Rupture ou métamorphose ?

Publié le par Henri LOURDOU

 

Rupture ou métamorphose ?

Pour en finir avec "le Grand Soir"

 

Dans l'incompréhension réciproque, qui vire souvent au procès d'intention, entre EELV et le Front de Gauche, la représentation des changements nécessaires joue un rôle central.

J'en ai pris pleinement conscience en réfléchissant sur le mot choisi par Edgar Morin pour exprimer le changement radical de civilisation que nous appelons, lui et nous, de nos voeux : il parle de "métamorphose", autrement dit d'un changement organique accompli sans rupture unique ni brutale, par une transformation progressive et multiforme qui aboutit à un être différent.

Or nos amis du Front de Gauche, bien qu'ayant rompu avec l'idée d'une prise du pouvoir par la violence, sont toujours dans l'idée d'un acte fondateur de rupture ave l'ordre existant, supposant un seuil qualitatif en-deça duquel il n'y aurait que "récupération par le système", alors qu'au-delà se situerait l'aube du monde nouveau.

Cette sacralisation de la "rupture" érige des enjeux "centraux" en-dehors desquels il n'y aurait que des combats mineurs : il n'y aurait aujourd'hui qu'un seul combat à mener, celui contre les politiques d'austérité en Europe, qui surdéterminerait tous les autres. Donc, participer à un gouvernement qui applique ces politiques devient de ce fait plus qu'une faute politique majeure, une véritable trahison.

Même si nous ne nous faisons pas d'illusion sur le poids des idées écologistes dans ce gouvernement, nous ne partageons pas cette façon de voir. Etre minoritaire, ce n'est pas ne pas exister : c'est garder, si l'on en a la volonté, la capacité de dire ce qui ne va pas, et participer partout où l'on peut au changement des façons de voir. Eveiller les consciences est aussi important que gagner des combats.

Par ailleurs, la lecture d'un texte (par ailleurs un peu abscons) de Dominique Bourg (le théoricien de la Fondation Nicolas Hulot) dans "Le Monde" du 8-1-14 ("Promouvoir l'innovation high et low tech") m'a suggéré (ou plutôt rappelé) une autre dimension de cette divergence.

Cette sacralisation de la "rupture" présuppose qu'il n' y aurait qu'une seule norme possible à l'intérieur d'un Etat. C'est la question du pluralisme des buts et des fonctionnements sociaux à l'intérieur d'une même société et de leur possible coexistence.

D. Bourg les résume ainsi : "la part de la société qui se bat sur le front de la compétitivité internationale la plus rude, celle qui aspire à une forme de vie sociale plus apaisée et dont les activités économiques sont moins exposées, et la minorité qui considère les fondamentaux écologiques et qui ne demande qu'à expérimenter des formes de résilience collective."

Entre ces 3 secteurs, il faut trouver et appliquer des normes différentes qui permettent à chacun d'exister et de fonctionner "dans la situation de transition et de mutation où nous sommes qui fonde pour un temps l'opportunité de leur coexistence."

Et en effet, là est pour nous le vrai défi : permettre en particulier à la minorité qui considère les fondamentaux écologiques d'expérimenter.

Ce qui n'oblige pas forcément le secteur mondialisé à disparaître du jour au lendemain, et donc légitime par exemple un pacte de responsabilité qui ne serait calibré que sur lui et ses besoins, sans l'imposer à l'ensemble de la société (de même que les contreparties qui iraient avec).

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