Au péril des guerres civiles

Publié le par Henri LOURDOU

Au péril des guerres civiles
Au péril des guerres civiles

Au péril des guerres civiles

 

Denis CROUZET & Jean-Marie LE GALL

Au péril des guerres de religion

PUF, mai 2015, 92 p.

Robert MERLE

Fortune de France

Grasset puis De Fallois, puis Livre de Poche, etc, série romanesque en 13 romans,

1977 à 2003.

 

 

J'ai lu et relu la série "Fortune de France" de Robert MERLE, spécialement les 6 premiers tomes qui couvrent les années 1547 à 1598. Et je suis en train de relire encore les tomes 3 à 6 qui vont du massacre de la Saint-Barthélémy (1572) à l'édit de Nantes (1598), période la plus chaude des 8 guerres de religion qu'a connues la France de 1562 (massacre de Vassy) à 1598.

Cette série écrite par un ancien militant communiste devenu un progressiste modéré m'a aidé à faire le deuil de l'espérance révolutionnaire en m'aidant à comprendre le caractère contre-productif de la violence sectaire de ceux qui croient détenir la vérité, quelle que soit cette vérité.

Cette belle leçon de tolérance et d'amour de la vie a rencontré chez moi un puissant écho.

Aussi fallait-il que je lui rende hommage. D'autant que ces romans valent autant par la forme que par le fond. Malgré quelques facilités et redites, qui tournent parfois au tic d'écriture, la langue d'époque et de lieu (occitan périgourdin et français de Paris et de la Cour) reconstituée habilement par Merle est particulièrement savoureuse.

Mais parlons surtout du fond. Il montre bien les vilenies auxquelles mènent le fanatisme sectaire et la violence qui l'accompagne comme son ombre portée.

Et par contre-coup, il met bien en valeur le prix de la paix civile qui ne se peut maintenir (j'ai un peu pris les tics de l'auteur... car j'aime cette langue élégante et précise !) que par le Droit qui s'impose à la Force, et la pratique constante du compromis.

 

Dans les suites immédiates des attentats meurtriers de janvier 2015, qui marquèrent on le sait un tournant de notre Histoire, deux historiens spécialistes de l'époque moderne (soit du XVIe au XVIIIe siècles) ont écrit un petit livre d'intervention, que j'avais lu dès sa parution. Je viens de le relire en même temps que je relisais Robert MERLE.

Leur propos, salutaire, est de donner à l'événement toute sa profondeur historique en donnant des éléments de comparaison avec nos "guerres de religion" du XVIe siècle qu'ils ont étudiées de près.

La tâche est loin d'être inutile. Car même si, ils en sont les premiers conscients, "comparaison n'est pas raison", il n'en reste pas moins que certaines leçons peuvent être tirées de l'Histoire.

La principale étant de mieux pénétrer la mentalité des massacreurs. Mais également, d'éviter généralisations abusives et amalgames, dont, on le sait, notre temps, comme les autres, n'est pas avare.

Il en ressort donc que, "au tournant de 1560, tuer l'ennemi de Dieu n'était pas un péché; c'était, comme pour les trois tueurs de janvier 2015, adhérer à la justice d'un Dieu ne tolérant pas l'infidélité. Alors aussi, au premier plan des "crimes" contre Dieu, il y avait le "blasphème" et les tueurs arrachaient les langues de leurs victimes, comme ils coupaient les mains de ces protestants iconoclastes qui avaient mutilé images et statues. L'atrocité était sacrée parce que synonyme de salut à la fois pour soi et pour la chrétienté." (p 34)

Autre point : "Pour ces acteurs de l'atrocité, la mort importait peu, puisqu'en se laissant aller dans leurs violences à des formes de transe divine, ils se pensaient possédés par l'Esprit divin. Mourir était entrer dans l'éternité." (ibid.)

 

Et face à cette conception théologico-politique des choses, qui en vient à justifier le régicide en la personne d'Henri III accusé de chercher des accommodements avec l'ennemi huguenot, comment a-t-on pu en revenir à la paix civile ?

Nos auteurs reviennent sur ceux qui, de l'intérieur de la même religion catholique, ont mis en crise ce discours sectaire et violent.

Leur propos a été de restaurer l'autorité de la Loi sur le pouvoir absolu de la Foi. Et c'est, paradoxalement en apparence, sur l'origine divine du pouvoir monarchique qu'ils se sont appuyé pour condamner la violence déchaînée des Ligueurs apologistes du régicide.

Il me revient en mémoire que c'est ce que critique un Jean-Claude Michéa dans sa réfutation du "libéralisme" qu'il assimile à "l'Empire du moindre mal". Il ne s'agit que d'éviter le pire, et non de promouvoir le meilleur ! Et en effet, voilà qui est fortement blâmable pour nos "radicaux" à vue courte.

Eh bien, affirmons au contraire, avec Crouzet, Le Gall et Merle, que la modération, la promotion du Droit et le refus des discours identitaires sont les clés de la vraie radicalité.

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