (p 27-74).

Ce texte est saisissant. J'en retiens tout d'abord ce passage, concernant la confrontation de Margolin, en tant que témoin de David Rousset, avec l'un des accusés, Pierre Daix, auteur de l'article incriminé.

Margolin entame son témoignage : "Je peux reprendre à mon compte les paroles d'un grand poète polonais :"Je m'appelle Million, car j'aime et je souffre pour des millions d'hommes." Pour les dizaines de milliers qui ont survécu aux camps de Staline et se trouvent aujourd'hui en Europe, l'honnêteté et la véracité des propos de Rousset ne fait aucun doute. Reste à savoir ce qui a motivé la diffamation de M. Daix : la mauvaise foi ou l'infinie légèreté et l'ignorance de la jeunesse ?

Je prononçais ces mots en regardant Daix droit dans les yeux. La salle poussa un cri tandis que Daix ouvrit la bouche et émit un son semblable à celui d'un tambour que l'on frappe avec le bâton. Ce bruit m'apprit qu'il n'était pas totalement insensible." (p 57-8)

Si ce passage m'a particulièrement frappé, c'est que je savais en le lisant, qu'effectivement Pierre Daix a connu son "chemin de Damas". Selon sa notice wikipédia, ce chemin fut tout de même assez long et laborieux :

"En 1963 Pierre Daix présente Une journée d'Ivan Denissovitch d'Alexandre Soljenitsyne aux lecteurs français : autorisé en URSS, ce livre est alors la manifestation d'une volonté d'ouverture de certains cercles du pouvoir communiste. En 1968 lors du Printemps de Prague, Daix écrit dans un éditorial que la majorité des étudiants tchécoslovaques sont favorables à cette ouverture, et contribue au débat sur la « nouvelle critique » (dans la revue communiste La Nouvelle Critique) et sur l'histoire de l'art moderne.

Mais la répression du « socialisme à visage humain » de Prague le place en porte-à-faux et en 1974, peut-être pour se « rattraper », il publie à l'occasion de la sortie de L'Archipel du Goulag le livre : Ce que je sais de Soljenitsyne qui, tout en reconnaissant « certaines erreurs » du régime communiste, décrédibilise l'auteur dissident. En vain : après une passe d'armes avec René Andrieu, rédacteur en chef de L'Humanité, la rupture est consommée entre le PCF et Pierre Daix.

En octobre 1978, dans une chronique prémonitoire parue dans Le Point, après l'élection du pape Jean-Paul II, il intitule son article L'espoir a changé de camp et décrit le désarroi idéologique qui commence à ébranler le communisme. "https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Daix

 

Mais en 1950 ses convictions restent entières, contre toute vraisemblance.

 

Rappelons un peu le contexte.

"Dans son article, « Pierre Daix, matricule 59 807 à Mauthausen », paru dans Les Lettres françaises le 17 novembre 1949 , il nie l'existence d'un univers concentrationnaire en Union soviétique et répond ainsi négativement à la demande du militant trotskiste David Rousset d'une commission d'enquête sur l'existence de camps de concentration en URSS" (ibidem)

Rectifions cependant cette présentation : à l'époque, David Rousset n'est plus un "militant trotskyste", mais un social-démocrate de gauche, avant tout lui-même ancien déporté pour faits de résistance et auteur de l'ouvrage qui reste une référence "L'univers concentrationnaire". Fortement marqué par cette expérience, il lance le 12 novembre 1949 un appel à ses camarades de déportation pour constituer une commission internationale d'enquête sur le système concentrationnaire russe en s'appuyant sur la publication du "Code soviétique du travail" qui justifie le travail forcé, et sur les témoignages toujours plus nombreux qui se multiplient depuis 5 ans, dont celui de Margolin.

Face à la réponse de Pierre Daix qui le traite de "faussaire", et le met au défi de le poursuivre en justice, il porte plainte pour diffamation.

