Gérard Mendel Genèse d'une pensée

Publié le par Henri LOURDOU

Gérard Mendel Genèse d'une pensée

Gérard MENDEL

Enquête par un psychanalyste sur lui-même,

Stock-"Les grands auteurs", 1981, 196 p.

 

J'ai trouvé ce livre, déjà ancien et jamais réédité, tout récemment chez un bouquiniste de Montoulieu, village du livre de l'Aude, non loin de Carcassonne. Il est présenté comme "épuisé".

Il faisait partie des quelques livres de cet auteur que je n'ai pas encore lus.

Écrit et paru en 1981, il date de la période d'influence intellectuelle maximale de son auteur. Alors proche de JP Chevènement qui, chargé de l'écriture du "Projet" du PS, l'avait cité dans celui-ci, il va bénéficier, lors de son passage au Ministère de la Recherche et de la Technologie, de quelques commandes publiques pour son groupe de "sociopsychanalyse", dont un rapport sur les O.S. Et une enquête sur la culture d'entreprise d'EDF. La série "Sociopsychanalyse" en Petite Bibliothèque Payot, qui rend compte depuis 1972 de ses interventions, vient d'atteindre son n°8 , et ce groupe essaime et participe à la mise au point du "Dispositif d'Expression Collective des Elèves" sur leur vécu scolaire. Mendel publie en 1983 un livre relativement remarqué : "54 millions d'individus sans appartenance"; sous-titré "l'obstacle invisible du septennat" il alimente en partie le débat sur la fin de "l'état de grâce" mitterrandien...

Cette période ne durera guère. Après sa rupture avec Chevènement - dont je ne sais rien – Mendel rejoint le groupe d'intellectuels (plutôt "rocardien de gauche/écolo") de Jacques Robin, qui édite la revue "Transversales-Sciences/Cultures" (dont le rédacteur en chef est Patrick Viveret).

C'est dans cette période (1986-87) que je fais personnellement connaissance avec lui. Même si je l'avais lu bien avant (dès 1970).

 

Mais n'anticipons pas. En 1980, après une longue mise à l'écart par l'intelligentsia de gauche la plus en vue (il faisait partie, comme Henri Lefebvre qui subit le même ostracisme, des opposants les plus virulents au "structuralisme" en vogue), Mendel fait une timide apparition dans la "médiasphère" : participation à "Apostrophes" à propos du livre du neveu de Romain Gary, Paul Pawlovich, suite au suicide de ce dernier; interview dans le supplément dominical du "Monde" par François George, lequel salue sa contribution à la critique du lacanisme dans le pamphlet qu'il consacre à Lacan ("L'effet 'yau de poële", Hachette, 1980).

Et c'est d'ailleurs ce même François George qui l'accompagne dans la préparation du présent ouvrage ainsi présenté : "Ce livre est né d'une proposition de l'éditeur et de conversations avec François George".

 

Mais quel est l'intérêt de ce livre pour d'autres que des "mendéliens fervents" comme moi ?

Il est de relativiser la figure quelque peu mythique du "psychanalyste".

A ce titre il fait partie intégralement du cheminement intellectuel de Mendel, en donnant chair à sa théorie sur la portée et les limites de la psychanalyse.

Car, bien qu'il fût un grand praticien de la "cure", et reconnu comme tel par ses pairs, Mendel ne se contenta pas de gérer son petit capital de psychanalyste.

Il avait d'autres ambitions intellectuelles. Et c'est à la genèse de ces ambitions qu'il nous convie à participer.

Elles sont ainsi annoncées dans la "4e de couverture" (rédigée à ce qu'il me semble par l'auteur lui-même, dont je reconnais le style) : "Bien des éléments retrouvés en écrivant ce livre et qui jouèrent, lui semble-t-il, un rôle majeur dans la formation de ses idées, de sa personnalité, dans la direction de ses recherches, ne lui étaient jamais venues à l'esprit sur le divan." Et, ajoute-t-il, "c'est qu'un large secteur du passé enfantin paraît échapper, pour l'essentiel, à la méthode freudienne : celui des particularités sociales et historiques de cette enfance. Quant au présent en train d'agir sur l'individu – au sein de la société et de ses contradictions, dans la vie de travail et ses solidarités, par l'Histoire en train de se faire... - il reste à peu près inaccessible à la Psychanalyse."

