Réhabiliter les partis

Publié le par Henri LOURDOU

Réhabiliter les partis

pour sortir du présidentialisme qui nourrit le populisme.

 

"Pour éviter que la politique française ne se résume

à une foire d'empoigne, il faudrait imaginer une

Constitution parlementaire qui institutionnalise

les conflits plutôt que de mettre en scène les

passions autour de quelques noms propres."

(Michaël FOESSEL, "La Ve République est morte,

vive la Ve République", Esprit, juin 2017, p 14)

 

La réduction du débat politique à l'exercice de détestation réciproque entre fans de Macron, Le Pen et Mélenchon est une catastrophe démocratique.

Mais comment en sortir ?

 

UNE MÉCANIQUE MÉDIATICO-INSTITUTIONNELLE

 

Le mécanisme est en marche, et rien ne peut semble-t-il l'arrêter.

Il se nourrit du fonctionnement médiatique, ultra-personnalisé et ultra-émotionnel, réduisant tout enjeu à de petites phrases, voire à un simple mot ("fainéants" contre "coup d'Etat social"). Et donc l'affrontement politique au choc de deux personnalités.

Sur le social, ce sera Macron contre Mélenchon.

Mais sur l'accueil des exilés, ce sera Macron contre Le Pen. Et cela alors même que le premier fait quasiment la politique de la seconde...mais habillée d'un langage hypocritement compassionnel, alors qu'elle ne prend pas de gants pour dire ce qui se passe réellement : un refoulement violent du maximum de candidats à l'asile avant même qu'on puisse examiner leur demande. Ceci sur fond de hausse des contrôles d'identité au faciès, à présent quasiment officialisés, bien qu'hypocritement, encore une fois, récusés.

C'est sur cette hypocrisie du langage gouvernemental (hommage du vice à la vertu) que se joue un affrontement Macron-Le Pen en trompe-l'oeil.

Et de la même façon, l'affrontement Macron-Mélenchon sur les "ordonnances travail" occulte le véritable enjeu derrière la mise en scène grandiose d'un théâtre de rue sans objet. Car l'enjeu est ici la non-présence syndicale dans les TPE, qu'il s'agit urgemment de combler pour combattre le dumping social. Et cela relève d'un travail de fond passant par la coopération intersyndicale, et dépassant la concurrence électoraliste (et les clivages idéologiques la justifant dans une pseudo-opposition entre "syndicats réformistes" et "syndicats de lutte").

 

De fait, derrière ces pseudo-affrontements personnalisés à l'outrance se profile le positionnement permanent autour de la prochaine présidentielle, la "mère de toutes les batailles électorales". Et c'est le fruit du système présidentialiste de la Ve République.

 

Ainsi, tant le système médiatique, ultra-simplificateur, que le système institutionnel, ultra-vertical, poussent à cette réduction du débat politique à des affects basiques polarisés sur des personnalités : "j'aime/je déteste".

Tout récemment encore, un militant de La France Insoumise, pourtant intellectuellement pointu, m'abordait en me disant : "De toute façon, on le sait, toi tu n'aimes pas Mélenchon". J'en suis resté pantois. Et même si j'ai rétorqué : "Mon problème ce n'est pas Mélenchon, c'est le populisme", je ne suis pas sûr d'avoir été entendu.

 

POUR EN SORTIR : DÉBATTRE, ENCORE ET TOUJOURS, POUR CONSTRUIRE DE VRAIS MAJORITÉS

 

Il n'y a pas de recette miracle. Nous sommes face à un véritable rouleau compresseur politico-médiatique.

Donc, l'urgent, le vital, c'est de sortir de son axe de progression.

Le premier geste est donc le retrait : le refus absolu et total de se situer par rapport aux trois leaders du populisme triomphant.

Donc l'acceptation provisoire de la marginalité.

 

Le second geste est de multiplier les occasions et les lieux de débat, même minimes, pour poser d'autres bases à l'action politique.

En premier lieu un engagement clair en faveur d'une vraie république parlementaire par l'abolition de l'élection présidentielle au suffrage universel direct.

Ce pré-requis me semble de plus en plus incontournable. Son corollaire étant la promotion du pluralisme et du compromis majoritaire au sein de coalitions cohérentes. Et celles-ci ne peuvent être basées, quoi qu'en pensent certains, que sur l'opposition Droite/Gauche qui continue à structurer le débat démocratique.

Cela passe donc par la refondation de partis mal en point, afin qu'ils soient capables de débattre entre eux pour élaborer un vrai programme commun. Un programme porté et assumé par les militants, et non plus, comme dans les années 70, par le seul appareil des partis dans un esprit étroitement tacticien et électoraliste.

Il y a des bases favorables à une telle perspective, mais pour les activer il faudra de la rigueur, beaucoup d'énergie et du temps.

En particulier pour savoir détourner du fleuve populiste les courants contestataires issus de la "contre-démocratie de la défiance" venus de la société civile, qui développent un refus "a priori" des partis et privilégient l'unité supposée d'un "peuple" imaginaire, ou, à tout le moins, d'un "mouvement" censé répondre à tous les défis d'une démocratie qui fonctionne réellement.

Ces courants sont pourtant précieux : ils manifestent un désir de démocratie participative, dont il nous faut penser et réaliser l'articulation indispensable à la démocratie représentative. C'est là le travail irremplaçable des partis.

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