Un nouvel Epinay ?

Publié le par Henri LOURDOU

Un nouvel Epinay ?

Un nouvel Epinay ?

Héritage de Mitterrand et devoir d'inventaire.

 

Dans "Le Monde" daté 4 mars 2020, un "collectif de personnalités fidèles à l'héritage politique de François Mitterrand", dont pas mal de ses anciens collaborateurs directs et anciens ministres, appellent à un "nouvel Epinay de la Gauche" – ce congrès du PS de 1971 à l'issue duquel François Mitterrand, allié au Ceres de JP Chevènement, prit le pouvoir au sein de ce parti et imposa une "Union de la Gauche" avec le PCF à marche forcée en adoptant quasiment son "Programme pour un gouvernement démocratique d'union populaire", rebaptisé "Programme commun de gouvernement", dès juin 1972.

Ils le disent bien : "Sans doute le processus ne ressemblera-t-il pas à celui qui, voilà près d'un demi-siècle, avait su ouvrir la voie à l'alternance."

Mais, tout attachés qu'ils sont à se reconnaître "dans l'héritage politique de François Mitterrand, qui sut unir la gauche pour lui offrir la victoire", leur volonté louable d'éviter la "perspective si dangereuse d'un nouveau duel LREM/RN en 2022" bute sur un impensé : le devoir d'inventaire du mitterrandisme en tant que méthode politique.

 

 

La nécessité de l'union de la gauche

 

Celle-ci ne se discute pas à mes yeux. Pour faire majorité, il n'est pas d'autre chemin que celui du rassemblement d'une gauche par essence plurielle.

C'est en 1997 qu'est née l'expression de "gauche plurielle" à l'occasion, il faut le rappeler, d'élections législatives anticipées qui créèrent pour 5 ans une situation de cohabitation entre une majorité parlementaire de gauche et un président de droite.

Celle-ci se fracassa sur l'élection présidentielle de 2002, après avoir connu un "recentrage" progressif qui la divisa au motif de donner à son Premier ministre Lionel Jospin une stature de "présidentiable".

Un tel "recentrage" avait également conduit au départ des ministres communistes du gouvernement en 1984... à la perte de la majorité parlementaire en 1986 ... et à la réélection de Mitterrand en 1988 sur le thème de la "France unie" avec une majorité à géométrie variable au Parlement, suivie d'une déroute sur fonds d'accusations de corruption en 1993.

Le rappel de ces péripéties permet déjà de relativiser le bilan du mitterrandisme en matière d'union de la gauche.

 

Comment et autour de quoi s'unir ?

 

La réponse implicite du texte, comme celle de l'exemple mitterrandien, est apparemment simple : autour d'un candidat commun aux élections présidentielles.

 

La persistance de l'idée montre qu'une évidence n'a pas encore irrigué tous les cerveaux à gauche : la focalisation sur ce candidat commun induit l'idée d'un parti hégémonique au sein du rassemblement, celui du futur président.

Or, c'est cet hégémonisme qui a induit toute la crise que connaît aujourd'hui le PS : parti des "présidentiables", il a attiré toutes les ambitions au point de devenir un parti "attrape-tout" et hétérogène peuplé d'arrivistes opportunistes tout comme de militants idéalistes et dévoués, jusqu'à son éclatement dans toutes les directions. On peut raisonnablement conjecturer que la même mésaventure arrivera à tout autre parti qui jouerait le même rôle (et l'on pense bien sûr aujourd'hui à EELV, mais cela aurait pu être LFI si Mélenchon avait réussi à fédérer l'électorat de gauche).

Là est le premier bilan à tirer du mitterrandisme : sa victoire apparente en 1981 était déjà grosse des défaites ultérieures. Epinay n'est donc pas un modèle !

 

Il n'y a pas de raccourci possible autour d'un "homme providentiel" qui "unirait la gauche" autour de sa candidature aux présidentielles.

Une autre voie est à explorer.

 

On ne peut savoir à l'avance si elle est praticable. Mais elle passe, à mon sens, sur la construction de convergences programmatiques en partant de la base. Les listes d'union aux municipales 2020 ont eu des configurations et des modes de fonctionnement divers. Les plus robustes me semblent celles qui ont privilégié le fonctionnement collégial et l'élaboration d'un programme vraiment commun, par rapport à celles qui se sont focalisées sur le casting à partir d'une tête de liste autoproclamée.

C'est dans ces laboratoires que se construit le rapprochement des partis et mouvements et la dynamique citoyenne qui amèneront, non à un nouvel Epinay, mais à un vrai programme commun de gouvernement élaboré en vue des législatives 2022 avec une répartition des circonscriptions basée sur le choix des militants locaux, actant ainsi l'investissement réel des différents partis dans les territoires. De la même façon, le candidat commun de ce rassemblement ne pourra émerger que d'une élection primaire et non de son autoproclamation. Encore faut-il que le rassemblement précède la candidature, et non l'inverse. C'est-à-dire tout le contraire de la méthode mitterrandienne... Car les temps ont changé : la démocratie est en train de devenir adulte.

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