Impossible de retrouver ce texte, mais Margolin en cite des extraits qui laissent aujourd'hui rêveur : "Je suis reconnaissant à l'Union soviétique de cette magnifique entreprise (...) Les camps de rééducation de l'Union soviétique sont le parachèvement (...) de la suppression complète de l'exploitation de l'homme par l'homme." (p 41)

Il est intéressant de lire le témoignage rétrospectif de Daix en 2001 sur cet épisode : "Je n'ai pas agi sur ordre du parti. Je ne niais pas l'existence de camps en Union soviétique, mais il me paraissait inconcevable qu'il puisse s'agir de camps de concentration. Aussi j'ai vu dans la demande que faisait Rousset d'une commission d'enquête sur ces camps un acte de guerre froide. Alors j'ai écrit un article signé Pierre Daix, matricule 59 807 à Mauthausen que j'ai porté à Aragon. Il en a fait immédiatement la une des Lettres françaises. Je défendais l'honneur de nos camarades dans les camps nazis, je démentais qu'il y eût un univers concentrationnaire en Union soviétique. J'étais de bonne foi, l'initiative venait de moi seul" (extrait d'un interview Le Figaro Magazine du samedi 24 février 2001, pp. 39 sq. (Propos recueillis par Catherine Nay et Patrice de Néritens)

https://www.samuelhuet.com/35-koinaunia/aletheia/159-pierre-daix-autocritique.html

Car il montre bien le degré d'auto-aveuglement où amène la foi politique; et, partant, la difficulté à s'en défaire...

Aussi ne faut-il pas s'étonner que malgré toutes les preuves apportées, et sa condamnation, confirmée en appel, Pierre Daix ait mis des décennies à admettre la réalité.

Rousset avait pourtant multiplié les précautions pour éviter d'être manipulé par le contexte de "guerre froide". C'est ce que rappelle Margolin : "Rousset cherchait à se défendre contre le préjugé selon lequel il s'appuierait sur des dépositions de "réactionnaires" , comme Kravtchenko. Par conséquent ses témoins étaient triés sur le volet (...) L'équipe des témoins était composée presque intégralement de socialistes actifs ou d'anciens communistes. (...) Les communistes ne pouvaient rien trouver à redire sur ses témoins. J'étais sans doute l'homme le plus " à droite" à ce procès." (p 43)

Face à ces précautions, "la tactique des communistes consistait à saboter le procès, à en entraver le bon déroulement, à empêcher les témoins de Rousset de prendre la parole" (p 50).

"Au cours des deux premières semaines, les audiences n'avaient toujours pas commencé. Les communistes ont fini par piquer la curiosité du public parisien : "Qu'étaient-ils donc ces témoins qui faisaient si peur aux communistes, au point que ces derniers voulaient les empêcher de prendre la parole ?" Toutefois les communistes ont obtenu deux choses : premièrement, quatre audiences sur dix étaient perdues. Deuxièmement, la liberté de parole des témoins était limitée.

Pour cela, les accusés ont renoncé non seulement à inviter leurs propres témoins, mais également à "la preuve par la vérité". La loi française exige qu'un homme qui a traité quelqu'un de menteur ou de faussaire justifie son accusation devant la cour. (...) Ainsi perdaient-ils d'emblée le procès. Pourquoi ont-ils agi de la sorte ? Parce que si l'une des parties renonce à citer les preuves de ses allégations, l'autre n'a pas le droit de citer les contre-preuves. (...) Les communistes étaient prêts à perdre le procès pour empêcher les témoins de Rousset de raconter ce qui se passait en Union soviétique.(...) "Que les témoins de Rousset parlent de Rousset, de Daix, mais pas des camps." (...) Or, au cours du procès, les communistes eux-mêmes ont parlé des camps, même leur renoncement à appeler leurs témoins à la barre n'était qu'une ruse, car au bout de quelques audiences, ils ont déclaré qu'ils auraient des témoins malgré tout. Toujours est-il que la cour a accepté le principe selon lequel les camps en eux-mêmes ne pouvaient intéresser un tribunal français ni faire l'objet de dépositions. Ce qui a déstabilisé les dizaines de témoins qui attendaient dans les couloirs. " (p 52)

Cette tactique a été à deux doigts d'être payante.

La première témoin des camps, Elinor Lipper, ressort catastrophée de sa déposition : elle n'a pu quasiment rien dire. Interrompue par les avocats de Daix et Morgan (le directeur des "Lettres françaises", co-accusé en tant qu'éditeur du texte incriminé), elle doit s'en tenir à "l'aspect moral du procès" en n'évoquant que les "personnalités" de Rousset et de Daix...qu'elle connaît à peine.

