Yassin AL-HAJ SALEH, voix libre d'une Syrie défaite

Publié le par Henri LOURDOU

Yassin AL-HAJ SALEH, voix libre d'une Syrie défaite.

 

Piètre consolation à une situation désespérée, Yassin AL-HAJ SALEH, dont j'ai rendu compte du livre indispensable "La question syrienne", se voit honoré par deux publications récentes en France.

Son portrait conclue la série d'été du "Monde" intitulée "Intellectuels arabo-musulmans", portrait n°5 intitulé "Yassin AL-HAJ SALEH, voix libre de la Syrie", par Leyla DAKHLI, "Le Monde" du 20 et 21 août 2017, p 26.

Ses "Lettres à ma femme otage", publiées par son journal en ligne "Al-Jumhuriya" ("La République") à Istanbul, où il travaille et réside, sont reproduites dans le "Courrier International" du 31 août, dans le cadre d'un dossier "Syrie. Mort d'une révolution" (p 26 à 28).

Dans son portrait, appuyé sur ses propres publications, il est insisté sur le rôle qu'a joué la prison dans sa formation intellectuelle et plus largement morale. Enfermé comme opposant de gauche alors qu'il était étudiant, il est resté 16 ans emprisonné par le régime syrien, de 1984 à 2000. "Sa réflexion sur l'enfermement lui permet d'intégrer de manière radicale les concepts de liberté et de dignité dans l'outillage politique et intellectuel", écrit Leyla DAKHLI.

Son épouse, rencontrée à sa sortie de prison, Samira AL-KHALIL, elle-même emprisonnée de 1987 à1991, partage ses idées et son travail d'écriture en tant que première lectrice critique.

Partie enquêter dans la Ghouta orientale au côté de l'avocate Razan Zaitouneh, suite aux attaques chimiques du régime, elle est enlevée avec elle en décembre 2013 par un groupe salafiste financé par l'Arabie Saoudite, Sariyatt Al Islam. Depuis, il n'a plus de nouvelle d'elle.

Elles font partie des 75 000 Syriens disparus à l'occasion de ce conflit depuis 6 ans, récemment pointés par Amnesty International.

"Courrier International" précise : "Elle (Samira AL-KHALIL) a été enlevée avec trois de ses compagnons : Nazem AL-HAMADI, Wael HAMADA et sa femme Razan ZAITOUNEH. Razan est aussi une des figures de la révolution syrienne. Avocate des familles des prisonniers politiques et militante des droits de l'homme, elle est connue pour sa défense de la laïcité et son opposition à la violence. La journaliste française Justine AUGIER lui a consacré un livre, "De l'ardeur", à paraître chez Actes Sud en septembre."

Dans son avant-dernière lettre, du 13 août, Yassin écrit : "le plus grave à mes yeux est que ce drame s'est de facto déroulé sous supervision internationale. Et aujourd'hui, il est question de réhabiliter l'auteur de ces crimes.

(...) Notre histoire est une histoire du monde. Puisque c'est le monde qui empêche le changement, il faudrait donc le changer."

 

Telle est la première leçon à tirer. La seconde est que "l'exemple" qu'a voulu faire le régime, et tous ceux qui le soutiennent, de façon plus ou moins ouverte, ne fonctionnera pas. Les Syriens ont voté avec leurs pieds : 7 millions de déplacés, 6 millions d'exilés, sur 22 millions d'habitants au début du conflit (avec sans doute plus de 600 000 morts en 6 ans) ont choisi de refuser la logique de guerre civile imposée par le régime et les milices armées. Avec eux, tous les autres vaincus provisoires des "printemps arabes" attendent leur heure. Elle reviendra. Et nous devrons être plus nombreux à leurs côtés. Car c'est bien d'un monde à changer dont il s'agit.

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