Liu Xiaobo L'homme qui a défié Pékin

Publié le par Henri LOURDOU

Liu Xiaobo L'homme qui a défié Pékin
Liu Xiaobo L'homme qui a défié Pékin
Liu Xiaobo

« La philosophie du porc et autres essais »

Traduit du chinois, textes choisis et présentés par Jean-Philippe BÉJA

Gallimard-Bleu de Chine, mars 2011, 518 p.


 

Liu Xiaobo est mort en prison le 13 juillet 2017. Il y était enfermé depuis le 23 juin 2009, suite à la publication de la Charte 08 (référence explicite à la Charte 77 des dissidents tchécoslovaques qui revendiquaient eux aussi pacifiquement le respect des droits humains et la démocratie dans le cadre d'un État de droit). Liu Xiaobo en avait été la cheville ouvrière, comme Vaclav Havel, qui a eu le temps de préfacer ce recueil avant sa disparition le 18 décembre 2011, l'avait été pour la Charte 77.

Il avait recueilli le prix Nobel de la Paix 2010 pour cela...bien en vain quant à sa libération. Ce seul fait marque bien la nature du régime qui s'est encore durci avec la nomination de Xi Jinping aux commandes en 2012.

Son épouse, la poétesse Liu Xia, a dû attendre plus d'un an la permission d'émigrer en Allemagne, où elle observe depuis un silence total en raison des menaces qui pèsent sur sa famille.


 

Mais ce recueil, élaboré sans sa participation, montre bien en résumé l'histoire récente d'un régime qui avait connu dans les années 1980 un degré d'ouverture cassé net par le massacre du 4 juin 1989 à Pékin autour de la place Tiananmen. Celle-ci était occupée depuis plusieurs mois par des étudiants réclamant des réformes soutenues par la grande majorité de la population et qui ne sont jamais venues.


 

Liu Xiaobo, de l'intellectuel iconoclaste au réformiste non-violent

C'est en 1986 que le jeune universitaire Liu Xiaobo fait une entrée fracassante dans le débat public avec une communication lors d'un colloque consacré aux « Dix ans de littérature de la nouvelle époque (1976-1986) ».

Nous sommes alors en plein épanouissement d'une « littérature de la recherche des racines » qui, sous couvert de rupture avec l'ère maoïste, prône en réalité un retour à la tradition élitiste, autoritaire et conservatrice du confucianisme. Liu Xiaobo fustige l'hypocrisie et la soumission aux puissants du jour qui la caractérisent en défendant l'esprit critique et le libre arbitre individuel ...dans une autre tradition qui est celle des étudiants descendus dans la rue le 4 mai 1919 pour réclamer l'indépendance du pays et sa modernisation.

Or dans le contexte de libéralisation de 1986, ce franc-parler plaît. Liu Xiaobo surprend, choque l'establishment, mais il est applaudi et publié. Et c'est pour lui le début d'une carrière universitaire : âgé alors de 31 ans, il termine sa thèse de Lettres en 1988 et devient une « vedette intellectuelle » invitée dans tout le pays et à l'étranger.

Il est alors, comme beaucoup d'intellectuels et de Chinois critiques, un grand admirateur de l'Occident. Mais son séjour prolongé à l'étranger (trois mois en Norvège, suivis de plusieurs mois « dans de prestigieuses universités américaines », p19 .) lui fait prendre du recul par rapport au « modèle occidental ». C'est ainsi que, contrairement à la plupart des « intellectuels critiques » séjournant alors en dehors de Chine, il décide de rentrer à Pékin en plein mouvement étudiant au début du mois de mai 1989. Il n'hésite alors pas, nous dit JP Béja dans son éclairante introduction, à critiquer le mouvement, ou plutôt ses leaders, pour leur « incapacité à échapper au mode de penser maoïste » (p 21) : en effet ceux-ci demandent la « réhabilitation » du mouvement par le Parti dont le journal officiel l'a qualifié de « contre-révolutionnaire » dans un éditorial. Liu Xiaobo affirme : « Tant que la réhabilitation existera, ni la démocratie, ni la légalité ne pourront s'installer dans la vie politique chinoise. » (ibidem)

Contrairement à d'autres intellectuels « donneurs de leçon », il est écouté car il reste présent sur la place Tiananmen durant toute cette grève de la faim, dont on connaît l'issue tragique les 3 et 4 juin et le rôle qu'il y a joué pour tenter de limiter l'effusion de sang.

