Covid-19, leçons des pandémies passées, confinement et opposition au gouvernement

Publié le par Henri LOURDOU

Covid-19, leçons des pandémies passées, confinement et opposition au gouvernement

Covid 19 : Leçons des pandémies passées, confinement et opposition au gouvernement.

 

Décidément, à l'heure où les vitupérations diverses occupent le devant de la scène face à un discours d'union nationale de moins en moins écouté et pourtant de plus en plus nécessaire, il importe plus que jamais de garder son sang-froid et plus que jamais d'analyser ce qui se passe en tenant compte des connaissances réelles, bien que limitées, que nous apportent de vrais "sachants"... et non en nous fiant à de pseudo-remèdes miracles... Ou en nous contentant de nous auto-congratuler ("On l'avait bien dit" : oui et alors ?) et de nous indigner ("Ils sont vraiment trop nuls" : oui et alors ?).

 

Ma lecture quotidienne et approfondie du "Monde" m'a permis de réunir les éléments suivants.

 

La pandémie de "grippe espagnole" et ses enseignements.

 

Deux articles ont retenu mon attention.

Tout d'abord une "Chronique" de Pierre-Cyrille Haucoeur, directeur d'études à l'EHESS, dans "Le Monde" daté 5-3-20, p 32 : "La grippe espagnole, un secret trop bien gardé".

Il nous rappelle que cette pandémie, "qui en 1918-19 tua plus de cinquante millions de personnes dans le monde" (qui comptait alors seulement 2 Mds d'individus contre 7,5 Mds aujourd'hui, de plus d'autres estimations donnent de 40 à 100 millions de morts) fut "longtemps négligée par les historiens et les médecins".

"Elle n'est étudiée en détail que depuis une trentaine d'années."

Le paradoxe premier est le suivant : alors qu'elle témoigne d'une morbidité (proportion de population infectée) exceptionnelle de 20% à 80% et qu'elle touche indifféremment tous les âges, avec une létalité (proportion de décès parmi les malades) égale et élevée (souvent plus de 3%), elle n'a entraîné aucun phénomène de panique collective.

L'explication réside dans la censure de l'information qui s'exerce dans des pays sortant juste de la guerre ("partie de Boston en septembre 1918 l'épidémie fait le tour de la planète en quatre mois (...) avant une brève résurgence à l'été 1919"), à l'exception de "l'Espagne, neutre, d'où le nom attribué au mal qui n'en est pourtant nullement originaire."

Or l'on s'aperçoit, rétrospectivement, qu'il a "fait 400 000 morts civiles en France et affaibli le front de 100 000 soldats alliés dans les deux derniers mois de la guerre."

Car, et c'est le deuxième paradoxe, si l'on a évité grâce à la censure la panique collective, on a aussi "accru l'incertitude sur les origines de la maladie et interdit la circulation des connaissances comme de expériences thérapeutiques"...et donc alourdi le bilan humain en conséquence !

Un bilan humain dont on constate également (est-ce une surprise ?) qu'il affecte principalement les plus pauvres.

Une première leçon s'impose donc : "la pauvreté est la première cause de mort des victimes des pandémies; l'observation organisée, l'information libre et la coordination des interventions publiques sont leurs premières protections."

 

Au-delà de celle-ci, Jean-David Zeitoun, docteur en médecine et en épidémiologie, nous démontre, par ce même précédent historique, que "Le confinement généralisé est la façon la plus sûre pour endiguer la pandémie."("Le Monde", daté 24-3-20, p 23)

Pourquoi ?

"Plusieurs travaux de recherche ont scruté le cas américain.

Les États-Unis, pendant la grippe espagnole, ont fonctionné involontairement comme un laboratoire puisque des dizaines de villes ont adopté des contre-mesures sociales différentes, avec des effets différents." Et la mesure de ces effets permet de conclure à l'efficacité respective de ces "contre-mesures sociales".

En résumé, qu'en conclure ? Que non seulement le confinement dur est la plus efficace, mais que sa durée accroît son efficacité en évitant les effets de rebond. Et donc, même si "l'histoire de la grippe espagnole ne peut être considérée comme prédictive (...) elle nous conseille quand même sur ce que nous devons faire."

 

Quel confinement ?

 

A cette même page du "Monde" un "collectif de fonctionnaires et hauts fonctionnaires des secteurs de l'économie et des finances , de la santé et des affaires sociales, de la sécurité sociale, du travail et de l'emploi" nous met en garde : "La limitation de la casse économique ne doit pas prévaloir sur la limitation de la casse sanitaire".

Leur constat est sans appel : "Entrer réellement en guerre contre le virus nécessite d'inverser drastiquement nos priorités et de n'en conserver que trois : la santé, avant tout autre chose; l'approvisionnement, qui permet l'effort sanitaire et garantit une vie décente pour la population confinée; et la protection des personnes qui soignent et qui approvisionnent."

 

C'est à cette aune que doit être mesurée l'action des pouvoirs publics à tous les niveaux. Et c'est dans ce sens que nous devons intervenir en tant que citoyens.

En respectant de façon rigoureuse, pour commencer, le confinement.

 

Quelle opposition au gouvernement ?

 

Il faut quand même dire un mot, pour finir, sur la façon intelligente de s'opposer dans cette période. On ne saurait se contenter de commenter de l'extérieur en se contentant de spéculer sur l'échec : l'enjeu est trop grave.

Même si la méfiance est grande et largement justifiée, il n'y a pas selon moi d'autre voie décente que de pousser ce gouvernement à respecter les trois priorités énoncées ci-dessus et à l'y aider.

De ce point de vue, la façon dont Marine Le Pen se positionne, en relayant tout et n'importe quoi du moment que ça fragilise le gouvernement, est pour moi l'exemple-même de ce qu'il ne faut pas faire.

 

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