Voilà de quoi doucher les partisans les plus exclusifs et sectaires de cette discipline...

 

Et donc Mendel nous livre, de son enfance, puis de sa jeunesse, les "particularités sociales et historiques" non prises en compte par la psychanalyse.

Et l'on s'aperçoit qu'en effet, il y a des scènes tout aussi fondatrices que celles sondées par la "cure".

 

Une scène fondatrice

 

Ainsi en est-il de ce souvenir de ses 12 ans, en 1942, lorsque "chaque mois, quelquefois tous les quinze jours, quelquefois toutes les six semaines, deux inspecteurs français se présentèrent à notre domicile et, avec politesse et retenue, demandèrent à voir mon père. Comme celui-ci était absent, ils s'inquiétaient de savoir où il se trouvait.

Mon père en effet (...) s'était réfugié dès l'année 1942 en zone sud, contrevenant ainsi aux mesures antijuives, qui impliquaient non seulement le port de l'étoile, mais aussi, entre autres, l'interdiction de se déplacer sans autorisation.

La réponse, toujours la même, que nous faisions était qu'il se trouvait en voyage, nous ignorions où, mais qu'il allait certainement revenir très bientôt." (p 47)

Il faut ici préciser, comme l'a fait Mendel, que sa mère étant non-juive, et "n'ayant que deux grand-parents juifs, nous étions censés, ma soeur et moi, échapper aux lois raciales, mais seulement si nous pouvions faire la preuve que nous n'avions pas été élevés dans la religion juive " (p 45-6). Sa mère étant "bonne catholique" , et son père étant indifférent en matière religieuse,  elle "nous avait fait baptiser à notre naissance" (ibidem).

Le point capital est ici la prise de conscience "latente" par le jeune Mendel de la contradiction aigüe, qui ira en se renforçant au fur et à mesure de la découverte de la réalité du génocide, entre le comportement civil de ces inspecteurs et les conséquences pratiques qu'aurait pu avoir une réponse naïve à leurs questions. "Ces inspecteurs, tout portait à le croire, ignoraient la portée exacte de ce qu'ils faisaient , les conséquences de leur acte." (p 49)

Et Mendel de conclure : "Peut-être est-ce à ce moment-là que j'ai perdu la capacité de faire confiance quasi-aveuglément à une idéologie ou à un prophète" (ibidem).

Et il précise : "Si vous ignorez ce que vos actes contribuent à produire, si vous ne touchez pas de vos mains et ne voyez pas de vos yeux leurs effets ultimes, les grands mots de la tribu restent lettre morte. Il me semble qu'on s'est toujours montré fort injuste envers saint Thomas." (p 49-50)

 

De là découle l'invention de la "sociopsychanalyse" : "un effort de réflexion sur le pouvoir de nos actes, sur le contrôle que nous en avons ou non, sur la manière dont ils s'enchaînent en-dehors de nous à d'autres actes." (p 50)

 

Résister aux conformismes

 

Mais avant d'en arriver là, il faudra à Mendel résister à bien des sollicitations contraires à cet objectif.

Et il va exercer notamment cette résistance à travers la création littéraire. Auteur de trois romans publiés sous pseudonyme (Gérard Delmain...) en 1958,1960 et 1966, et dans lesquels il exprime une forme de résistance au conformisme des milieux qu'il fréquente, il a cependant abandonné définitivement le roman pour se consacrer à la clinique en tant que médecin, puis psychanalyste, et à la théorie, puis à une autre forme de clinique, sociale celle-là, donnant lieu à de nouvelles théorisations.

C'était diverses façons de s'opposer à l'endormissement conformiste, comme il s'était, dans un premier temps, opposé aux embrigadements sectaires.

Au début des années 50, à l'embrigadement stalinien : "un garçon de mon âge, étudiant comme je l'étais, et que j'admirais pour sa belle intelligence, m'expliquait, dans la cour de l'ancienne Faculté de Médecine, comment le Parti communiste, dont il était membre, venait de découvrir la trahison d'André Marty : "C'est son chauffeur, comprends-tu, qui nous a alertés. Marty disposait d'une voiture du Parti. Le chauffeur à la longue a fini par s'étonner d'avoir à le conduire chaque semaine à la préfecture de police. Il s'en est finalement ouvert auprès de la direction. Bien entendu, le Parti a mené son enquête, et on a découvert que Marty allait régulièrement remettre son rapport à la police, et toucher son argent. Voilà la vérité." (p 21)

Inutile de préciser que cet épisode a définitivement dissuadé Mendel d'adhérer à ce Parti...

