Timothy Snyder, le changement climatique et le prochain génocide

Publié le par Henri LOURDOU

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Timothy SNYDER, le changement climatique

... et le prochain génocide.

("Le Monde", page "Débats" daté du 6 octobre 2015)

 

 

En lisant "Les Bienveillantes" de Jonathan LITTELL, où la notion d"'espace vital" chère aux nazis est longuement évoquée, je me suis souvenu de cet article du "Monde" que j'avais découpé et mis de côté.

Il s'agit de la traduction d'une tribune intitulée "The next genocide" parue dans le New York Times le 12 septembre 2015.

On nous dit que ce texte a suscité la polémique car certains lui reprochent "de banaliser l'Holocauste, en mettant l'accent sur la dimension écologique et reproductible de ses causes".

Je ne m'associe en rien à ce reproche. Faire bénéficier l'Holocauste d'un "privilège d'extra-territorialité historique" est un très mauvais calcul, qui nous désarme par rapport aux dangers du présent.

Encore une fois, il ne s'agit pas de dire que l'Histoire peut se répéter à l'identique; et c'est bien ce qu'écrit explicitement Snyder !

Par contre, elle peut, et c'est bien son objet depuis Thucydide, nous apporter quelques enseignements auxquels nous avons le devoir d'être attentifs.

Quels sont-ils en l'occurrence ?

 

Il s'agit de la crainte ancestrale de pénurie alimentaire, et de la "soif de terre" qui en découle. C'est en s'appuyant sur l'expérience vécue du blocus de 1914-18 et les pénuries qui en ont découlé qu'Hitler et les nazis ont justifié leur politique de conquête pour assurer la sécurité alimentaire du peuple allemand.

L'urbanisation accélérée qui caractérise le monde actuel semble un processus irréversible qui fait partie du Progrès.

Or ce phénomène est bien plus fragile qu'il n'y paraît.

Derrière bien des conflits récents, Snyder diagnostique un début de "panique écologique" lié au changement climatique et aux sècheresses multipliées qui l'accompagne dans certaines zones tropicales. Ainsi du génocide rwandais de 1994, faisant suite à "une chute continue de la production agricole pendant plusieurs années" dans le cadre d'une augmentation rapide de la population. Au Soudan, l'invasion du Darfour et les massacres de 2003 sont liés à une sècheresse. Il n'en parle pas, mais le déclenchement des printemps arabes de 2011 est aussi lié, notamment en Syrie, à des épisodes répétés de sècheresse.

Parallèlement, le phénomène des accaparements de terre dans les pays pauvres par certains pays émergents comme la Chine, ou des pays riches, est en plein développement.

Et Snyder met donc en garde contre la sous-estimation voire la négation du changement climatique comme élément du risque géopolitique. Il vise principalement en cela les Etats-Unis, qui ont effectivement donné la victoire l'année d'après au candidat climatosceptique à la présidence.

Il met également en garde l'Europe contre la politique de division menée par le maître du Kremlin à son égard, et contre la montée des nationalismes populistes anti-migrants.

 

Avec le recul, ces avertissements sonnent encore plus juste. La question du changement climatique est bien la question-clé, et elle commande toutes les autres.

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