(Re)trouver le chemin du débat politique

Publié le par Henri LOURDOU

Congrès national d'EELV, 16 novembre 2019 :

(Re)trouver le chemin du débat politique.

 

 

Les partis politiques ont mauvaise réputation. Peut-être le méritent -ils ! A voir la façon dont s'annonce notre congrès de 2019, j'aurais tendance à le penser.

Mais une démocratie sans partis politiques me semble impossible.

Aussi faut-il tenter, encore et encore, d'insuffler aux partis la pratique du véritable débat permettant de faire vivre la démocratie.

 

Un débat phagocyté par le présidentialisme et l'idéologisme à la française

 

A lire les présentations de la presse et à scruter les 4 motions d'orientation proposées au débat, celui-ci se limiterait à l'alternative entre une candidature à vocation victorieuse de Yannick Jadot à la présidentielle de 2022 (motions "Le temps de l'écologie" et "Grandir") et une conception rabougrie de nos alliances réduites à la "gauche radicale" (motions "Le souffle de l'écologie" et "Démocratie écolo").

Ceci sur fond de polémique de bas niveau sur le double thème "on n'est pas là pour sauver la gauche"/"Jadot louche vers la droite".

Peut-on encore oser dire que les enjeux ne sont pas là ?

Peut-on encore formuler l'idée que la crise actuelle de notre démocratie résulte non pas de la qualité personnelle de celui qui siège à l'Elysée ou de l'insuffisante radicalité de tel ou tel parti pour pouvoir s'allier avec lui, mais de l'insuffisance de réflexion stratégique et de clarté dans la démarche de notre parti, comme d'autres partis ?

En particulier, le fait de subordonner la reconfiguration de la majorité parlementaire au résultat de la présidentielle conduit à privilégier un hypothétique "parti du Président" qui la constituerait à lui tout seul, sans réfléchir une seconde au destin tragique de LR, du PS et , sans doute prochainement, de LREM.

Quant aux alliances réduites à ceux qui nous ressemblent tellement qu'ils pourraient fusionner avec nous, elles font l'impasse sur ce qui constitue la base-même de la démocratie : la construction du compromis majoritaire à partir de positions au départ différentes. Cette conception idéologique et identitaire de la politique est certes dans l'air du temps, mais elle conduit à l'affrontement entre minorités inconciliables et à la paralysie démocratique.

 

Porter le débat sur les alliances, la nature et le contenu du compromis majoritaire

 

Cette tradition du débat programmatique n'existe pas en France. On préfère les solutions autoritaires et les arbitrages d'en haut à la négociation et au compromis validé par la base.

Or, cette préférence est de moins en moins partagée. Le retrait de la politique que l'on observe depuis quelques dizaines d'années est le signe d'une crise d'adhésion à cette culture présidentialiste autoritaire que certains voudraient introduire à EELV.

La tentation du repli radical identitaire est aussi un signe de cette crise.

Si nous voulons vraiment grandir, comme le prétend la motion de la majorité sortante, il va nous falloir nous poser les bonnes questions :

-Quelles sont nos priorités programmatiques ?

-Compte tenu de ces priorités, avec qui construire une majorité sur un contrat législatif clair ?

- Et, fort de ces alliances et de ce contrat, quel candidat choisir aux présidentielles ?

Et non, à l'inverse, compte tenu de notre candidat, comment lui rallier une majorité dont il fera ce qu'il pourra ?

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