Véganisme, mais pourquoi tant de haine ?

Publié le par Henri LOURDOU

Véganisme, mais pourquoi tant de haine ?

Véganisme : mais pourquoi tant de haine ?

 

Ce titre m'est quasiment dicté par la couverture du dernier numéro de "Nature & Progrès"("la revue de la bio associative et solidaire", n°122 d'avril-mai 2019, expression du mouvement du même nom dont je suis adhérent-consommateur : Santé naturelle : mais pourquoi tant de haine ?" Ce titre annonce un dossier consacré à l'offensive actuelle contre les "médecines alternatives et complémentaires" (MAC), menée par l'alliance du lobby pharmaceutique et du lobby scientiste. Bien argumenté, il pointe que les reproches adressées à ces médecines (homéopathie, naturopathie, jeûne, thérapie comportementale...) d'inefficacité et de mise en danger des patients fait l'impasse sur le fait que des enquêtes scientifiquement validées ont montré l'efficacité clinique de certaines d'entre elles...alors même que bien des médicaments allopathiques en vente libre en pharmacie n'ont jamais prouvé une telle efficacité.

Donc, la diabolisation de ces MAC ne repose sur rien d'autre qu'un préjugé scientiste et une volonté de faire progresser la part de marché de l'industrie pharmaceutique.

 

Or, il se trouve (malheureusement) que dans ce même numéro, une double page intitulée "Pour une journée mondiale de l'élevage paysan et des animaux de ferme !", co-signée par Paul Ariès (politiste), Frédéric Denhez (journaliste scientifique), Jocelyne Porcher (sociologue) et le Collectif No Vegan" utilise exactement les mêmes procédés que les deux lobbies susnommés.

Amalgame, culpabilisation, faux procès ont pour but d'empêcher tout débat en diabolisant l'adversaire avec une violence verbale qui a pour but de laisser "sans voix". Et j'avoue que j'ai longuement procrastiné avant de me décider à écrire ce texte. Si je le fais, c'est que je pense que "Nature & Progrès" mérite mieux que que cette forme de régression stalinoïde, et donc en hommage aux militant-e-s de ce mouvement que je connais et apprécie pour leur engagement et leur ouverture d'esprit.

Cela commence très fort dès le chapeau de l'article : "Nous assistons mondialement à une montée en puissance de lobbies qui cherchent à imposer le principe des "Lundis sans viande" sous des prétextes idéologiques qui se cachent mal derrière des apparences écologiques et sanitaires. Cette exigence est même relayée par le forum économique de Davos : déclarer la nécessité de réduire sa consommation de viande pour sauver le climat quand on sort de son jet privé, c'est assez baroque !"

Tout ce que la polémique de bas étage comporte comme procédés d'évitement du débat est là.

Tout d'abord la désignation d'un adversaire hautement haïssable bien que peu défini : "des lobbies mondiaux." On comprend à l'allusion au Forum de Davos qu'il s'agit des dirigeants des multinationales : cible parfaite.

Puis l'amalgame d'une mesure proposée en France par un appel de diverses personnalités sous forme de pétition avec ces "lobbies". Il faut donc comprendre que les signataires de cet appel, personnalités souvent honorables, n'en sont pas les vrais auteurs : il leur a été dicté par ces fameux "lobbies".

Et donc la culpabilisation du lecteur : si vous avez, d'aventure, trouvé cette initiative sympathique voire pertinente (c'est mon cas), vous êtes donc les agents inconscients de ces "lobbies".

Quant aux "prétextes idéologiques" : l'idéologie c'est mal comme chacun sait, car cela s'oppose à la Science, dont, implicitement, les auteurs de ce texte sont les porteurs.

La "vraie alternative n'est pas entre protéines animales et végétales mais entre production industrielle de viandes et de céréales d'un côté et défense d'une agriculture paysanne et d'un élevage paysan de l'autre."

En-dehors de cela, interdit de penser !

Car il va de soi, semble-t-il, si l'on suit ces porteurs de la Science vraie, qu'on ne peut "remplacer des viandes, des fromages, du lait issus de l'élevage paysan" que "par des céréales produites industriellement", "par des produits de l'agriculture cellulaire (fausses viandes réalisées à partir de cellules souches par exemple)". Ce qui ne serait bien évidemment pas un progrès !

Mais derrière cette fausse évidence se cachent d'autres évidences un peu plus exactes.

Rétablissons-les : il est bien évident que des labos des IAA se préparent à occuper le créneau du véganisme, nouveau "segment de marché" émergent, en mettant au point de tels produits.

Cela autorise-t-il pour autant à évacuer le débat posé par cette émergence, qui ne se réduit en rien, bien évidemment, à l'action de ces "lobbies" !

Ainsi que je l'écrivais en avril 2016 dans mon blog :

"Loin d'être "sans fondement", le véganisme, qui prône un mode de vie sans exploitation des animaux, pose bien deux questions de fond.

-Notre mode de vie carné est-il soutenable sans exploitation abusive et inégalitaire des ressources naturelles ?

-Les droits humains et les droits de l'animal sont-ils opposés ou en continuité l'un de l'autre ?

 

La réponse à ces deux questions peut être disjointe. Mais elles sont à l'évidence posées.

 

La première est la plus évidente à répondre. Et tous ceux qui comme moi ont fait le choix du flexitarisme (alimentation végétarienne non systématique), puis du végétarisme, ont répondu que non.

Une fois ces deux étapes passées, on se pose, et moi-même je me pose, la seconde question : je suis en transition vers le véganisme.

Bien entendu, tout cela repose au départ sur une démarche personnelle.

Mais nous sommes arrivés aujourd'hui au point où l'addition des démarches personnelles a atteint un poids suffisant pour poser la question de décisions politiques permettant à ces choix de se poser à tous-tes dans des conditions accessibles."

 

Et, dernière évidence qu'il convient de rappeler, cela pose la question d'une transition, une de plus, où loin de s'opposer, "carnistes éthiques" et "véganes politiques", comme le dit Dominique Lestelle, doivent s'allier pour que cette transition ne se fasse pas au profit de l'agro-industrie, mais bien d'une agriculture paysanne renouvelée par ce dialogue sur l'éthique animale (grande absente de ce texte polémique).

Plus largement, cette disposition d'esprit étroitement sectaire tend à se répandre aujourd'hui sur tous les sujets : elle relève de cette "peste identitaire" qui menace nos libertés à travers la conflictualisation émotionnelle systématique de tout débat. Résistons-y !

 

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