L'amour perdu de la liberté et le sens de l'honneur

Publié le par Henri LOURDOU

L'amour perdu de la liberté et le sens de l'honneur
L'amour perdu de la liberté et le sens de l'honneur

L'amour perdu de la liberté et le sens de l'honneur

François SUREAU "Sans la liberté", Gallimard-Tracts n°8, septembre 2019, 56 p.

Waad AL-KATEAB et Edward WATTS "Pour Sama", film documentaire syrien et britannique, sortie en France le 9 -10-19, 1h35mn.

 

Le lien entre ces deux publications de nature différente m'est fourni par le texte de présentation du second, paru dans le fanzine n°34 d'"American Cosmograph", où il est projeté ce 9 octobre avec une présentation de l'association "Toulouse Syrie Solidarité" : "Pour Sama est un cri du coeur : le récit jour après jour de l'injustice, des événements terribles qu'il est nécessaire de dénoncer et qui rappellent que la liberté vaut la peine de se battre et de faire les plus grands sacrifices..."

Belles et nobles affirmations !

Mais faut-il les croire ?

C'est la question que pose François SUREAU, et qui prend encore plus de relief et de pertinence quelques jours après les meurtres commis à la Préfecture de Police de Paris, qui ont ouvert plus largement que jamais les vannes à l'hystérie sécuritaire et liberticide.

Ce dernier est sans illusion : il constate la démission constante depuis vingt ans "des acteurs principaux de la démocratie représentative face aux réquisitions intéressées des agents de la répression. A eux (...) il n'est pas possible d'en vouloir, mais bien plutôt à ceux qui ont la charge de les contrôler et de les commander et qui s'en abstiennent, soit par incapacité, soit par inculture – je parle ici d'inculture constitutionnelle - , soit par démagogie." (p 9-10)

Mais il ajoute aussitôt : "Citoyens, tant que nous le restons, nous devons accepter de prendre sur nous une large part des fautes de ceux que nous nous sommes donnés pour nous diriger." (p 10)

Et si donc "personne ou presque ne semble s'en affliger", on peut, comme lui, tenir "pour vain l'exercice de l'indignation", car "nous nous sommes déjà habitués à vivre sans la liberté" (p 6).

 

Quel intérêt alors, dira-t-on, d'écrire et de publier à ce sujet ?

L'auteur, avocat sexagénaire issu de la Droite libérale, utilise à la fin un mot qui, écrit-il, est "trop grand" pour lui : celui d' "honneur".

J'avoue ma perplexité à employer ce mot, venu de l'univers nobiliaire et militaire, pour une autre raison : c'est qu'il a couvert bien des infamies. Mais c'est le propre de tous les termes à valeur morale. Va donc pour l'honneur, cette posture exprimant le refus de renoncer à ses principes même dans la défaite et au péril de sa vie.

Mais cela supposerait qu'on admette cette défaite.

Or je ne partage pas, peut-être par cette tradition de Gauche qui valorise le collectif et ne renonce pas au Progrès, le pessimisme de François SUREAU.

Et c'est ce qui rend à mes yeux son livre, comme le film de Waad AL-KATEAB, nécessaires.

 

L'écrasement actuel de la liberté n'est pas irréversible. Nous devons et pouvons inverser collectivement le cours des choses.

Et d'ailleurs, SUREAU lui-même, après avoir affirmé la vanité de l'indignation, finit par conclure qu'il "ne désespère pas que nous parvenions à réanimer" ce "vieux mot à demi effacé par l'usage et par l'abus" qu'est 'l'honneur" (p 56).

Alors, même s'ils semblent vains, tous les gestes de soutien à la liberté des Syriens écrasés sous les bombes et la répression, tous les refus, ici, de la progression de l'arbitraire et du recul de l'État de droit, constituent des éléments précieux dans la reconquête de notre honneur perdu.

Car "nous avions fait des droits de l'homme le principe de notre gouvernement, mais nous n'avons pas cessé de nous trouver de bonnes raisons de les méconnaître, si bien que nous n'avons plus vraiment de liberté ni vraiment de gouvernement." (p 49)

 

Quant au film de Waad AL-KATEAB, il montre bien l'enjeu de la recherche de la liberté. Malgré les horreurs de la guerre menée par Bachar AL-ASSAD contre son peuple, il fait passer ce message : beaucoup de Syriens se sont émancipés de la peur que faisait peser sur eux ce régime depuis cinquante ans. Et cette émancipation, malgré la victoire militaire du régime, est irréversible. Même les islamistes armés, engouffrés dans la brèche, ne pourront la remettre en question.

Un film au ton juste, sans acrimonie ni reproche exacerbé contre l'Occident soi-disant libéral qui a abandonné ce peuple révolté à ses bourreaux. Notre honte collective en est augmentée d'autant, au moment où l'administration TRUMP vient de donner le feu vert à ERDOGAN pour rajouter de la guerre à la guerre en reconquérant les zones administrées par les FDS liées au PKK.

A cette honte, qu'opposer sinon le sens de l'honneur revendiqué par SUREAU ?

Refusons plus que jamais la résignation ! Continuons à manifester et à pétitionner sans nous lasser, et exerçons tous les droits qui nous restent, comme le droit de vote, pour exprimer notre irréductible amour de la liberté et notre solidarité avec tous ceux-celles qui le partagent.

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