La guerre du Cameroun

Publié le par Henri LOURDOU

Post Scriptum du 30-1-19 : Je lis dans "Le Monde" daté de ce jour une brève faisant état de l" "Arrestation de Maurice Kanto, premier opposant du pays" : "arrivé deuxième à l'élection présidentielle d'octobre 2018, et qui revendique toujours la victoire dans les urnes, (il) a été arrêté lundi 28 janvier à Douala, deux jours après avoir été à l'initiative d'une vague de manifestations contre le pouvoir en place. Son parti avait appelé à manifester dans tout le pays contre la réélection de Paul Biya, 85 ans dont trente-six années passées au pouvoir. Samedi, 117 personnes ont été arrêtées lors de ces manifestations." Vive la lutte du peuple camerounais pour les droits humains et la démocratie !

Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa
La guerre du Cameroun
L'invention de la Françafrique
Préface Achille MBEMBE
(La Découverte, octobre 2016, 246 p.)

 

Ce livre terrible est le résumé de l'ouvrage précédent des mêmes auteurs, paru en 2011, "premier livre de référence sur ce conflit méconnu, Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971), aux éditions La Découverte."(4e de couverture).

Il faut saluer l'action de François Gèze, successeur de François Maspéro à la tête de cette maison d'édition. Il continue avec honneur à perpétuer l'engagement de son fondateur.

Il faut saluer aussi la mémoire de François-Xavier VERSCHAVE, président de 1995 à 2005, année de sa mort, de l'association Survie https://survie.org/

, dont la lecture de la conférence "De la Françafrique à la Mafiafrique" (Tribord, 2004, 70 p) a pour moi immédiatement, précédé celle de ce livre. Il y résume, pour un public d'éducateurs en formation, en décembre 2003, tout l'itinéraire qui fut celui de son association, de "l'aide humanitaire au Tiers-monde" à la dénonciation des liens découverts entre la "politique de la France" et le véritable pillage organisé au profits d'intérêts privés par l'intermédiaire de dictatures entretenues sous couvert de "coopération militaire, d'aide à la stabilité, voire de lutte contre le terrorisme".

Est-il besoin de souligner le constant dénigrement dans certains milieux médiatiques dont a fait l'objet cette dénonciation, parfois qualifiée de paranoïaque ou de complotiste ? Le même dénigrement qui a tenté de disqualifier Denis Robert pour son travail sur Clearstream.http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/02/05/01016-20110205ARTFIG00401-denis-robert-gagne-son-ultime-bataille-contre-clearstream.php

A ce dénigrement s'ajoute celui de certains historiens, que je découvre à l'occasion, concernant le livre précédent de ces auteurs :http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2011/03/21/20694101.html

Il s'agit cependant, sous couvert d'Histoire scientifique, d'historiens nostalgiques de l'Empire et clairement enracinés dans la vision coloniale traditionnelle, comme le montre l'ensemble "revanchard" de leurs articles. Parmi lesquels des contributions du très clairement raciste Bernard Lugan.

 

Mais ici, il s'agit de beaucoup plus que "d'argent sale", c'est du traumatisme profond imposé à tout un peuple, le peuple camerounais, et de l'honneur perdu de notre pays, dont il est question.

Car il y a eu indéniablement crime contre l'humanité au Cameroun, et les auteurs du crime sont aujourd'hui presque tous morts paisiblement dans leur lit, parfois avec les honneurs de la République.

La dissimulation du crime a été permise par le contexte particulier de cette guerre. Cela n'en exonère pas pour autant ses auteurs.

En regard de ces turpitudes, cette Histoire retrouvée fait réémerger des héros dont le nom mérite autant de révérence qu'un Patrice Lumumba, un Nelson Mandela ou un Thomas Sankara.

Au Panthéon des hommes de bien, convoquons donc les noms de Ruben UM NYOBÉ et Félix MOUMIÉ, tous deux assassinés pour leur action émancipatrice exemplaire. Mais leur assassinat n'est que la pointe émergée d'un iceberg de crimes de masse qui n'ont rien à envier à ceux des nazis.

Écrivant cela, j'ai bien pesé mes mots et ne cède en rien au fameux "point Godwin" de la polémique politique.

