Le syndicalisme au pied du mur

Publié le par Henri LOURDOU

Syndicalisme, les conditions d'une contre-offensive.

 

 

Le syndicalisme français est au pied du mur. Les ordonnances travail le mettent face au défi : déclin ou renouveau.

C'est à un changement complet d'état d'esprit qu'il doit procéder : passer de la concurrence à la coopération intersyndicale.

Jusqu'ici, l'enjeu était d'acquérir le maximum de voix aux élections de représentativité, donc de "passer devant le voisin" dans une surenchère électoraliste de plus en plus débridée.

Le résultat n'est guère probant comme l'a montré la très faible participation dans les élections TPE (Très Petite Entreprises de moins de 10 salariés) de décembre 2016-janvier 2017 qui représentent pourtant 4,5 M de salariés, soit près d'un tiers du total des salariés du secteur privé : seulement 330 000 votants soit un taux de participation de ...7,37% .

Si l'on y ajoute les salariés des entreprises de 10 à 50 salariés, où la loi impose l'élection de délégués du personnel, le constat est que la présence syndicale dans ces Petites Entreprises (dont les statistiques publiques ne permettent pas de connaître exactement le nombre, puisqu'elles découpent les entreprises en "Micro-entreprises"(nouveau nom des TPE) de moins de 10 et PME de 10 à 250 salariés), est une non-présence (96% des DP dans ces entreprises sont sans affiliation syndicale selon M Noblecourt du "Monde" : je n'ai pu vérifier ce chiffre) ...qui va être officialisée par les ordonnances travail. Mais qui leur préexiste !

 

Or, dans les entreprises de moins 50 salariés, il n'y a pas de délégué syndical, sauf si les syndicats représentatifs désignent un délégué du personnel, pour la durée de son mandat, comme délégué syndical.

Et ceci va rester le cas avec ces ordonnances.

 

Il y a là un champ d'action encore inexploité par les organisations syndicales.

Mais pour l'occuper, il va leur falloir abandonner l'esprit sectaire qui les anime : il y a là "de la place pour tout le monde". L'enjeu n'est pas de "damer le pion au voisin", mais simplement d'assurer une présence syndicale minimale qui jusqu'à présent n'existe pas.

Mutualiser information et moyens militants devient un enjeu de survie pour tout le syndicalisme. Si les organisations ne le comprennent pas, elles vont être totalement exclues du nouveau champ de la négociation ouvert par ces ordonnances, et laisser subir de plein fouet le "dumping social" aux salariés concernés.

Si la négociation de branche a été "sauvée" par l'action de plaidoyer de la CFDT et de FO auprès du gouvernement, elle ne suffira pas à l'empêcher.

Seule une politique d'implantation systématique basée sur le mandatement syndical des nombreux Délégués du Personnel sans affiliation peut y parer. Elle suppose une attitude coopérative entre organisations leur permettant de couvrir tout les champs géographiques et professionnels en s'appuyant sur leurs points forts respectifs qui peuvent s'avérer, en l'occurrence, complémentaires.

Donc passer du syndicalisme éclaté au syndicalisme rassemblé. Un changement d'état d'esprit total eu égard au sectarisme de trop de militants et responsables. Seront-ils capables de ce sursaut ?

Publié dans syndicalisme

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article