Corée du Nord, prolifération nucléaire et lutte pour l'abolition

Publié le par Henri LOURDOU

Corée du Nord, prolifération nucléaire et lutte pour l'abolition

 

Le 7 juillet 2017, 122 des 193 Etats adhérents à l'ONU ont adopté un projet de traité international mettant hors-la-loi les armes nucléaires et prévoyant leur disparition par un processus progressif et mutuellement contrôlé. Ce traité se situe dans le droit fil du TNP, Traité de Non Prolifération nucléaire adopté en 1968 et ratifié par tous les Etats, à l'exception de l'Inde, du Pakistan, d'Israël et avec le retrait, depuis 2003, de la Corée du Nord. Celui-ci prévoyait la mise en place d'un tel dispositif, mais celui-ci a été bloqué par les 5 Etats possesseurs officiels de cette arme, membres permanents du Conseil de Sécurité.

Pour entrer en vigueur, ce traité doit être ratifié par 50 Etats au moins ce qui semble d'ores et déjà acquis.

Le gros bémol cependant est qu'aucun des neuf Etats actuellement détenteurs de l'arme nucléaire (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France, Israël, Inde, Pakistan et Corée du Nord) n'a signé le projet ni n'envisage, a fortiori, de le ratifier.

Il n'en reste pas moins que ce traité est un événement redonnant du sens et de l'espoir au combat pour l'abolition de l'arme nucléaire entamé dès 1945.

Mais dans quelle mesure ?

Pour l'apprécier, nous devons d'abord prendre en compte les objections qu'il a soulevées.

Et ceci d'abord chez les "spécialistes" des relations internationales, les "géopoliticiens" patentés.

Un bon exemple m'a paru être Bruno TERTRAIS, qui passe aujourd'hui pour "le" spécialiste franaçais en la matière. "Directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique", "docteur en sciences politiques", il est longuement interviewé par "Le Monde" du 10&11-9-17 à propos de la crise coréenne. Sous le titre-citation : "Nous vivons dans le monde de l'affirmation du nationalisme nucléaire", il nous livre ses arguments hostiles au récent traité.

Mais tout d'abord il délivre ses préconisations face aux récentes provocations des dirigeants de la Corée du Nord : sanctions économiques, négociations et non-intervention militaire. Ce qui semble, bien sûr, raisonnable.

 

UN TRAITÉ DANGEREUX ?

 

Quant au traité du 7 juillet, il considère que c'est un "coup porté au régime de non-prolifération" car "des organisations et des pays se disant frustrés (ils ne le seraient pas réellement ?) de l'absence de progrès du désarmement nucléaire font sécession et estiment que ce désarmement doit passer par de nouveaux instruments".

Mais tout aussitôt, il tempère son jugement en ajoutant : "Je ne pense pas pour autant que cette initiative va totalement discréditer le régime de non-prolifération ."

Il fait bien , car on aurait été en droit de lui demander de justifier son premier jugement : en quoi en effet ce traité menace-t-il la non-prolifération ? Et on continue de se le demander après son seul et unique argument : "Croyez-vous vraiment qu'un traité d'interdiction va avoir le moindre impact sur la Corée du Nord, la Chine, la Russie ?" Car cet argument répond à une autre question : ce traité va-t-il avoir un impact sur le désarmement nucléaire ?

Et en effet, ce qui est suggéré, en creux, est qu'il est susceptible d'avoir effectivement un impact sur les pays où existe une authentique vie démocratique alimentée par la liberté d'expression.

Et qu'en définitive il pourrait laisser ces pays impuissants face au chantage nucléaire de dictatures sans scrupules. C'est en effet un danger...à condition que les choses se passent bien ainsi : désarmement unilatéral des démocraties, et maintien de l'armement des dictatures; nous sommes loin d'y être !

 

MANQUE D'INTÉRÊT DU DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE ?

 

Cependant cet argument est contradictoire avec l'argument suivant qui postule le non-danger d'emploi de l'arme nucléaire. En effet Bruno TERTRAIS s'élève "contre un certain catastrophisme nucléaire". En clair, il ne croit pas à la possibilité d'emploi effective de l'arme nucléaire. Car, dit-il, "tous les Etats nucléaires affichent des doctrines de dissuasion et non "d'emploi", y compris la Russie, le Pakistan ou ...la Corée du Nord".

Et pour renforcer cet argument il constate qu'"il est remarquable que l'arme nucléaire n'ait pas été employée depuis 1945, contrairement aux prévisions de bien des analystes".

Ce faisant, il semble cependant ne pas se rendre compte que cet argument peut être retourné, puisque "bien des analystes" actuels, à commencer par lui, défendent aujourd'hui la thèse inverse...

Or, il doit de plus concéder que "nous ne sommes certes pas à l'abri d'une provocation ou du dérapage d'une crise, et l'exercice de la dissuasion sera sans doute plus difficile dans les crises du XXIe siècle qu'il ne l'était dans celles du XXe."

Et il écrivait lui-même, quelques mois plus tôt : "Le risque est de voir un jour en Asie une sorte d'équivalent de la Première Guerre mondiale – un clash entre puissances se disputant l'hégémonie dans la région – mais, cette fois, avec des armes nucléaires." ("Le retour de l'Histoire", Odile Jacob, mai 2017, p 59) Il est vrai qu'il s'agissait alors de nous convaincre du "poids de l'Histoire" et non de l'inutilité du désarmement nucléaire...

 

Alors ? Faut-il donc faire l'impasse sur ce que pourraient produire ce risque et ces nouvelles "difficulté" à gérer la dissuasion ?

L'enjeu, faut-il le rappeler, est celui d'un nouvel Hiroshima à la puissance "n" : une catastrophe sans précédent dans l'Histoire de l'humanité.

Ne serait-il donc pas, finalement, plus raisonnable, même si c'est, nous n'en doutons pas, plus difficile, de promouvoir le désarmement nucléaire plutôt que la gestion au jour le jour d'une dissuasion de plus en plus risquée ?

Et ceci d'autant plus que le coût économique croissant de cette problématique dissuasion s'accompagne des difficultés elles aussi croissantes concernant les capacités conventionnelles de nos armées. Et ceci quel que soit le jugement que l'on porte par ailleurs sur le bien-fondé et les modalités de leurs opérations extérieures...

 

C'est pourquoi il faut demander la ratification par la France du traité du 7 juillet 2017 !

https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/pourlaratificationdutraitedinterdic-1621html

 

Publié dans politique, Histoire

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