Car l'entreprise menée avec succès au Cameroun n'est rien moins que l'effacement collectif d'un peuple par tous les moyens du massacre, des tortures systématiques et des manipulations, parmi lesquelles le recrutement d'hommes de paille locaux et la mise en place d'une propagande ethniste, de type raciste, utilisée aussi ailleurs par tous les pouvoirs coloniaux, et dont on a vu le résultat au Rwanda.

La récente réélection de Paul Biya, avec le soutien du gouvernement français, est le dernier rebondissement de cette honteuse histoire.

 

Guerres coloniales et doctrine de la guerre contre-subversive : une permanence qui interroge

 

Il faut interroger ici le corps de doctrine qui sévit encore dans l'Armée française élaboré à la suite de la guerre d'Indochine par le colonel Charles Lacheroy. Il en est beaucoup question dans le livre de Grey Anderson, "La guerre civile en France 1958-1962)", car il fut la source de la politisation de l'Armée durant cette période lors du conflit algérien.

 

Le pourquoi d'un si long silence

 

A la base, "la situation coloniale, c'est d'abord une conquête militaire continuée et renforcée par une administration civile et policière" écrivait Frantz Fanon, cité ici p 27. C'est pourquoi on peut l'assimiler à un état de guerre permanent. Mais la radicalisation de cette situation en guerre ouverte, comme on a pu le voir en Indochine ou en Algérie, ne s'est pas opéré ici de façon aussi claire que là. "La guerre qui s'y est déroulée n'a pas été déclenchée par une insurrection comparable à la "Toussaint rouge" algérienne du 1er novembre 1954. Et elle ne s'est pas terminée par la signature d'un texte officiel comparable aux accords d'Evian du 18 mars 1962. La guerre du Cameroun s'est enclenchée à bas bruit dans les années 1950, la tension est montée progressivement au moment de l'indépendance, l'insurrection a survécu au cours des années 1960 avant de s'étioler au tournant des années 1970 (...) Une guerre sans début ni fin peut-elle avoir eu lieu ?"(p 27-28)

Par ailleurs, cette guerre est à l'initiative de la puissance coloniale, dans le cadre de la nouvelle "doctrine de la guerre révolutionnaire" (alias guerre contre-subversive) élaborée par certains militaires français à la suite de la guerre perdue d'Indochine, et aussitôt adoptée par l'institution militaire. Son premier théoricien, Charles Lacheroy (1906-2005), explique : "Le problème numéro un, c'est celui de la prise en main de ces populations qui servent de support à cette guerre et au milieu desquelles elle se passe. Celui qui les prend ou qui les tient a déjà gagné." (cité p 29).

C'est dès 1955 au Cameroun que cette théorie est appliquée en entamant une guerre préventive contre une opposition qui n'était jusque-là que politique et pacifique.

Cette guerre aura fait un nombre de morts impossible à évaluer avec précision. Les rares éléments disponibles amènent à une fourchette comprise entre 100 000 et 200 000 (p 30-31).

Mais son bilan est loin de se réduire à cela, car ce fut une guerre totale : "Identification des individus, instauration de laissez-passer, installation de contrôles routiers, érection de camps de regroupements, déportation de populations, mise en place de zones de pacification, levée de milices de combat, infiltration des groupes rebelles, bombardements aériens, assassinats ciblés, disparitions forcées, exécutions publiques, exhibition de têtes coupées, systématisation de la torture, action psychologique et lavage de cerveau : toutes ces techniques ont été utilisées à plus ou moins vaste échelle au Cameroun au cours des années 1950 et 1960." (p 31)

Ces techniques sont mises au service de l'objectif politique central de "contrôler les populations", dont l'atteinte a été obtenue par la construction d'un "Etat contre-subversif" : "D'où l'installation à Yaoundé d'une dictature féroce, ultracentralisée, dotée d'un parti unique, d'une armée omniprésente et d'une redoutable police secrète. Perçu comme efficace à l'Elysée, le système camerounais a même servi de modèle au moment où les autres colonies françaises d'Afrique ont accédé à leur tour à l'indépendance (c'est moi qui souligne)."(p 34).

Ce dernier point explique le sous-titre du livre.