Cela n'empêche pas, et c'est l'objet du troisième texte de ce recueil, paru en juillet 1990, d'exprimer sa prise de conscience d'une « idéalisation excessive de l'Occident » (p 91-104).

Celle-ci lui sera par ailleurs régulièrement reprochée par les médias officiels, en s'appuyant sur un nationalisme étroit dont il trace lui-même à la fois la force et les limites.

Si dit-il , « l'Occident reste limité au regard de l'humanité (…) (et que) les intellectuels occidentaux (ont) opéré un rigoureux reniement de leur propre expansion coloniale et du sentiment de supériorité raciale des Blancs. Face aux autres nations, ils gardent toujours bien enraciné en eux un sentiment distinctif de supériorité . Ils se grisent même du courage et de la sincérité avec lesquels ils entreprennent leur autocritique. Mais si les Occidentaux peuvent très aisément, voire avec fierté, accepter la critique qu'ils font d'eux-mêmes, ils acceptent très difficilement celles qui viennent de l'extérieur. » (p 100)

Ce constat explique la force du nationalisme réactif des peuples non-Occidentaux.

Cependant, ce nationalisme est lui-même étroit : « La culture chinoise est déjà impuissante devant sa propre crise nationale, comment pourrait-elle résoudre les difficultés de toute l'humanité, et spécialement celles auxquelles fait face l'Occident avancé ? » (p 102)

Il n'y a pas de raccourci : il lui « faut déployer concurremment deux types de critiques : premièrement, celle de la culture et de la réalité chinoises, en (se) servant de la culture occidentale comme système de référence ; deuxièmement, celle de la culture occidentale à partir de la force créative individuelle. » (p 101).

 

La force déterminante de la conscience individuelle


 

Toute l'action et la réflexion de Liu Xiaobo à partir de ce printemps 1989 fondateur va reposer sur ce socle.

Ainsi de l'essai qui donne son titre au recueil, et qui date de septembre 2000. Celui-ci est un plaidoyer pour la conscience individuelle face à la tentative d'endormissement de la société par le consumérisme développée par le Parti après 1989.

Sa conclusion est claire : « On ne peut se résoudre à une vie de porc, l'homme a besoin de liberté. » (p 176), même s'il admet implicitement qu'il est difficile de « conserver l'espoir face à une situation presque désespérante de ruine de la morale. » (p 177)

Les différentes analyses qu'il développe durant ces années de progression fantastique de la production et du niveau de vie en Chine considèrent que le totalitarisme maoïste est bien mort : plus personne n'adhère à l'idéologie officielle. Le Parti a seulement acheté l'apathie politique du peuple en échange de la prospérité matérielle relative.

Il en résulte un espace, même s'il est étroit, pour les prises de conscience individuelles débouchant potentiellement sur une remise en cause du monopole du pouvoir. Car celui-ci est plus que jamais producteur de mensonge et générateur de corruption, et cela introduit de nombreux dysfonctionnements et conflits dans la société.


 

La Charte 08, acmé d'une action inlassable pour la justice et la vérité


 

Entre deux séjours en prison, Liu Xiaobo, interdit professionnel à l'Université, divorcé de sa première épouse sur pression politique, mène une action inlassable en faveur de la mémoire des « âmes errantes du 4 juin 1989 », auxquelles il dédiera son prix Nobel. Mais également une activité intellectuelle et politique pour la réforme du système dans le sens de la démocratie et des droits humains.

