Retour sur la Guerre d'Espagne

Publié le par Henri LOURDOU

 

Anthony BEEVOR « La guerre d'Espagne », 2006, traduit de l'anglais par JF Sené en 2006, Le Livre de Poche n° 31 153, novembre 2008, 894 p.

Cette nouvelle synthèse historique d'un auteur anglais , déjà remarqué pour ses récits de la bataille de Stalingrad et de la chute de Berlin, a la particularité d'intégrer la consultation d'archives soviétiques et allemandes récemment rendues accessibles.

Elle confirme d'abord malheureusement, au-delà des pires suppositions, le rôle néfaste de l'Allemagne nazie, mais aussi de l'URSS dans cette guerre.

L'apport militaire des nazis a été décisif dans la victoire de Franco. Inversement, les pressions et conceptions politico-militaires des staliniens ont joué un rôle décisif dans la défaite du camp républicain.

Par ailleurs est confirmé le caractère impitoyable et systématique de la répression franquiste, tandis que les divisions du camp républicain font ressortir le gâchis humain de tant de bonnes volontés si mal dirigées.

C'est le cas en particulier de tous ces militants libertaires, sans doute les plus solides moralement, désarmés par l'apolitisme de la plupart de leurs dirigeants, partagés entre l'opportunisme le plus béat face aux manoeuvres staliniennes et la radicalité idéologique intransigeante et stérile. Mais c'est également le cas des volontaires étrangers des Brigades Internationales, stupidement sacrifiés dans des offensives insensées et régulièrement épurés par la paranoïa stalinienne (André Marty, lui-même victime en 1952 d'une purge moins radicale, n'a pas volé son surnom de « boucher d'Albacete »).

Bref, on ressort de cet ouvrage avec un sentiment d'amertume. Fascistes et staliniens ont détruit le meilleur d'une génération qui aurait pu construire beaucoup plus tôt une Espagne libre et juste. Encore une fois on constate que la violence une fois déchaînée favorise les pires des idéologies : celles qui n'accordent aucun respect à la liberté individuelle.

Et encore une fois, on s'interroge : comment aurait-on pu éviter d'en arriver là ?

Il est vrai que l'Espagne de 1936 comportait une polarisation extrême de la société favorisant cette issue violente. Pour autant, il n'y a pas de fatalité historique : à certains moments, il suffit de peu de chose pour faire bifurquer le cours des choses. Ici l'idéologie joue son rôle : la conscience claire du rôle néfaste de la violence en toutes circonstances fait partie des critères de décision politique à mettre en avant désormais.

Publié dans Histoire, voix libertaires

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