 

De plus, "le silence entourant les "troubles" qui ont endeuillé le Cameroun s'explique en partie par le statut juridique particulier de ce territoire sous tutelle internationale. (p 35) La France, puissance mandataire de cette ex-colonie allemande depuis 1920, a vu son mandat reconduit par l'ONU en 1945, à sa demande. Tenue de rendre des comptes régulièrement sur ce mandat, prévoyant explicitement l'accès à l'indépendance, elle a donc mis en place toute une stratégie de dissimulation vis-à-vis de la communauté internationale. Cette stratégie passait par la criminalisation et la liquidation de l'UPC.

 

Enfin, la France a déployé , contrairement à l'Algérie, peu de moyens humains impliquant directement les métropolitains, car la répression a été très largement "sous-traitée" à des supplétifs locaux "ou des contingents venus des autres colonies (Tchad, Gabon, Côte d'Ivoire)" (p 36). L'encadrement, côté français, fut le fait de militaires de carrière et non du contingent.

Le silence général fut aussi gagné par la qualification des troubles tantôt comme "ethniques", tantôt comme le fait de "communistes" dans le contexte de la Guerre froide.

 

La fabrication de l'ennemi

 

Or l'UPC (Union des Populations du Cameroun) contre laquelle cette guerre fut menée, n'avait rien d'"ethnique", ni de "communiste". Créée en 1948 par douze personnes, cette organisation s'appuie sur la Charte des Nations Unies et le contenu du mandat confié à la France, ainsi que sur le mouvement syndical afin de défendre concrètement les conditions de vie des Camerounais contre toutes les injustices coloniales ("salaires de misère, impôts exorbitants, ségrégation raciale, vexations continuelles, brimades en tout genre..." p 75).

Le succès immédiat et persistant de l'UPC inquiète fortement les autorités coloniales et les colons. Enracinée dans toutes les régions et toutes les catégories sociales, elle fait preuve à la fois "de pragmatisme et de détermination"(p 77).

Son principal animateur, Ruben UM NYOBÉ, né en 1913 et assassiné en 1958, à seulement 35 ans, est un des membres "de cette petite classe de fonctionnaires indigènes qui, éduqués dans les écoles chrétiennes, ont gravi les échelons au sein de l'administration française dans les années 1930 et 1940."(p 74) Greffier de justice, il devient le secrétaire-général du syndicat USCC, affilié à la CGT, en 1947. Sa formation syndicale et son ouverture d'esprit l'amènent à une action multiforme prenant en compte l'ensemble des populations. "Parfaitement structurée, l'UPC implante des centaines de "comités de base" à travers le territoire" (p 76)

Parallèlement à cette action, l'UPC développe une stratégie internationale basée sur la spécificité de la situation mandataire. En effet, le mandat sur les territoires de l'ex-Kamerun allemand est partagé entre la France et le Royaume-Uni pour deux bandes de la partie Ouest jouxtant le Nigéria alors britannique (carte p 43). Revendiquant l'unité du territoire, l'UPC vise à "contrer les velléités annexionnistes des Français, qui cherchent désespérément à intégrer "leur" Cameroun dans l'Union française, comme celles des Britanniques qui considèrent "leurs" Cameroons comme de simples dépendances du Nigéria voisin."(p 80)

Ce faisant l'UPC ramène la question sur le mandat de l'ONU, en obtenant, grâce à des campagnes de pétitions, d'être auditionné à trois reprises entre 1952 et 1954 par le Conseil de tutelle de l'ONU (p 79).

Cette action en faveur de l'indépendance la distingue des autres partis africains de l'Union française réunis au sein du RDA. Ceux-ci ne deviendront indépendantistes que tardivement.

Mais elle met l'administration coloniale sur la défensive. D'où la contre-offensive idéologique, administrative et policière de cette dernière.

Les mesures administratives et policières ne sont pas nouvelles : mutations punitives des militants fonctionnaires, mesures d'intimidation, saisies et interdictions diverses... A cela s'ajoute une vaste campagne, relayée par l'Eglise catholique, assimilant l'UPC au "communisme".

Cela ne suffisant pas, on va bâtir une "opposition africaine" à l'UPC : celle-ci, basée sur la corruption et l'intimidation, va récupérer les mots d'ordre de l'UPC, en leur ôtant toute portée pratique. La pratique systématique de la fraude électorale permet de donner à tous ces partis, le plus souvent à base ethnique (contrairement à l'UPC), le monopole de la représentation officielle des populations. C'est ainsi qu'est lancée la carrière politique d'Ahmadou AHIDJO, futur président à vie du Cameroun "indépendant" (p 87-89).

