COVID-19, désastre écologique, transition et gouvernance mondiale

Publié le par Henri LOURDOU

COVID-19, désastre écologique, transition et gouvernance mondiale

COVID-19, désastre écologique, transition et gouvernance mondiale

 

J'avoue que j'ai hésité à mêler ma voix aux multiples commentaires que suscite la crise actuelle. Trop de gens parlent sans trop savoir de quoi ils parlent, et guidés par l'émotion plutôt que par la raison (quoi qu'ils en disent).

Rien n'est pire qu'un demi-savant, comme nous le sommes aujourd'hui presque tous, qui assène ses demi-vérités comme des certitudes absolues et prétend faire la leçon au monde entier.

 

Aussi je me serais bien gardé d'intervenir, si je n'avais trouvé dans l'excellent numéro du "1" paru ce 18 mars 2020 sous le titre "Ce virus qui change le monde", de stimulantes interviews telle que celle de Serge MORAND, écologiste de la santé, directeur de recherche au CIRAD (Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement), résumée par son titre :"Nous créons de nouvelles conditions écologiques propices aux épidémies", ou celle de Bertrand BADIE, politiste et enseignant-chercheur associé au CERI (Centre d'Etudes et de Recherches Internationales de Sciences Po Paris où il enseigne) sous le titre "Cette crise favorisera un Acte II de la mondialisation".

 

La montée des maladies infectieuses dans le monde et ses causes

 

Serge MORAND est formel : "on s'est mis à détecter de plus en plus de pathogènes issus de la faune sauvage."

Son hypothèse d'explication est la suivante : "A cause de l'intensification de la production animale, et donc de l'augmentation du nombre d'animaux d'élevage ainsi que de la superficie des terres agricoles pour les nourrir, la faune sauvage voit son territoire se réduire. Contrainte de se déplacer, elle côtoie davantage les animaux domestiques. Or cette proximité (...) est une condition d'émergence des maladies infectieuses. Un microbe ou une bactérie peuvent vivre sur un hôte pendant des millénaires sans lui poser problème et, en changeant d'hôte, devenir pathogène."

Il s'appuie sur "l'exemple du virus Nipah, apparu en Malaisie au début des années 1990. A partir d'élevages de cochons, celui-ci s'est répandu jusqu'aux abattoirs de Singapour. L'origine du virus était une chauve-souris. Or à cette époque, sur Bornéo et Sumatra, les forêts – territoire des chauves-souris – étaient en train d'être converties en cultures de palmiers à huile. Les chauves-souris ont trouvé refuge dans les fermes semi-industrielles et se sont installées dans les arbres fruitiers sous lesquels les cochons étaient parqués. En déféquant sur les cochons, elles ont transmis l'agent à cet élevage. C'est là qu'est née l'épidémie."

Concernant le COVID-19 les choses ne sont pas encore complètement établies : "On est quasiment sûrs qu'il provient lui aussi d'une chauve-souris", on est persuadés que "la transmission à l'homme a également eu lieu à travers un intermédiaire", mais cet intermédiaire n'est pas encore identifié.

 

Plus globalement, Serge MORAND défend l'idée que c'est la perte de biodiversité et la mondialisation actuelle de l'économie qui favorisent la montée de ces maladies infectieuses.

On constate en effet qu'elles se mettent à baisser chaque fois qu'une crise économique, caractérisée par la baisse des échanges internationaux, éclate. De plus le confinement d'animaux génétiquement identiques dans les élevages industriels est "la meilleure usine à fabriquer des agents pathogènes".

La double bonne réponse qui s'impose est donc la relocalisation des productions et la diversification génétique des élevages dans le cadre d'une désintensification et d'une réduction de la taille des installations. Ce qui pose bien sûr la question de nos consommations de viande et produits animaux ... Une question qui peut de moins en moins être éludée.

 

Les impasses du nationalisme et la question de la gouvernance démocratique mondiale

 

Comme le remarque Bertrand BADIE, cette crise rebat les cartes de l'ordre mondial. On ne peut plus faire comme si les "affaires des autres" ne nous concernaient pas : l'interdépendance est un fait devenu incontournable. Par ailleurs, les Etats apparaissent comme impuissants face à cette interdépendance : le souverainisme est une impasse totale. Or "tout le paradoxe est là : à un moment où on constate que le nationalisme n'a rien à vendre pour relever les défis globaux, on voit les opinions se précipiter dans les bras de ceux qui en sont apparemment les porteurs sains."

Ce réflexe quasi-suicidaire doit être impérativement dépassé.

Car la seule réponse efficace aux défis globaux est bien l'abandon du souverainisme borné des Etats et l'adoption du multilatéralisme démocratique au niveau mondial.

Dans cette optique, la revitalisation de l'Union européenne est impérative, car elle peut servir de "phase intermédiaire entre la nation et la mondialisation. Si nous n'avons pas l'Europe, la marche à gravir sera nettement plus haute."

Dans l'émergence et l'affirmation de cette gouvernance démocratique mondiale, l'abandon du droit de veto des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité est une étape obligée.

Aux peuples du monde de s'emparer de cet enjeu. Dans cette perspective, le Traité International d'Interdiction des Armes Nucléaires adopté à l'AG de l'Onu en 2017 contre l'avis de ces 5 puissances nucléaires "officielles" est un outil à connaître et à promouvoir.

https://www.mvtpaix.org/wordpress/petition-pour-un-traite-dinterdiction-des-armes-nucleaires/

 

Publié dans politique, écologie

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