 

Dix ans plus tard, "interne en psychiatrie à l'hôpital Sainte-Anne, et, dans la petite pièce qui jouxte la salle de garde où nous prenions le café après le déjeuner, je discutais de Jacques Lacan avec l'un de mes collègues, que j'admirais pour sa belle intelligence. Tout-à-coup une lueur d'ironie passa dans ses yeux et, là, (...) il me décocha (...) : "En somme, Mendel, si tu te permets de critiquer tel ou tel point chez Lacan, c'est que tu penses pouvoir le "cor-ri-ger" (j'ai dans l'oreille encore (...) comme il avait détaché le mot et chacune des syllabes). Seulement... comment le pourrais-tu puisque tout ce qu'il dit est la vérité."(p 21-22)

Là encore, confronté à la "foi du charbonnier", Mendel ne voit que l'abaissement où elle conduit de "belles intelligences".

 

Et par opposition à ces embrigadements idéologiques, il va construire son engagement intellectuel sur l'expérience concrète.

Mais il s'arrête d'abord sur l'analyse rétrospective de ces "emballements intellectuels " successifs que furent le stalinisme et le lacanisme. C'est moins leurs objets (auxquels, dit-il, on aurait pu ajouter "la religion de la Science", qu'il a aussi rencontrée, p 23) qui l'intéresse que 'les entraînements passionnels, les jugements définitifs, la croyance qu'on détient la vérité" (ibidem).

Or, chez l'intellectuel de métier, "l'affirmation de soi, l'appétit de domination, la mégalomanie originelle semblent être restés plus entiers (...) que pour d'autres, en raison, probablement, de sa désinsertion sociale."(p 27) En effet, "il est seul quand il lit, seul quand il pense, quand il écrit, quand il travaille (...) d'où le désir chez lui de pallier par n'importe quels moyens cette séparation (des autres), d'où la recherche d'une fraternité même s'il faut la payer au prix fort, en renonçant à la probité." (p 28)

Camus avait fort bien résumé cette ambivalence avec son "solitaire/solidaire". Mais il faut également, rappelle Mendel, faire face aussi à l'ambivalence intérieure de nos affects, par un effort personnel d'auto-observation auquel rien ne nous a habitués. Car nous avons tous tendance à nous enfermer dans une bonne conscience absolue : "Nous-mêmes : un Himalaya de la bonne conscience, le Saint Graal des intentions pures." (p 31)

Ce qui nous ramène à l'interrogation de départ : celle de la responsabilité individuelle.

Pour l'analyser , il faut passer par l'expérience de l'action.

Mais pour éprouver la nécessité de la questionner, sans doute fallait-il aussi passer par l'expérience vécue de la dualité culturelle, ouvrant à l'accueil de la différence et de la contradiction. Celle-ci est passée pour Mendel par ses parents : une mère d'origine bretonne et rurale, un père d'origine juive et urbaine. Et, au-delà, "des personnalités et des caractères dissemblables" (p 63)

"Ma mère : goût très fort pour vivre pleinement l'instant qui passe, mais seulement après le travail terminé. Et ceci encore : c'est sur les petites choses qu'il faut agir, puisque les grandes vous échappent." (p 65)

De l'autre côté, il y eut "l'absence du père" (p 66) qui porta "sur plusieurs plans" : "l'absence physique due à la guerre, et qui avait été précédée, dans les années d'avant-guerre, d'assez longs déplacements professionnels(...). Mais une autre forme d'absence a tenu au fait que la tradition intellectuelle de la famille (...) s'est trouvée interrompue avec mon père qui, très tôt, s'était orienté vers la vie pratique.

