Gilbert de Chambrun Journal d'un militaire d'occasion

Publié le par Henri LOURDOU

Gilbert de Chambrun

Journal d'un militaire d'occasion

Les Presses du Languedoc, juillet 2000, 192 pages.

 

 

Loués soient les bouquinistes ! C'est chez l'un d'eux que j'ai trouvé ce livre (présenté comme épuisé chez l'éditeur).

Il s'agit de la réédition d'un ouvrage de 1982, présentant les souvenirs d'un acteur majeur de la Résistance dans le Languedoc, puisque chef régional R3 des FFI à la Libération, après avoir occupé différents postes de responsabilité dans la Résistance régionale depuis 1941.

Fils d'une famille d'aristocrates lozérien (dont l'une des branches a donné René de Chambrun, gendre de Pierre Laval...), son père, député de la Lozère, était un républicain conservateur non nationaliste, ce qui le faisait considérer par ses pairs, nous dit-il, comme un "original", et l'amena le fameux 10 juillet 1940 à faire partie des 80 parlementaires qui dirent non à Pétain. Lui-même, élevé entre la Lozère et Paris, devient diplomate après avoir fait Sciences po à Paris. Non politisé, de son propre aveu, il supporte cependant mal la domination sans partage de "l'Action française" à Sciences po, mais il est davantage intéressé par les aventures féminines (il est beau garçon) que par un engagement militant.

Ce sont les événements qui le poussent à s'engager. Et quel engagement !

Ce qui est fascinant dans ces souvenirs, c'est le mélange de dilettantisme, voire de légèreté, et de sens aigu du devoir qui caractérise son attitude.

Dans ce mélange, le second élément va de plus en plus l'emporter.

C'est ainsi qu'après une "drôle de guerre" honorable, où il prend la mesure des tares des militaires de carrière et évite d'être fait prisonnier, et un bref retour au Quai d'Orsay, délocalisé à Vichy, il se met en congé de l'administration en juillet 1941, pour retourner dans le berceau familial à Marvejols (Lozère).

Et c'est de là qu'il prend les contacts qui l'amènent dans le mouvement "Combat" au printemps 1942. Il en prend rapidement la direction départementale, puis régionale, et circule donc beaucoup, notamment après son entrée dans la clandestinité.

Ce qui me frappe dans le compte-rendu de ses activités, c'est le nombre de personnes citées qui furent déportées ou exécutées parmi les responsables locaux ou régionaux. Je le savais déjà, mais cela le rend plus perceptible : beaucoup des résistants intérieurs de la première heure n'ont pas survécu. Au point que les historiens ont parlé de "plusieurs générations" de résistants. Il le note d'ailleurs au passage : à cette époque difficile qui va de 1943 à 1944, prendre des postes de responsabilité était moins la promesse d'une carrière que la probabilité d'une mort prématurée, avec parfois torture à la clé. Comme tous ceux qui sont passés entre les mailles, c'est à la chance que Gilbert de Chambrun doit d'avoir échappé à l'arrestation et à la mort.

Il note au passage la tentation de la paranoïa qui tend à s'emparer de nombreux responsables et militants face à cette hécatombe. Tentation à laquelle il a résisté, en se persuadant rapidement que c'est moins l'infiltration d'agents doubles qui a contribué aux arrestations que le travail d'observation des collaborateurs français des nazis, plus fins connaisseurs des habitudes et des réalités locales que leurs commanditaires. Ainsi bien sûr que certaines imprudences de la part des résistants.

Cette véritable hécatombe rend d'autant plus insupportable la prise de pouvoir et de notoriété des "résistants de la onzième heure", voire d'après le danger, dont un seul est ici nommément cité : Philippe Lamour, qui fera une carrière de haut-fonctionnaire et de notable de l'Aménagemnt du Territoire, via la Compagnie du Bas-Rhône, si je ne m'abuse, et qui tente de se faire intégrer au Comité Régional de Libération de Montpellier au titre du MLN où personne ne le connaissait (p 162-163).

De la même façon, il met en perspective le retour des "militaires d'active" qui mettent les combattants de la Résistance à l'écart.

Ainsi, Gilbert de Chambrun termine sa carrière de "militaire d'occasion" de façon abrupte par une mise "aux arrêts de forteresse à Strasbourg" le 19 avril 1945, pour refus réitéré d'obtempérer à un ordre de rejoindre le Ministère des affaires étrangères à Paris dans son corps diplomatique d'origine, mise aux arrêts signée par le général de Lattre de Tassigny, ancien vichyssois rallié tardivement à la Résistance.

Il deviendra très rapidement député de la Lozère (de 1945 à 1955) sous l'étiquette de "progressiste" (compagnon de route du PCF), avant de réintégrer la carrière diplomatique en 1956 et jusqu'à sa retraite en 1976 (il a alors 65 ans). Il a été également "conseiller municipal et maire de Marvéjols pendant dix-huit ans." (4e de couverture).

 

 

Publié dans Histoire

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