Covid 19 : Gouvernement mondial : une utopie utile

Publié le par Henri LOURDOU

Covid 19 : Gouvernement mondial : une utopie utile
Covid 19 : Gouvernement mondial : une utopie utile

Gouvernement mondial : une utopie utile.

 

"Quant au gouvernement mondial, cela ne marche que s'il y a un leader. Les États-Unis ont renoncé. C'est maintenant la Chine qui occupe le terrain (...) Tout cela n'est pas sérieux (...) Un gouvernement mondial est une utopie inutile."

(Michel FOUCHER, géographe et ancien ambassadeur, "Le 1", 22-4-20, p 6).

 

Mais, comme le disait Bertrand BADIE, au 28 ' du même jour sur "Arte", il faut être prudent. Ainsi, avant de conclure à l'inutilité de cette utopie, commençons par prendre la mesure de son caractère au contraire indispensable.

Notre interdépendance est devenue un fait massif et incontournable : c'est ce que démontre à l'envie cette crise du Covid-19.

Aussi, avant de célébrer le retour des frontières nationales, dont tout démontre qu'il s'agit d'une "incantation qui n'a pas de valeur pratique", comme le dit très bien Michel FOUCHER dans la même interview du "1", interrogeons-nous plutôt, comme le faisait d'ailleurs Bertrand BADIE à 28', sur les conditions de mise en place d'une vraie gouvernance (à défaut encore de gouvernement) au niveau mondial.

 

Comme dans son petit livre très éclairant de 2016, il notait que la tradition "westphalienne" des relations internationales depuis 1648, qui guide encore la façon de penser de la plupart des diplomates, tel Michel FOUCHER, est aujourd'hui épuisée.

Elle reposait sur la puissance militaire et la souveraineté d'États qui se neutralisent réciproquement dans le cadre d'un équilibre plus ou moins négocié.

Son dernier avatar fut la domination oligarchique du G 20, succédant au G 7 puis au G 8, elle-même succédant au duopole USA/URSS de la guerre froide et de la détente.

Aujourd'hui, l'impossible règne d'un leader mondial a paralysé le fonctionnement un temps efficace du Conseil de Sécurité de l'ONU. Cette brève période de bon fonctionnement du multilatéralisme onusien, en gros de 1985 à 1991, a vu lui succéder une tentative avortée de domination américaine.

Depuis lors, l'ordre international se cherche...

Or, contrairement à ce qu'ont l'air de penser les dirigeants chinois (...et la plupart des diplomates), il ne peut plus aujourd'hui se fonder sur l'addition de la puissance économique et de la puissance militaire.

La question du "soft power" se pose en termes à la fois de réponse aux défis mondiaux (climatique, sociaux, démocratiques...) et de respect des droits humains.

De là découle l'impossibilité de puissances telles que les États-Unis ou la Chine de l'acquérir.

Et Bertrand BADIE a raison de souligner que ce sont des puissances "moyennes" telles que l'Allemagne, le Japon, la Corée du Sud ou les pays nordiques qui sont les mieux placées de ce point de vue. La France aussi, potentiellement, à condition qu'elle se défasse de son vieux complexe de puissance, en abandonnant notamment son armement nucléaire...

C'est en effet en prenant au sérieux à la fois les défis planétaires et les textes et principes fondateurs de l'ONU et du Droit mondial en gestation, que pourra se construire une gouvernance mondiale partagée et appuyées par les peuples.

Donc, loin que l'existence d'un leader soit la condition d'un gouvernement mondial, elle en est au contraire la négation-même.

Et l'utopie de ce gouvernement est un puissant incitatif à en accélérer la mise en place. La réponse efficace aux défis de l'heure le commande. Ici comme partout, la démocratie est la solution.

Publié dans politique, écologie

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