Or, des choses elle en avait à dire... Lors de la rencontre préalable des témoins à laquelle Margolin a assisté, c'est, dit-il, la personne qui l'a "le plus impressionné". En 1937, communiste enthousiaste, cette jeune Juive suisse de 27 ans, rejoint l'URSS. Deux mois plus tard, elle est arrêtée à Moscou, "et ne retourna en Suisse qu'en 1948. Elle avait passé onze ans dans des camps comparés auxquels ceux où j'ai séjourné étaient une "maison de repos" : à la Kolyma, sur la mer d'Okhotsk. Ce qu'a enduré cette femme frêle et délicate est indescriptible. Ses yeux ont vu l'enfer sur la terre, on était nombreux à ne pas comprendre comment elle avait pu survivre (...) Des 600 membres de son parti 60 seulement ont survécu." (p 48-9)

Margolin doit témoigner le lendemain. Il prépare soigneusement son intervention : "Je parlerais russe, avec l'aide d'un traducteur, ce qui me donnerait un grand avantage : mes adversaires ne pourraient pas m'interrompre au milieu d'une phrase, ils devraient attendre la traduction . En revanche, moi je les comprendrais et pourrais réagir immédiatement." (p 55)

De plus (est-ce son assurance ou le fait qu'il est un homme ?), "le président, qui la veille avait coupé la parole à Lipper, se comporta différemment cette fois-ci." Aux interruptions des avocats de Daix, il prend énergiquement la défense du témoin.

Grâce à cela, Margolin réussit à capter l'attention générale : "La salle était plongée dans un silence de mort, personne ne me coupa la parole." (p 58)

Après trois quart d'heure d'exposé sur les camps, centrés sur l'absence de jugement préalable et la "rééducation", le témoin est interrogé par la défense. Me Nordmann lui demande s'il "est au courant (...) qu'il y a eu dans le monde une grande guerre...une guerre contre Hitler ?"

Je l'interrompis : "Ce ton ironique est totalement déplacé !" Le président intervint :"Ne posez pas de questions pareilles !" Nordmann : "Hitler a tué 6 millions de Juifs et je trouve déplacé, moi, qu'un Juif se prononce contre un État qui a sauvé les Juifs." Je lui répondis : "Selon le tableau du célèbre statisticien juif J.Lesczynski, le nombre total des victimes juives de la guerre s'élève à 6 093 000, mais il serait erroné de croire que les Juifs ont été assassinés uniquement par Hitler. Près d'un demi-million de Juifs ont péri dans les camps et lieux de relégation soviétiques. Hitler a fait couler suffisamment de sang juif pour qu'on ne lui attribue pas les victimes de Staline. (...) Les détenus soviétiques ont le droit d'adresser des requêtes à Moscou, mais M. Nordmann voudrait priver les victimes du NKVD du droit de protester. Vous êtes plus stalinien que Staline lui-même, M.Nordmann !"(p 58-9)

 

Ces passages donnent une idée du ton et de l'ambiance du procès. Un autre grand moment fut l'intervention du militant communiste espagnol "El Campesino" (p 63-65) : "Son récit portait sur la tragédie des républicains espagnols en Russie. Des 6 000 antifascistes qui avaient fui au pays de Staline, 1 200 étaient encore en vie. Les autres avaient péri dans des camps et des prisons." (p65)

Au bout du compte les accusés sont condamnés, mais de façon symbolique, par souci "d'apaisement" : dans ses attendus, le président Colomiès le justifie par ces mots : "une trop grande sévérité aurait creusé encore plus le fossé qui s'était formé entre deux "convois" idéologiques". (p 68)

Cependant, note Margolin, deux résultats politique et moral positifs sont à en tirer.

Politiquement : pour la première fois, le silence a été brisé sur l'un des crimes les plus terribles de notre époque. Et, contrairement aux affirmations des communistes, cela contribue à la paix : "Si sous la pression de l'opinion mondiale le gouvernement soviétique se décide à montrer ses camps, s'il renonce à préserver leur isolement, s'il adoucit leur régime bestial, il est certain qu'il s'ensuivrait une détente et de meilleures chances pour la paix ." (p 70)

Moralement : ce procès a montré qu'on a raison de refuser le fatalisme, et que c'est la seule façon de venir en aide aux emprisonnés. "Notre contestation oblige le Politburo à Moscou à prêter attention aux nombreuses horreurs qui ont lieu dans les camps et dont les administrations locales sont responsables. C'est déjà une petite victoire pour les détenus."(p 71)

 

La négation du Goulag en Israël

 

Pour Margolin cependant, militant sioniste et citoyen israélien, ces petites victoires ont un goût amer.