Cette seconde action aboutit, le 10 décembre 2008, à la publication de la Charte 08.

Ce texte, signé par 303 intellectuels et responsables chinois, s'inscrit explicitement dans le sillage de la première Constitution chinoise de 1908, la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948, le mur de la démocratie de 1978 ...et la signature par la Chine en 1998 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.(p 481)

C'est ce texte, rapidement signé, grâce à l'Internet, par 7000 personnes en un mois (une goutte d'eau dans l'océan chinois), qui vaudra à Liu Xiaobo son incarcération finale. Et sa condamnation, au terme d'un simulacre de procès, à 11 ans de prison pour tentative de subversion de l'État.

Que demandait-il de si subversif ?

En résumé le respect de six principes fondamentaux : la liberté, les droits de l'homme, l'égalité, la république, la démocratie, le constitutionnalisme. Soit sortir la Chine du régime autoritaire et arbitraire hérité de l'Empire pour entrer dans un État de droit dont les habitants ne soient plus des sujets mais des citoyens libres et égaux.

Je dois ajouter pour conclure la remarquable défense présentée par Liu Xiaobo lors de son procès, et principalement son ultime déclaration, qui est comme son testament spirituel.(p 509-516)

Il y prend vigoureusement parti contre la « culture d'ennemi » entretenue par le Parti et en faveur de l'amour et de la bienveillance : cela suppose de rompre avec une « philosophie de lutte » qui est au cœur de la pensée marxiste au profit d'une confrontation non-violente débouchant sur le compromis et non sur l'élimination de l'adversaire.

Ce dernier combat n'a pu être mené à son terme...mais

Après Liu Xiaobo, son combat continue...

A l'occasion de l'épidémie de coronavirus, l'on s'aperçoit de la fragilité d'un régime que l'on nous présentait encore récemment comme renforcé par la prise de pouvoir totale du leader Xi Jinping, malgré les défis voisins mais externes que représentaient la persistance des manifestations pour la démocratie à Hong-Kong et le résultat des dernières élections à Taïwan.

C'est ainsi que « Le Monde » daté 15-2-20 titre à sa page 2 : « Le pouvoir de Xi Jinping à l'épreuve du virus » une longue analyse qui, bien que concluant sur le fait que « le monopole du pouvoir reste intact », constate que son triomphalisme est « ébranlé ».

Cette nervosité du pouvoir, face à une opinion hostile, se traduit par des arrestations de personnalités indépendantes considérées comme des opposants. Déjà le 13-2 « Le Monde » signalait « La mise au secret pour un blogueur qui cherchait la vérité à Wuhan »(p 3).

Et dans « Le Monde » daté du 20-2-20, p 5, tout un article est consacré au fait que « Pékin fait taire deux opposants ». Voir ci-après ce que l'on peut trouver sur eux. L'article conclut sur le « bilan dressé par l'ONG China Human Rights Defenders le 7 février », selon lequel 351 personnes auraient été « punies » pour « propagation de fausses rumeurs » sur le coronavirus.

 

Chine : Libérer l’activiste Xu Zhiyong

https://www.hrw.org/fr/news/2020/02/19/chine-liberer-lactiviste-xu-zhiyong

Ce défenseur des droits humains a été arrêté lors de la dernière vague de répression

(New York, le 19 février 2020) - Les autorités chinoises devraient libérer l’activiste anti-corruption Xu Zhiyong qui a été arrêté le 15 février dans la ville de Guangzhou, selon Human Rights Watch qui estime qu’une telle libération devrait être immédiate et sans condition.

Xu Zhiyong, âgé de 46 ans, a cofondé en 2003 le centre d’aide juridique Open Constitution Initiative (« Gongmeng »), que les autorités ont fermé en 2009, ainsi que le Nouveau mouvement des citoyens (« New Citizens ’Movement »), une organisation non gouvernementale dédiee à la défense des droits civils.