Et très tôt exista chez moi l'amour de la lecture et des livres. Les premiers livres (...) me venaient, passant au-dessus de la tête de mon père, de son propre père à lui, qui était médecin, comme je le suis devenu."(ibidem)

 

Cette expérience précoce et profonde de la lecture est à l'origine du premier article théorique de Mendel portant sur "la sublimation artistique". Il y défend la thèse que "dans certains cas, l'identification de l'adolescent au père réel peut se trouver en partie remplacée par une identification qui s'opère non à un auteur ou à des auteurs, ainsi qu'il était dit jusqu'alors, mais à une oeuvre ou à des oeuvres. En somme, on s'identifie, on est profondément influencé, sans qu'il soit besoin d'un contact personnel et direct." (p 67)

Et cette identification consiste à échanger "le plaisir de la toute-puissance imaginaire" contre "le plaisir du pouvoir plus limité , plus substantiel aussi, que donne le fait de vivre réellement une existence, la sienne". (p 68) Ce qui peut donc s'appuyer sur un personnage de roman ou d'une biographie, qui "illustre à sa manière le fait que tout n'est pas possible, qu'il faut choisir, que pour vivre réellement une existence, il faut accepter de renoncer à toutes les autres." (ibidem)

Et tel est aussi l'objet de la "cure" psychanalytique.

 

Mais une fois balisé ce chemin, bien des possibles restent ouverts.

Le choix fait entre ces différents possibles repose, lui, non sur "l'identification à un Père" mais sur les actes que nous posons. Donc sur notre expérience sociale.

 

S'appuyer sur l'expérience sociale

 

Pour Mendel, la première grande expérience sociale fut son année passée en tant que patient au "Sanatorium des étudiants, à Saint-Hilaire-du-Touret" (p 133).

Il y fut "les 6 derniers mois (...) le président élu de l'Association des étudiants". Dans un établissement où "les décisions se prenaient en cogestion avec le Pouvoir médical et administratif représenté par le Directeur" (ibidem). Et il ajoute : "Je connus là une très précieuse expérience, qui se révéla extrêmement utile quinze ans plus tard, dans ma pratique ultérieure de la sociopsychanalyse institutionnelle"(ibid.)

 

Mais auparavant, il lui faudra échapper à l'enfermement dans le métier de médecin, qu'il n'hésite pourtant pas à qualifier de "plus beau métier au monde (...) ou à tout le moins le plus complet, celui où le corps et l'esprit participent à parts égales au même combat contre les soi-disant fatalités, et dan sla relation la plus étroite qui soit à son semblable." (p 134) Et il estime sans "vanterie" avoir donné dans ses "observations d'externe", saluées comme des "modèles du genre", "le meilleur ou le plus complet de (lui)" (p 135).

Cet univers, dans les années 50, était cependant "féodal, ultra-conservateur en politique" voire antisémite, tout en mettant pourtant à égalité "devant le corps du malade, les vieux Mandarins et le jeune externe" (p 140).

Cette expérience donne, écrit-il, un regard spécifique sur le rapport au corps : une forme de clairvoyance dont le médecin doit psychologiquement se protéger. Jusqu'à se cacher à lui-même la vérité quand il est personnellement concerné. Et c'est ici la force de l'Inconscient qui entre en jeu (p 144-5).

Inconscient que l'on retrouve dans le choix fait par Mendel de se consacrer à la psychiatrie et à la psychanalyse. En devenant interne à Sainte-Anne et en choisissant de suivre une première psychanalyse didactique, Mendel se fie dit-il d'abord à son "instinct".

C'est également l'époque où il se lance dans l'écriture romanesque, là aussi "à l'instinct".

 

Mais cela n'empêche pas la raison d'exercer son magistère "a posteriori".

De son entrée en psychanalyse, dans les années 56-57, il nous dit : "La scission venait d'être consommée entre Lacan et Lagache d'un côté, et la Société de Psychanalyse de Paris (SPP) de l'autre." ( p 169)

"Lacan, c'était le "Discours de Rome" de l'année 1953, lu au moment de sa publication dans le premier numéro de Psychanalyse et qui m'avait paru davantage le fait d'un Prophète haranguant la foule de ses fidèles, superbement d'ailleurs et dans la ville idoine, que d'un clinicien, avec le minimum de modestie que la fonction implique." (p 169)

Inversement, la SPP "péchait sans doute par excès inverse (...) avec la tentation de vouloir "guérir les patients" (ibid.). Une forme scientiste de "normativisme médical" naïf, donnant au psychanalyste le pouvoir exorbitant de diriger la vie des patients.

Il lui fallut cependant, "des années pour que les choses m'apparaissent aussi clairement", et donc pour admettre in fine que "la terminaison de l'analyse n'est pas le point d'arrivée, mais un point de départ" (p 170).