Car, après avoir noté le nombre important de Juifs partie prenante à ce procès, et que les camps soviétiques comptent actuellement plus de 200 000 juifs" (chiffre approximatif qu'il formule par déduction), il constate l'abstention totale des associations juives dans ce procès, et, surtout, celle des partis israéliens et de l'État hébreu : il analyse cela comme une "atmosphère de peur, de lâcheté et d'irresponsabilité dans les milieux juifs d'Occident". (p 74)

 

Celle-ci est liée à la persistance de liens familiaux avec des personnes restées en URSS et aux liens diplomatiques d'Israël avec l'URSS, mais également à l'idéologie "progressiste" qui va rester longtemps complaisante vis-à-vis du régime soviétique.

Ceci explique aussi qu'il n'ait pu faire éditer son témoignage sur le Goulag en Israël. Celui-ci n'y sera publié qu'en ... 2013 (p 32) et ne sera par ailleurs réédité en France, sous le titre "Voyage au pays des Ze-Ka" qu'en 2010...

Margolin va consacrer le restant de ses jours à la cause des Juifs restés de l'autre côté du "rideau de fer". Et ce n'est qu'après sa mort, en 1971, que ces "refuzniks" vont enfin être pris en compte...

 

Peut-on comparer les camps hitlériens et soviétiques ?

 

Cette question tabou pour un Daix ou un Nordmann, Margolin la pose dès 1950 : "Non seulement on peut mais on doit comparer les camps hitlériens et soviétiques. La comparaison est une des méthodes de connaissance. Dans les deux cas, il s'agit de lieux de détention où sont morts des millions de personnes. On ne saurait mettre un signe d'égalité entre les deux, mais il faut établir les traits communs et les différences." (p 92-3)

Une première différence doit être nuancée : si les camps hitlériens apparaissent avant tout comme des camps d'extermination et les camps soviétiques comme des camps de "rééducation par le travail", cela n'est pas entièrement vrai.

Certains camps hitlériens sont des "camps de rééducation par le travail" : c'est le cas de tous les premiers camps créés en 1933 en Allemagne (Dachau, Buchenwald...).

Et dans les camps soviétiques où règnent la faim et les mauvaises conditions de vie et de travail, l'élimination physique des prisonniers est de fait à l'ordre du jour.

Et l'on en arrive inévitablement à poser la question : quel est le pire des deux systèmes ?

Et là aussi la réponse n'est pas si simple. Dans un premier temps, il semble évident que les camps nazis sont plus terribles, notamment pour les Juifs, destinés dans leur grande majorité à l'extermination immédiate. Mais deux autres considérations s'imposent.

Tout d'abord, la différence de longévité des deux systèmes : maintenant disparu, le système nazi n'est plus une menace. "Aujourd'hui, chaque Juif, si on le place devant l'alternative "Dachau ou la Vorkouta" n'hésitera pas longtemps. Il peut se rendre à Dachau comme correspondant d'un journal ou simplement en touriste. Il ne peut aller à la Vorkouta qu'avec une peine de cinq ou dix ans de travaux forcés. Il est facile de trancher." (p 95)

Mais à cette comparaison, les défenseurs de l'URSS rétorquent qu'il ne faut pas comparer avec les camps fascistes du passé...mais avec ceux du futur. L'existence des camps en URSS nous garantirait contre le danger fasciste pour le futur. "Si c'était vrai, alors la civilisation, ne connaissant pas d'autre chemin que le système concentrationnaire meurtrier sous une forme ou une autre, mériterait d'être rayée de la surface de la terre. Mais heureusement, c'est faux.(...) Il existe une voie de développement démocratique."(p 96)

Cette réponse nous semble aujourd'hui évidente. Mais il faut imaginer l'état de polarisation des esprits en Occident en 1950 : la (courte) domination intellectuelle du stalinisme sur la gauche de l'époque neutralisait tout sens critique des "intellectuels".

C'est ce que rappelle Michel Winock dans son "Siècle des intellectuels" (Points n°613, 1999, p 572-617).

Margolin, comme David Rousset, est, à cette époque, un marginal...pour la gauche. Celle-ci en sera déconsidérée aux yeux de beaucoup, et notamment en milieu ouvrier. Car les dénis staliniens n'impressionnent pas tout le monde, et font le jeu "objectivement" (comme ils disaient) de la droite.

Une leçon de plus à méditer.

 

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