« Le président Xi Jinping affirme que son gouvernement est caractérisé par l’ouverture et la transparence, mais les autorités ont détenu sans fondement l'un des plus éminents activistes anti-corruption du pays », a déclaré Yaqiu Wang, chercheuse sur la Chine à Human Rights Watch.

Cette arrestation fait suite au placement en détention, le 26 décembre, de l’avocat Ding Jiaxi, de l’universitaire Zhang Zhongshun et des activistes Dai Zhenya et Li Yingjun. Au cours des dernières semaines, Xu avait critiqué sur Twitter les tendances autoritaires du gouvernement, ainsi que sa gestion de l'épidémie de coronavirus.

Xu Zhiyong a déjà dû purger quatre ans de prison, de 2014 à 2018, après avoir aidé à organiser de petites manifestations du Nouveau mouvement des citoyens. Il avait été accusé d’organiser un « rassemblement d’une foule afin de troubler l'ordre public », et reconnu coupable.

Xu Zhangrun

https://en.wikipedia.org/wiki/Xu_Zhangrun

Missing in français

  • Automatic translation

Ceci est un nom chinois ; le nom de famille est Xu .

Xu Zhangrun ( chinois : 许 章 润 ; pinyin : Xǔ Zhāngrùn ; né en octobre 1962) est un juriste chinois. Il est professeur de jurisprudence et de droit constitutionnel à l'Université Tsinghua et chercheur à l' Institut d'économie Unirule .

Éducation

Xu a obtenu son baccalauréat à la Southwest University of Political Science & Law , une maîtrise à la China University of Political Science and Law et un doctorat à l' Université de Melbourne [1] .

Recherche

Les recherches de Xu sont spécialisées dans la jurisprudence, la philosophie juridique occidentale, la théorie constitutionnelle et la relation entre le confucianisme et le droit.

Rédaction

 En juillet 2018, Xu a publié un essai, traduit par «Peurs imminentes, espoirs immédiats», dans lequel il réprimande les récents changements de politique du secrétaire général du Parti communiste Xi Jinping , y compris l'abolition des limites du mandat et la restauration d'un culte de la personnalité , qui est remarquable pour être une expression rare de dissidence publique. [2] L'essai a été traduit en anglais par Geremie Barmé . [3] Cet essai a reçu des commentaires de chercheurs occidentaux. [4] [5] Xu avait été suspendu et mis sous enquête. [6]

En avril 2019, des amis ont rapporté que les autorités avaient interdit à Xu de quitter le pays. Il a été empêché d'embarquer sur un vol pour le Japon lors d'un voyage autorisé et financé par l'Université Tsinghua . [sept]

 En février 2020, Xu a publié un essai Viral Alarm: When Fury Overwards Fear condamnant la réponse du gouvernement chinois à l'épidémie de grippe de Wuhan . [6] [8] Xu condamne la façon dont le gouvernement a interdit la communication d'informations factuelles lors de l'épidémie et relie ce problème à un problème plus large de liberté d'expression en Chine. [6] [8] Après la publication de cet essai, les amis de Xu n'ont pas pu entrer en contact avec lui. [8] Son compte a été suspendu sur WeChat et son nom a été effacé de Weibo . [8] On pense qu'il est assigné à résidence. [8]

 

Enfin ci-après une mise au point de fin mai 2019 sur les  anciens activistes pro-démocratie de 1989 encore emprisonnés :

Former 1989 Pro-Democracy Figures Currently Incarcerated for Continued Human Rights Activism

Sur le site de Chinese Human Rights Defenders à la date du 30 mai 2019, cette mise au point sur les victimes de la répression post-Tiananmen, à l'occasion du trentième anniversaire du massacre du 4 juin 1989 https://www.nchrd.org/2019/05/former-1989-pro-democracy-figures-currently-incarcerated-for-continued-human-rights-activism/


 

 
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