Benjamin STORA avec Alexis JENNI Les mémoires dangereuses

Publié le par Henri LOURDOU

Benjamin STORA avec Alexis JENNI

"Les mémoires dangereuses"

(Albin Michel, janvier 2016, 234 p.)

 

Ce livre d'intervention est composé d'un dialogue entre ces deux auteurs réalisé entre l'été 2014 et février 2015 et d'une réédition revue et augmentée de l'ouvrage de 1999 de Benjamin Stora "Transfert d'une mémoire".

Dans son avant-propos, consécutif aux attentats de novembre 2015, B Stora explique la genèse du livre.

 

Il explique donc comment la parution du roman d'Alexis JENNI "L'art français de la guerre", prix Goncourt 2011, qui avait pour thème la mémoire des guerres dans la société française et les problèmes qui lui sont liés, a fait écho à ses propres recherches d'historien autour des mémoires de la guerre d'Algérie et à ses préoccupations de citoyen sur l'instrumentalisation de ces mémoires dans le débat politique contemporain.

Le concept central tiré de ces travaux est celui de "Sudisme à la française". Ceci en référence à la guerre de Sécession aux États-Unis et à ses effets persistants dans la société américaine : notamment le racisme anti-Noirs toujours profondément incrusté.

En ce qui concerne la France, c'est le racisme anti-Arabe qui a pris cette place, en rapport avec la guerre d'Algérie.

La façon dont ce racisme s'est installé et structure aujourd'hui le débat politique autour des questions de l'Islam et des exilés immigrants, demande explications et clarifications.

 

Le point de départ est la violence massive et sans limites exercée contre un groupe réduit à une situation structurelle de sujétion et d'inégalité : esclavage dans un cas, colonisation dans l'autre.

 

Il faut en effet revenir en amont de la guerre d'Algérie qui monopolise l'attention et les affects.

C'est bien la situation coloniale et le type de rapports sociaux qu'elle induit qu'il faut interroger.

 

Et en effet, c'est celle-ci qui explique la thématique développée par le FN avec une "base rhétorique (...) étonnamment la même (qu') au temps, pas si lointain, de l'Algérie française." A savoir "l'impossible assimilation pour des populations de culture ou de religion musulmane; la nécessaire mise en place de l'infériorisation juridique de l'immigré; la séparation, l'étanchéité entre "nationaux" et "non-nationaux", et la volonté d'une "préférence nationale." "(p 12)

 

Et c'est de ce constat troublant que B . Stora tire le concept de "Sudisme à la française" qui structure son livre de 1999 sur le "Transfert d'une mémoire" : à travers tous les acteurs de ce drame non digéré que fut la guerre d'Algérie, c'est toute la société française qui voit se diffuser une idéologie cryptocoloniale validant la rhétorique FN.

 

Ainsi que le relève Alexis JENNI : "L'utopie d'un gouvernement par le Front national, tel que le rêvent certains de ses électeurs, a été un jour réalisée : c'était le fonctionnement réel, chaotique , inefficace, violent, de la colonie algérienne." (p 15)

Ce qui est l'occasion de rappeler que le FN "n'est pas un parti comme les autres car ses représentations de la société, des institutions, du pouvoir sont différentes de celles qui ont fondé la République, son imaginaire est fondé sur une autre histoire que celles que partagent les différentes formations qui acceptent le jeu démocratique." (p 15-16)

Pour dépasser cet imaginaire, il faut rétablir la vérité historique sur c e que fut l'Algérie coloniale et la guerre qui y a mis fin : une vérité doublement occultée par les nostalgiques de "l'Algérie française" et par la caste militaro-affairiste qui a pris le pouvoir en Algérie.

 

Un travail de "réconciliation des mémoires" auquel Benjamin Stora a apporté sa contribution d'historien, et qui est aujourd'hui porté par de nouvelles générations d'historiens, d'écrivains et d'artistes des deux côtés de la Méditerranée.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article