Plus largement, la pression exercée sur le RDA, à travers la personne de son président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, notamment par un jeune ministre de la France d'Outre-mer, François MITTERRAND, (p 92-93), pour lui faire abandonner toute perspective indépendantiste, aboutit en 1955 à l'exclusion de l'UPC de ce Rassemblement.

La loi-cadre DEFFERRE, adoptée en juin 1956 par la nouvelle majorité "de gauche" du "Front républicain", vise à préserver "les intérêts français" dans le cadre d'une évolution graduelle et contrôlée des colonies vers l'autonomie.

Dès lors, tous ceux qui s'opposent à cette mise sous contrôle sont criminalisés comme "communistes"

Mais c'est dès décembre 1954, avec la nomination "à Yaoundé (d')un haut-commissaire à poigne, Roland PRÉ (1907-1980)" (p 98) que la mise hors-la-loi d'une UPC toujours plus puissante est à l'ordre du jour, avec le programme suivant : "Écraser les activités communistes pour défendre la civilisation" (ibidem).

 

Une "petite Algérie" (1955-1958)

 

Il faut ici évoquer la mémoire des deux haut-commissaires qui vont mettre en place cette "guerre contre-subversive" préventive : Roland PRÉ (de décembre 1954 à avril 1956) et Pierre MESSMER (1916-2007) qui lui succède jusqu'en 1958, (avant de devenir en février 1960 Ministre des Armées de De Gaulle jusqu'en juin 1969...puis Premier ministre de Pompidou en 1972).

Multipliant les provocations anti-UPC dès son arrivée, Roland PRÉ obtient l'éclatement d'émeutes en mai 1955, prétextes à une très violente répression, soigneusement préparée par l'arrivée de renforts militaires. Cela fournit également la justification de l'interdiction légale de l'UPC et des organisations annexes le 13 juillet 1955 par le gouvernement d'Edgar FAURE (p 105-109). A noter que c'est le 9 juillet que le congrès du RDA exclut l'UPC de ses rangs, en l'absence des intéressés.

Pierre MESSMER arrive ensuite pour appliquer la "loi Defferre" qui prévoit des élections enfin égalitaires dans les colonies (suppression des collèges électoraux qui donnaient systématiquement voix prépondérante aux colons). Pour cela il agite simultanément la carotte et le bâton : la carotte étant la promesse d'amnistie pour participer à ces élections, le bâton étant la promulgation de l'amnistie postérieurement à la possibilité de s'inscrire pour participer aux élections. L'UPC, divisée sur la conduite à tenir, est déstabilisée un temps.

Mais elle est finalement acculée au choix de la lutte armée, seule option désormais possible. C'est chose faite en décembre 1956.

Dès lors, la voie est ouverte aux armes et à la loi du plus fort, selon les techniques déjà évoquées de la "guerre contre-subversive".

La triste apogée de cette première phase de la guerre est l'assassinat de Ruben UM NYOBÉ le 13 septembre 1958 par une expédition militaire menée par des soldats camerounais et tchadiens sous commandement français après obtention de renseignements sous la torture. Son cadavre, "exhibé en public, photographié puis enterré sous une chape de béton"(p 125) sera abondamment exploité par la propagande. Cette lourde perte se traduira par des milliers de ralliements de maquisards découragés.

En même temps, la France obtient, dès juin 1957, l'interdiction de l'UPC en territoire sous mandat britannique.

Le terrain est bientôt prêt pour une "indépendance volée".

 

Une indépendance volée (1959-1960)

 

La France de De Gaulle se rallie sans problème au mot d'ordre d'indépendance...du moment qu'elle est négociée avec des partenaires choisis par elle. Au Cameroun, c'est donc Ahmadou Ahidjo qui est choisi pour "s'acheminer vers l'indépendance, avec l'aide de la France"(déclaration faite à Paris par l'intéressé à l'été 1958, citée p 142).

Les accords négociés dans ce cadre sont secrets et tout à l'avantage des "intérêts français" (p 144-145).