Ainsi, entre la théologie lacanienne ("probablement à cause d'une éducation catholique des plus orthodoxes, (Lacan) amalgamait Psychanalyse et Théologie", p 169) et la "normativité d'une pseudo-psychanalyse médicale", Mendel découvrait par sa pratique d'analyste-même "que l'analyste n'est pas porteur de la vérité, mais d'une méthode" ( p 171). 1

Et cette découverte fut soutenue dès le départ par le choix qu'il fit de son analyste : basé sur la lecture de ses publications où il avait remarqué, outre son "choix du mot juste", son "sens de l'anecdote", une forme "d'irrespect pour les idées bien établies"( p 171).

Par ailleurs, Mendel profit d'un "air du temps" très favorable à la psychanalyse, qui lui ouvre bien des portes. Outre son installation dès 1961, avec une clientèle très fortunée, il bénéficie de la confiance d'un jeune éditeur, Jean-Luc Pidoux-Payot, pour créer une collection de Psychanalyse, dans un domaine où tout ou presque restait à faire : la plupart des grands classiques de la Psychanalyse n'étaient pas encore traduits en français. Cette collection "qui s'ouvrit progressivement à la Sociologie et à l'Ethnologie (...) comporte aujourd'hui près de deux cent titres." (p 176)

Il s'agit bien sûr de la collection "Science de l'Homme" des éditions Payot, dont certains titres sont directement parus en Petite Bibliothèque Payot, et devenus des bestsellers.

Cependant, "bourgeoisement installé dans le très cossu VIIe arrondissement" dès 1964, Mendel se sent prisonnier d'un destin trop tracé.

 

Prendre du champ

 

Dès 1966, il opère "un mouvement en sens contraire". Mais, "le tournant fut pris en douceur. Les positions que j'adoptai entraînèrent progressivement des changements dans ma clientèle. Pour situer les choses à leur niveau de réalité économique (...) je gagne aujourd'hui (...à à peu près deux fois moins qu'en 1965. Ce qui est encore loin d'être la misère, même dorée." ( p177).

Et c'est donc à cette époque, qu'écrivant l'ouvrage fondateur de ce qu'il choisit de nommer la "sociopsychanalyse", "La révolte contre le Père", Mendel se dissocie à la fois du monde conservateur et autoritaire de la psychanalyse officielle, et de l'intelligentsia "gauchiste" alors à la mode , gagnée tantôt au "structuralisme", tantôt à l'engagement radical sartrien, le tout convergeant dans une forme de "maolâtrie"très bien incarnés par la revue "Tel Quel" de Philippe Sollers ou dans le "populisme radical" de la "Cause du peuple".

Seuls quelques libertaires, syndicalistes ou social-démocrates plus ou moins autogestionnaires furent alors sensibles à ce que cette recherche apportait de neuf : l'analyse du pouvoir là où il s'exerce concrètement, et les réponses à apporter aux aspirations nouvelles à le maîtriser collectivement.

Je le suis, quant à moi , demeuré jusqu'à ce jour. Partageant même une partie de cette entreprise, en devenant , en 1991, le trésorier de l'Apece (Association Pour l'Expression Collective des Elèves), aujourd'hui en sommeil, et co-rédacteur/maquettiste de son bulletin "La démocratie dans l'école" (58 numéros parus entre 1991 et 2006).

A d'autres, à présent, de creuser ce sillon... A parcourir rapidement ce que le mot-clé "la démocratie dans l'école" donne comme réponses sur un moteur de recherche, il y a beaucoup à re-découvrir tant les réponses courantes sont d'une pauvreté intellectuelle affligeante.

Pour ceux qui veulent aller plus loin : http://www.sociopsychanalyse.com/interventions-2/dispositif-dexpression-collectif-des-eleves-dece/

 

1 Il me vient à l'idée en relisant ce passage après avoir lu l'article de "l'Empaillé" n°4 ("Pour une presse libre en Aveyron", printemps 2018) intitulé "L'école numérique racontée aux enfants du futur" (p 29-31) que la problématique est la même pour l'Ecole que pour la Psychanalyse : on y trouve les mêmes tentations normatives hystériques, qui s'opposent à tout projet d'émancipation vraie, et qui sclérosent l'institution. Et c'est aussi mon bilan d'ex-professionnel toujours décalé et jamais satisfait de son travail. Je n'ai jamais pu qu'esquisser vaguement et fugitivement ce qu'aurait dû être ma vraie tâche dans une société libre et égalitaire.

Publié dans école, Mendel

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