Un rappel à la vigilance de Michel Del Castillo

Publié le par Henri LOURDOU

Un rappel à la vigilance

De la République à Vichy : les ambigüités de la mémoire.

 

Je l'avais déjà lu dans le livre d'Arthur KOESTLER "La lie de la terre", mais cela m'est rappelé par la terrible préface de Michel DEL CASTILLO au livre de Mechtild GILZMER "Camps de femmes-Rieucros et Brens 1939-1944", (Autrement-Mémoires n°65, septembre 2000, 269 p) : "De toutes les formes d'amnésie, la plus pernicieuse pour notre santé morale est celle qui établit une coupure décisive entre la République, poignardée par Pétain, et un Vichy coupable de tous les crimes. Car il y eut un entre-deux, autrement ambigu. (...) D'abandon en abandon, de renoncement en abdication, la chute fut continue, avec seulement une accélération due aux événements." (Préface intitulée "Les ambigüités de la mémoire", p 20-21)

 

Et Michel DEL CASTILLO, qui fut lui-même enfermé au camp de Rieucros avec sa mère, républicaine espagnole, comme il le raconte dans son magnifique roman "Tanguy", précise les choses cruellement :

"Quand je rappelle que le décret autorisant l'internement des "étrangers indésirables" fut pris par Daladier et signé, dès 1938 - plus d'un an avant la déclaration de guerre – par Albert Lebrun, président de la République, je me heurte à l'incrédulité, teinte d'un vague malaise." (p 14)

"Tout crime d'État se prépare par l'emploi d'un jargon. La création de ces camps n'échappe pas à la règle : au départ on a la xénophobie, répandue dans de larges couches de la population française; de ces étrangers méprisés et détestés, il faut faire des coupables." (p 15)

"Indésirables, susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique", cette terminologie floue suggère une délinquance menaçante et, dans le cas des femmes - Mechtild GILZMER insiste sur ce point – des débauches obscures, la prostitution, les maladies vénériennes." (p 15)

"Vichy n'a pas surgi de rien. Bien avant "l'heureuse surprise", la défaite, son esprit habitait le régime. Comme le ver caché dans la pomme, il y creusait ses galeries." (p 16)

"une trahison en entraîne une autre : avec la défaite et l'occupation, ces juifs, ces adversaires politiques qui avaient cru trouver un asile sur le sol français seront livrés. A ce moment-là, la complicité avec le crime deviendra évidente. Aurait-elle pu se produire, cependant, cette lâche complicité, si beaucoup d'esprits n'avaient déjà cédé, bien avant le déclenchement de la guerre, aux séductions de la force brutale, aux sombres parades de l'Ordre, aux idéologies totalitaires et à leur manichéisme simpliste ?" (p 20-21)

 

Ce rappel brutal sonne comme un avertissement à ceux qui aujourd'hui laissent passer bien des abandons de l'État de droit et des libertés.

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