Le cent unième principe manquant de Nicolas Hulot
Le cent-unième principe manquant de Nicolas Hulot
Ainsi Nicolas Hulot est de retour...Dans "Le Monde" daté 7-5-20, nous avons droit à une longue interview et à un nouveau manifeste intitulé "100 principes pour un nouveau monde", co-signé par tout un panel de personnalités prestigieuses.
Pas question ici de mégoter ou de cracher dessus : nous sommes de ceux qui ont salué son entrée comme sa sortie du gouvernement. Comme en témoigne le texte suivant de mai 2017 :
Hulot au gouvernement ?
Les écologistes lui souhaitent bon vent !
S'il y a bien urgence écologique, et nous le pensons, Nicolas Hulot a raison de se mettre en danger en entrant au gouvernement.
Si nous sommes les écologistes que nous prétendons être, nous ne pouvons lui jeter la pierre pour son geste audacieux, car il est un écologiste sincère et nous partageons ses convictions.
Cependant, confrontés à divers niveaux et à diverses occasions aux contraintes de l'action publique, nous mesurons pleinement les résistances et les obstacles qu'il va rencontrer.
Nous le soutiendrons de toutes nos forces face à ces résistances et ces obstacles. Pour cela nous avons besoin les 11 et 18 juin des voix de tous ceux-celles qui croient comme nous que l'urgence écologique ne peut attendre, et qu'un parti écologiste fort est nécessaire pour que l'écologie soit reconnue et prise en compte.
Henri Lourdou et Cécile Bourdeu d'Aguerre, candidats EELV dans les Hautes-Pyrénées.
Seulement, et c'est là où le bât blesse, Nicolas Hulot omet une fois de plus de préciser les conditions politiques de mise en oeuvre de ses louables principes.
Aussi, il m'a paru opportun de publier un texte de juin 2014 que j'avais fait circuler au sein d'EELV, et qui me semble toujours d'actualité.
Pour un vrai bilan de notre participation au gouvernement
(juin 2012-avril 2014)
Les faits sont têtus : le score réalisé par les listes Europe Ecologie aux élections européennes du 25 mai, un mois et demi après notre sortie du gouvernement, sonne comme un désaveu.
Il convient donc d'en sonder les raisons sans faux-fuyant.
A relire quelques-uns des textes produits dans la première année de notre participation, les choses semblent claires : nous avions bien tracé nos divergences avec le cours adopté, mais nous n'en avions tiré d'autre conclusion que la nécessité de rester pour obtenir le "changement de cap" souhaité.
Dès lors rien d'étonnant à ce que notre départ tardif n'ait provoqué aucune réaction positive d'adhésion à notre démarche. Le décrochage de la moitié de nos électeurs était déjà consommé.
(Voir à ce sujet l'étude du Cevipof publiée en juin 2013, "Le Monde" du 15-6-13, dont l'auteur Daniel Boy, après avoir constaté que les sympathisants écologistes considérant notre présence au gouvernement comme un bien sont tombés de 75% à 49% depuis mai 2012, commente la réaction des dirigeants d'EELV ainsi : "Ils sont dans le déni de réalité, dans le "même pas peur", alors que l'on peut clairement parler d'un effondrement".) Ce même déni de réalité a pu encore s'observer en avril 2014, lorsque certains dirigeants et parlementaires continuaient d'affirmer que partir du gouvernement était une erreur. Et encore aujourd'hui pour certains parlementaires qui croient encore pouvoir peser sur des choix gouvernementaux.
Pour aller plus loin, il convient également de voir à quel moment et pourquoi le nouveau président et son gouvernement ont perdu la confiance d'une partie significative de leur base électorale.
Un dossier emblématique me semble avoir joué un rôle décisif : l'absence de réforme fiscale.
Ce dossier a été enterré dès les premiers mois du quinquennat. Quelques articles du supplément économique du "Monde" me semblent significatifs :
Le 16 octobre 2012 : "Pour en finir avec le casse-tête fiscal", est le titre d'un dossier de 2 pages dont le chapeau est ainsi libellé : "A peine proposés, les quelques aménagements de taxe contenus dans le projet de loi de finances 2013 sont contestés. Faute de la refonte espérée par les économistes et annoncée par le candidat Hollande, l'impôt reste, pour les Français, illisible et suspect." Et le dossier propose les 5 têtes de chapitre d'une "vraie réforme fiscale" : "rétablir la progressivité", "élargir la base et harmoniser en Europe", "faire converger taxations du capital et du travail", "fiscaliser une part des cotisations sociales" et "promouvoir une fiscalité verte".
Le 27 novembre 2012, la chronique de Philippe Askenazy (directeur de recherche au CNRS, Ecole d'économie de Paris), tire un bilan ironique sous le titre "Du pain sur la planche pour les chercheurs" : En substance, l'immobilisme hollandien, opacifie et augmente les inégalités tout en augurant d'une dégradation des services publics, autant de sujets de recherche sur l'absence de transparence et les malheurs sociaux offerts à la curiosité des chercheurs.
Le 4 décembre 2012 enfin, la chronique de Thibault Gajdos (CNRS), annoncée en une sous le titre "La grande réforme n'aura pas lieu" est titrée en page intérieure "Eloge de la réforme radicale". Elle convoque les "leçons de l'Histoire" pour fustiger "La prudence de François Hollande (qui) comme l'agitation de Nicolas Sarkozy dissimulent mal un immobilisme profond". Et l'article débute par ces phrases sans appel : "Le système fiscal est au bord de l'implosion : complexe jusqu'à l'absurde, injuste et inefficace. Les prélèvements sociaux participent largement à ce désastre."
Dès lors l'affaire était entendue. La tardive tentative de Jean-Marc Ayrault de reprendre la main début 2014 sur ce dossier a été à son tour sabotée par le Président de la République : on peut lui reconnaître ainsi une forme de constance dans le reniement de ses promesses de campagne.
C'est pourtant sur ce point, à n'en pas douter, que tout est à reprendre.
Et cela constituerait sans doute le point d'accroche indispensable à la déclinaison de politiques de transition écologique.
Mais quelles en sont aujourd'hui les conditions politiques ?
Nous sommes condamnés à pousser au bout et à accompagner la scission du PS sur cette ligne de fracture majeure qu'est la politique de l'offre opposée à la politique de transition écologique basée sur une réforme fiscale à la fois plus juste, plus transparente et orientée vers la promotion d'une économie décarbonée et respectueuse de l'environnement.
Pour cela nous devons travailler à construire une nouvelle majorité de gauche et écologiste, avec toutes les forces qui se reconnaissent dans cette orientation majeure.