Pour maintenir une apparence démocratique au processus, le stratège français, Daniel Doustin https://www.whoswho.fr/decede/biographie-daniel-doustin_15644, suggère d'intégrer dans le jeu politique des upécistes ralliés suite à l'assassinat de Ruben UM NYOBÉ. Cette intégration se fait dans le cadre d'une ethnicisation de la vie politique, visant à renforcer le contrôle extérieur sur le pays en favorisant sa balkanisation.

Pendant ce temps, l'UPC, toujours interdite, ne peut s'exprimer publiquement qu'à l'extérieur du pays.

Elle combat donc à l'ONU ce plan d'indépendance sous contrôle. Mais l'instrumentalisation de la Guerre froide par la France, assimilant l'UPC au camp soviétique, conduit à un vote défavorable le 13 mars 1959 : la motion mise aux voix par 8 pays "non-alignés" d'Afrique en soutien à l'UPC est écrasée (p 151).

Dans le contexte de la guerre d'Algérie, l'UPC fait alors le choix de la lutte armée en créant l'ALNK, Armée de Libération Nationale du Kamerun. Fortement implantée en pays Bamiléké, elle reprend les techniques radicales du FLN algérien : attentats contre les colons et contre les collaborateurs , baptisés "colons noirs", du pouvoir en place. Celui-ci met alors en place, avec le soutien camouflé de l'armée française, une guerre totale transformée progressivement en guerre ethnique contre les Bamilékés.

Le meilleur exemple que ce soutien camouflé est en fait une véritable tutelle est " le colonel Jean-Victor Blanc qui occupe d'octobre 1960 à 1966 le double poste de chef d'état-major de l'armée camerounaise et chef de la section Forces armées de la mission militaire française." (p 182)

Dans ce cadre, la Françafrique et ses réseaux se mettent en place sous l'égide du conseiller élyséen de De Gaulle, le désormais célèbre Jacques Foccart (p 194-5).

Mais cela s'opère dans la plus grande discrétion. Tout comme l'assassinat en novembre 1960 à Genève du successeur de Ruben UM NYOBÉ à la tête de l'UPC, le médecin Félix MOUMIÉ, empoisonné de façon rocambolesque par un agent français déguisé en journaliste, au cours d'un repas au restaurant. (p 185-186)

 

De la guerre totale à l'administration de la terreur

 

L'épilogue de la guerre est la capture en 1970 du dernier grand leader de l'UPC, Ernest OUANDIÉ, suivi de son procès avec celui de l'évêque NDONGMO qui avait tenté de jouer un rôle d'intermédiaire pour lui permettre de sortir du pays.(p 214-215)

 

Le régime à parti unique du président AHIDJO ne soulève aucune objection des différents présidents français qui viennent le visiter. D'autant qu'il a servi de modèle aux autres néocolonies africaines jusqu'à la fin des années 80. Au Cameroun, le remplacement d'Ahmadou AHIDJO par son premier ministre Paul BIYA en 1982 ne change rien au système en place, malgré l'assouplissement de la répression et la mis en place d'un multipartisme cosmétique et d'une liberté de la presse contrôlée. Ce sont bien toujours les "intérêts français" qui commandent, et la répression est toujours prête à l'emploi comme l'ont montré récemment les incidents dans la partie ex-britannique du pays.

 

Quel avenir commun ?

 

Cependant, comme pour toute dictature, l'usure du pouvoir et le renouvellement des générations travaillent la stabilité de cette domination.

Par ailleurs, la mémoire des massacres et de la terreur exercés sous commandement français se transmet.

Inversement, côté français, c'est l'ignorance et l'oubli qui dominent.

 

Comme l'écrit l'historien Achille MBEMBE (p 223) : "Le fait est que les vaincus sont obligés, pour survivre, de connaître non seulement leur propre histoire, mais aussi celle de leurs dominants. Les dominants, eux, non. L'ignorance suffit. Du coup, ce n'est pas parce que l'on a eu un passé ensemble que l'on aura nécessairement un futur en commun. Un tel futur, il faudra le construire consciemment." ("La France peine à entrer dans le monde qui vient", Libération, 2 juin 2016).

 

Cela passe donc pour nous, Français, par une prise de connaissance du passé de ceux que nous avons dominé. Et des crimes qui ont été commis en notre nom.

Publié dans Immigration, Histoire

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